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Au lendemain de l’attentat ayant coûté la vie à 24 personnes à Ahvaz, Téhéran a multiplié les accusations contre les présumés auteurs de l’attaque — directs ou indirects — tout en privilégiant la piste séparatiste arabe.
La République islamique d’Iran a surtout mis en cause le Front populaire et démocratique des Arabes d’Ahvaz (FPDAA), groupe séparatiste, dans cette attaque commise lors d’un défilé militaire.
Selon un bilan officiel, 29 personnes ont été tuées à Ahvaz, capitale de la province du Khouzestan — peuplée majoritairement d’Arabes — par un commando de quatre hommes qui a ouvert le feu sur la foule assistant à cette parade, avant d’être eux-mêmes abattus.
Le drame d’Ahvaz a fait dimanche la une des journaux iraniens, et nombre de quotidiens publiaient les photos de soldats portant des enfants tombés sous les balles du commando. Plusieurs titres ont insisté sur l’« unité » de la nation iranienne face à cette attaque.
Selon la télévision d’État, les funérailles des victimes auront lieu lundi.
« Nous n’avons aucun doute sur l’identité de ceux qui ont fait ça », a dit le président iranien, Hassan Rohani, avant de décoller pour New York, où il participera à l’Assemblée générale annuelle des Nations unies.
« Mercenaires » de Saddam
M. Rohani a accusé les auteurs de l’attentat d’avoir été des « mercenaires » du dictateur irakien Saddam Hussein avant de se trouver, après sa mort, un nouveau « maître » sur « la rive sud du golfe Persique ».
M. Rohani s’est abstenu de nommer le moindre pays, mais les Affaires étrangères iraniennes ont annoncé avoir convoqué dimanche le chargé d’affaires émirati à Téhéran pour lui transmettre « une protestation ferme contre les propos irresponsables et insultants » qu’aurait tenus un « conseiller » du gouvernement émirati à propos de l’attentat d’Ahvaz.
Samedi, M. Rohani avait promis une réponse « terrible » à l’attaque d’Ahvaz. Comme en écho, les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, ont publié dimanche un communiqué annonçant dans un avenir proche une « vengeance inoubliable », sans plus de précision.
Le groupe djihadiste État islamique (EI) a revendiqué l’attentat d’Ahvaz, mais les autorités iraniennes ne semblent pas prendre cette revendication au sérieux.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé dans la nuit avoir convoqué samedi les diplomates représentant le Danemark, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas à Téhéran. Il leur a fait part des « fortes protestations de l’Iran contre le fait que leurs pays respectifs abritent certains membres du groupe terroriste ayant perpétré l’attaque » d’Ahvaz.
Une revendication, au nom du FPDAA, a été diffusée samedi sur une chaîne satellitaire, Iran international. Mais, dans un communiqué publié sur son site, le groupe a nié toute implication, et accusé les autorités de Téhéran d’avoir commandité l’attaque pour détourner l’attention du soutien qu’elles apportent « à des milices dans la région ».
« Conspiration » américaine
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a vu dans cette attaque « une continuation de la conspiration des gouvernements de la région à la solde des États-Unis ».
À couteaux tirés avec l’Iran, les États-Unis ont affirmé dimanche « condamner toute attaque terroriste n’importe où », par la voix de leur ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.
Des responsables iraniens ont accusé qui l’Arabie saoudite, qui « deux États [arabes] du Golfe » d’avoir armé ou financé le commando.
L’Arabie saoudite, alliée des États-Unis, est le grand rival régional de l’Iran. Les deux pays s’opposent sur de nombreux dossiers au Moyen-Orient, notamment dans les conflits en Syrie et au Yémen.
Téhéran et Riyad ont rompu leurs relations diplomatiques en janvier 2016.
L’Iran entretient également des relations tendues avec les Émirats, dont ils dénoncent régulièrement la participation à la coalition militaire sous commandement saoudien qui combat au Yémen contre les rebelles houthis. Téhéran dit soutenir politiquement cette rébellion, mais pas militairement.
Tensions ravivées avec les États-Unis
L’Assemblée générale de l’ONU, qui se déroulera cette semaine à New York, génère peu d’espoir de réconciliation entre les présidents américain et iranien. Mercredi, Donald Trump présidera une réunion du Conseil de sécurité pour, selon l’ambassadrice Nikki Haley, « attirer comme jamais l’attention » sur l’Iran, bête noire des États-Unis accusée de déstabiliser le Moyen-Orient. Donald Trump « a dit clairement qu’il était prêt à parler à tout le monde », y compris avec les dirigeants iraniens, a toutefois souligné dimanche Mike Pompeo, tout en doutant qu’il puisse y avoir un dialogue avec Téhéran. « L’offre de discussions directes avec l’Iran faite par Trump n’est ni honnête ni sincère », a par avance balayé le président iranien, Hassan Rohani, dans une tribune au Washington Post, avant de se rendre à New York.