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POOL/AFP / VINCENT KESSLER Le président Emmanuel Macron à côté du portrait du général de Gaulle, le 4 octobre 2018 à la mairie de Colombey-les-Deux-Eglises

 

Entre de longs échanges insistants avec des retraités et un hommage au général de Gaulle à Colombey-les-Deux Eglises, Emmanuel Macron a loué jeudi la Ve République, avant un discours à Paris sur les 60 ans de la Constitution.

Pendant sa matinée dans le village du fondateur de la Ve République, le chef de l’Etat s’est refusé à évoquer le remaniement gouvernemental en cours, au lendemain de la démission du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.

 

Une « péripétie » du quotidien, a-t-il seulement commenté, expliquant que le nom de son remplaçant serait annoncé « en temps voulu ». Il n’a pas non plus précisé quelle serait l’ampleur du remaniement, qui pourrait être plus large que le seul portefeuille de l’Intérieur.

En revanche, il a pris le temps de répondre aux nombreux retraités qui l’attendaient devant l’église et l’ont interpellé sur leurs faibles retraites. Parmi eux, des conjointes d’agriculteurs qui ne perçoivent que 500 ou 600 euros par mois.

A leurs questions bienveillantes mais insistantes, il a répété qu’il demandait « des efforts » aux seniors pour privilégier ceux qui travaillent. Un peu agacé par leurs récriminations, Emmanuel Macron a glissé que la France se porterait « autrement » si les Français se plaignaient moins et réalisaient leur chance de vivre dans ce pays. Il a aussi remarqué que « le Français ne voit que ce qu’on lui enlève ».

AFP / LUDOVIC MARIN Le président Emmanuel Macron dépose une gerbe de fleurs sur la tombe du général de Gaulle, le 4 octobre 2018 à Colombey-les-Deux-Eglises

 

« Le petit-fils du général (de Gaulle) m’a dit tout à l’heure » que la règle devant son grand-père était: « + Vous pouvez parler très librement; la seule chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est de se plaindre +. » Pour le président, « c’est une bonne pratique qu’avait le général. Le pays se tiendrait autrement s’il était comme ça ».

En arrivant, le chef de l’Etat a visité la maison de la famille de Gaulle, la Boisserie, avant de saluer pendant plus d’une heure les quelque centaines d’habitants et curieux rassemblés sous le soleil. Il s’est ensuite rendu devant l’immense croix de Lorraine de granit de 43 mètres qui domine la plaine et visité le Mémorial Charles de Gaulle.

Le président de la République a aussi réaffirmé son attachement à la Constitution, promulguée il y a 60 ans jour pour jour, à l’initiative du général.

« La force de cette Constitution, c’est qu’elle permet d’avancer », a-t-il expliqué à des journalistes. Elle « permet d’éviter la tyrannie de l’immédiateté » car « ce ne sont pas les péripéties du quotidien qui doivent décider pour une nation ».

La Constitution donne-t-elle trop de pouvoir au président? « Non, je ne crois pas », a répondu M. Macron.

AFP / Simon MALFATTO, Paz PIZARRO Les présidents de la Ve république

 

« Ceux qui, comme dirait le général, sautent comme des cabris sur leur chaise pour vouloir une VIe République, n’aiment tout simplement pas l’État et n’aiment pas qu’on décide. Aucun pays n’avance si on ne décide pas », a-t-il ajouté.

– Relancer la réforme –

Le chef de l’État a par ailleurs vanté la « solidité » et la « souplesse » de la Constitution, qui « a été de très nombreuses fois modifiée » en 60 ans.

AFP / Laurence SAUBADU Les pouvoirs du président

 

Emmanuel Macron est reparti en hélicoptère pour Paris, où il prononcera, devant le Conseil constitutionnel, un discours devant quelque 200 invités, dont les anciens présidents Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy.

L’occasion pour lui de « relancer » sa réforme institutionnelle qui, après avoir été reportée pour cause d’affaire Benalla, doit être de nouveau examinée « en janvier à l’Assemblée nationale », selon l’Élysée.

Présent à Colombey, Jean-Louis Debré, fils de Michel Debré, l’un des initiateurs de la Ve République, a ainsi fait remarquer que la Constitution avait « survécu à huit présidents, 23 Premiers ministres et 1.400 ministres », signe de « son efficacité ».

Cette réforme vise à réduire le nombre de parlementaires et à limiter leur nombre de mandats dans le temps, mais aussi à supprimer la Cour de justice de la République et à réformer le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Un sondage Odoxa Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info indique que seuls 44% des Français expriment un attachement à ce régime. Ils ne sont également plus que 53% à se dire attachés à l’élection du président au suffrage universel, élément clé de la Ve République, qui « rend un peu fous les politiques », selon 71% d’entre eux.