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André Girod

Les « bobards » étaient courants pendant la guerre et Radio Paris entre les mains de l’occupant était devenue la radio que la BBC moquait en chantant « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ». Elle diffusait de fausses informations pour démontrer aux Français que la guerre était perdue pour les Américains.

Dans mes souvenirs lointains ( encore un trait de nostalgie), je l’écoutais avant de passer au programme de la BBC, « les Français parlent aux Français » où nous étions fascinés par les messages personnels que l’on se répétait à l’école le lendemain.

En réalité, l’Histoire de France ou d’ailleurs est remplie de « Fake informations » aussi terribles que les « Fake News » d’aujourd’hui. Le tissu de mensonges est plutôt épais dans nos livres d’école en général. « Atlas n’a jamais porté le monde sur son dos », « Héraclès n’a jamais accompli ses douze travaux », « Dagobert n’a jamais mis sa culotte à l’envers » et « Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive ». Quels que soient l’époque et le pays, propager ce genre de grossières visions historiques est monnaie courante soit pour motiver des guerres, soit pour accuser un rôle dans la légende, soit pour accentuer les faits héroïques de personnages légendaires.

Alors si la loi « Fake News » ( en français on reprend le terme bobards) est votée et appliquée, il faudra réviser tous nos livres scolaires et supprimer des pans entiers de l’Histoire Universelle.

Puis qu’est-ce une « fake news » ?

Les fake news (infox ou fausses nouvelles au Québec) sont des informations délibérément fausses ou truquées (fake veut dire en anglais « faux, truqué ») émanant d’un ou plusieurs individus (par le biais de médias non institutionnels, tels les blogs ou les réseaux sociaux), d’un ou de plusieurs médias, d’un homme d’État dans l’exercice de ses fonctions et disposant des moyens que celles-ci lui procurent ou, plus rarement, de tout un gouvernement (comme les autorités ukrainienne, en mai 2018). Wikipedia.

La définition est claire : un ( ou une ?)fake news est lancée sur les ondes pour désinformer le grand public ou lui faire entendre que l’événement est réel et a bien eu lieu.

Et là apparaît tout le cynisme et le mépris envers le lambda franchouillard de la Ministre Françoise Nyssen quand elle déclare sans sourciller ni rougir devant un tel jugement : « La capacité des citoyens ne suffit plus ! ». Ils sont incapables de reconnaître le vrai du faux et la manipulation de l’information est dangereuse pour la liberté d’expression et surtout pour la soumission du peuple.

Le danger s’inscrit en rouge dans le texte de la loi car qui peut faire la différence entre une caricature satirique et une vraie information. Le dessin humoristique imagine une situation amusante qui évidemment n’a aucune valeur informative mais est fait pour un sourire. La bulle d’un personnage politique connu qui dirait quelque chose qu’il n’aurait jamais prononcé dans ses discours ou dans ses conversations, tomberait-elle sous le coup de loi pour diffuser des mots inventés de toutes pièces. Le contexte qui fait preuve de sarcasme sera-t-il condamné et supprimé ? Dans un cas pareil, c’est tout l’humour politique qui disparaitrait.

La loi est déjà sévère avec ceux qui propagent de la littérature antisémite ou des caricatures à la Charlie Hebdo. Nous savons que cela a coûté très cher aux journalistes de ce magazine. Mais avec la loi, sera-t-elle appliquée aux antimacronisme, anti philippisme ou anti collombisme ? De nombreux pièges ont été placés dans le texte pour coincer celles et ceux qui seraient contre le gouvernement ou certaines organisations. Cette liberté d’expression sera-t-elle contrecarrée par une loi d’opinions beaucoup plus restrictive ?

Les journalistes, les commentateurs sur des blogs et des sites officiels ou pas, les reporters agréés devront tourner sept fois leur crayon sur le papier avant de s’exprimer ? Seront-ils forcés de présenter leurs articles à une commission déontologique constituée de juges apparatchik avant de publier comme cela se fait dans les sociétés privées des droits de l’homme ?

A lire les fines lignes du contrat proposé et celles-ci sont toujours les plus difficiles à comprendre, on s’aperçoit des contraintes et des restrictions concernant les remarques et commentaires offerts au grand public.
Des sites comme RL et bien d’autres tenus par des éditeurs un peu rebelles et insoumis seront-ils interdits sur Internet ?

La menace apparaît à l’horizon car d’après un ministre, il faut nettoyer les réseaux comme Hercule a nettoyé les écuries d‘Augias. Partout, d’après les politiques, Macron en tête, il faut « endiguer un torrent de boue qui se déverse dans les forums de discussions et sur les réseaux sociaux ». Comme le fumier ( cette pluie d’excréments qui tombent sur Internet) qui s’était accumulé depuis de nombreuses années dans les écuries du roi d’Elide, malhonnête et corrompu, a été enlevé par deux fleuves Alphée et Pyrée, les nouveaux fleuves Facebook et Google serviront à empêcher les pratiques abusives et critiquables de « planter le doute et laisser penser que ce que disent les politiques et médias ( officiels) est plus ou moins mensonger ! »

Le gros ennui est de savoir si les gouvernements ou ceux qui ont le pouvoir disent toujours la vérité. Quand on pense aux arguments utilisés par Powells pour justifier la guerre en Irak en 2002, on reste perplexe devant une telle logique qui veut que la vérité ne sort que la bouche des puissants.

En réalité, pour cacher une censure qui ne veut pas dire son nom, Macron va imaginer des moyens pour supprimer l’opposition médiatique à ses projets. Notre Empereur se prenait pour Jupiter mais maintenant il se croit plus fort qu’Héraklès qui s’est donné comme mission, douze travaux pour bouleverser de fond en comble la société puante et sale de ses prédécesseurs.

Les trois ou quatre premiers travaux ont été achevés : la loi du travail, les retraites, la SNCF et maintenant l’information. Bientôt les autres !

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