Michel Renault, économiste, enseignant-chercheur à l’université de Rennes 1. | DR
L’OCDE a présenté le 15 juin un rapport déjà largement commenté intitulé : « Un ascenseur social brisé : comment promouvoir la mobilité sociale ».
Il montre qu’au moins cinq générations (150 ans) pourraient être nécessaires, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, pour que les enfants de familles modestes parviennent à se hisser au niveau du revenu moyen. Pour la France et l’Allemagne, il faudrait six générations alors que pour le Danemark seules deux suffiraient. Ce rapport confirme d’autres travaux décrivant une aggravation des inégalités et une déstructuration sociale croissante qui n’est pas sans conséquences économiques et politiques.
L’absence de mobilité affecte le bien-être
Ainsi, l’absence de mobilité sociale en bas de l’échelle peut saper les fondements du développement économique en excluant les moins aisés des bénéfices d’un ensemble d’opportunités en matière d’éducation, d’accès à l’information, d’investissement…
En haut de l’échelle, cela favorise des effets de rente pour les plus aisés et leur descendance. L’absence de mobilité affecte également le bien-être et la satisfaction de la vie, ce qui a des conséquences sur la participation à la vie sociale, l’insertion dans des réseaux relationnels etc.
Enfin, cela nourrit le sentiment parmi les moins aisés que leur voix ne compte pas, alimentant la défiance envers les gouvernants et les tentations populistes. Au moment où les différentes aides sociales sont jugées inefficaces et trop coûteuses par le président de la République, un tel rapport mérite attention. Certains commentateurs y ont d’ailleurs vu une validation des constats présidentiels. Cependant, comme souvent, le rapport est beaucoup plus complexe et nuancé que des lectures partielles le laisseraient supposer.
Par exemple, l’OCDE souligne qu’une plus grande mobilité sociale au cours de la vie ou entre les générations est associée à une moindre inégalité de revenus. Les inégalités apparaissent donc comme un enjeu central. À cet égard, il serait utile de s’intéresser aux recommandations destinées à lutter contre le déterminisme social qui mettent en avant l’importance de l’action publique souvent dénigrée.
Augmenter les investissements publics
L’OCDE recommande ainsi d’augmenter les investissements publics dans la santé, les inégalités sociales de santé apparaissant comme un frein important à la mobilité sociale. La protection sociale, en amortissant notamment les pertes de revenus liés aux problèmes de santé, au chômage, contribue aussi à la lutte contre les inégalités. Les politiques assurant un meilleur équilibre entre travail et vie familiale, et par conséquent favorisant l’investissement des parents dans l’éducation des enfants, devraient être encouragées. Or, la tendance générale à la précarisation de la situation des salariés, et plus particulièrement des travailleurs pauvres qui cumulent souvent plusieurs « mini-jobs », ne va pas dans ce sens.
De façon significative le rapport souligne que pour rééquilibrer les opportunités d’ascension sociale, il faudrait limiter la concentration des richesses, l’héritage et les possibilités d’évasion fiscale ; il faudrait aussi concevoir des systèmes fiscaux progressifs en réduisant les exemptions.
Il est facile de constater que les politiques actuellement menées ne vont pas dans ce sens, le système fiscal français abandonnant toute forme de progressivité, déjà largement mise à mal, pour s’acheminer, au mieux, vers la proportionnalité. Il n’est pas certain que de telles recommandations soient reprises largement tant elles touchent aux intérêts des plus aisés.