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Le Portugais Antonio Vitorino donne un discours à l'Organisation internationale des migrations à Genève, en Suisse.

Le Portugais Antonio Vitorino a été élu vendredi à la tête de l’Organisation internationale pour les migrations, évinçant le candidat controversé de Donald Trump. Photo : The Associated Press/Martial TeRrezzini

C’est une première en 50 ans : l’agence de l’ONU pour les migrations ne sera pas dirigée par un Américain. Le Portugais Antonio Vitorino, un « ami proche » du chef de l’ONU Antonio Guterres, a été élu vendredi à la tête de l’Organisation internationale pour les migrations, évinçant le candidat controversé de Donald Trump.

Agence France-Presse

Ken Isaacs n’a pas réussi à remporter les suffrages nécessaires. Pire, il a été le premier candidat à être éliminé. Accusé d’être climatosceptique alors que de nombreuses migrations sont liées à des facteurs climatiques, cet ancien vice-président de l’ONG humanitaire chrétienne Samaritan’s Purse (Bourse du Samaritain) a également tenu des propos polémiques qui ont terni son image.

Le poste de directeur de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence comptant 172 États membres et dont les États-Unis sont un des principaux contributeurs avec les Européens, a été occupé depuis la création de l’institution en 1951 par un Américain, avec une seule exception de 1961 à 1969. Le Néerlandais Bastiaan Haveman était alors en poste.

C’est donc Antonio Vitorino, 61 ans, qui a été élu par acclamation, la Costa-Ricaine Laura Thompson, actuelle directrice adjointe de l’OIM, ayant décidé de retirer sa candidature après quatre tours de scrutin.

La victoire du candidat européen intervient alors que les pays de l’Union européenne ont conclu vendredi, après neuf heures de discussions, un accord sur le traitement des migrations qui propose une « nouvelle approche » par la création de « plateformes de débarquements » de migrants hors de l’UE pour dissuader les traversées de la Méditerranée.

Nous sommes dans une situation particulièrement critique en matière de politique migratoire.

Antonio Vitorino, nouveau directeur de l’Organisation internationale pour les migrations

M. Vitorino a toutefois refusé de commenter l’accord européen sans l’avoir lu.

En politique depuis 1974

Homme politique et avocat d’affaires, M. Vitorino est entré au Parti socialiste portugais au moment de la révolution des oeillets de 1974, alors qu’il n’avait pas encore 18 ans. Élu député pour la première fois en 1980, il a été secrétaire d’État sous Mario Soares (1983-1985), puis ministre du gouvernement dirigé par Antonio Guterres (1995-1997).

En 1997, M. Vitorino a démissionné du poste de ministre de la Défense lorsqu’un journal l’a mis en cause dans une affaire d’impôt foncier non payé.

Élu au Parlement européen en 1994, M. Vitorino a surtout été marqué par son passage au poste de commissaire européen à la Justice et à l’Intérieur, entre 1999 et 2004. Souvent cité comme un potentiel candidat au poste de premier ministre ou de président de la République, il ne s’est jamais plus réellement investi dans la vie politique nationale.

Décrit comme un homme d’une grande intelligence, peu enclin à l’affrontement direct, il ne s’est pas pour autant éloigné des sphères du pouvoir, étant resté un des influents avocats du pays.

Le nouveau patron de l’OIM succédera le 1er octobre à l’Américain William Lacy Swing, qui a effectué deux mandats de cinq ans à la tête de l’OIM.

Échec pour les États-Unis

La victoire du Portugais constitue un véritable échec pour les États-Unis.

Choisi au début de février, M. Isaacs a eu fort à faire ces derniers mois après que le Washington Post a publié une série de commentaires antimusulmans, affichés entre 2015 et 2017, mais retirés depuis, sur les réseaux sociaux.

Dans des tweets, Ken Isaacs affirmait par exemple que le Coran « ordonne » aux musulmans de commettre des actes de violence et suggérait que les réfugiés chrétiens aient la priorité sur eux, exprimant des doutes sur le fait que l’islam soit une religion de paix. M. Isaacs a exprimé ses « regrets » pour ces commentaires « imprudents ».

Ken Isaacs donne un discours à Genève, après avoir été éliminé de la course à la présidence.

Le candidat de Washington, Ken Isaacs, a perdu les élections au poste de directeur de l’Organisation internationale des migrations. Photo : The Associated Press/Martial Trezzini

À la suite de la défaite, certains se demandent déjà si Donald Trump ne va pas riposter en réduisant les financements américains à l’OIM.

Interrogé à ce sujet, M. Vitorino s’est dit « confiant » et a affirmé s’attendre « à ce que tous les États membres comprennent le rôle fondamental » de l’OIM.