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Alain Narinx

Le chaos de la scène politique britannique n’est pas le fait de Theresa May ou de l’accord qu’elle tente d’arracher. Il est né d’un mal bien plus ancien et profond.

Un champ de ruines. Voilà comment décrire aujourd’hui la scène politique britannique. L’accord trouvé entre Londres et l’Union européenne sur le Brexit ne tient qu’à deux fils bien fragiles: le sort de la chef de gouvernement Theresa May sera soumis à un vote de confiance dans quelques jours et l’accord lui-même sera examiné par le Parlement britannique en décembre. Dans les deux cas, l’issue est incertaine et périlleuse. Le spectre d’un « hard Brexit » — autrement dit, une sortie non coordonnée du Royaume-Uni hors de l’UE – plane toujours. Et, dans tous les cas, le Brexit aura des conséquences néfastes, notamment économiques, de part et d’autre du Chunnel. Sans parler des coûts directement liés à la procédure de divorce en tant que telle.

Pour sortir de cette impasse, l’organisation d’un second référendum s’impose.

Faut-il pour autant blâmer Theresa May pour cette situation? La Première ministre doit résoudre une équation insoluble, à savoir respecter le vote des Britanniques qui ont souhaité quitter l’Union européenne, tout en préservant les intérêts de son pays qui plaident au contraire pour le maintien de liens substantiels avec le reste du continent. D’où ce compromis qui, outre-Manche, ne convainc personne.

Le chaos qui en résulte est une leçon, en ce sens qu’il est une belle illustration de ce que peut produire le populisme. Le vote du Brexit, le 23 juin 2016, est en effet le résultat de deux ficelles politiques abondamment utilisées par les populistes: utiliser des « fake news » et prendre l’Europe comme bouc émissaire. Pour aboutir au tonitruant « Leave », les partisans du Brexit, surtout motivés par de basses considérations politiciennes internes, ont mené une campagne truffée de contre-vérités, à l’instar de la promesse fantaisiste de Boris Johnson de récupérer 350 millions de livres par semaine en provenance du budget européen. Et, depuis des années, « Bruxelles » leur sert de punching-ball commode. Toute ressemblance avec des stratégies politiques déployées par certains partis dans d’autres pays de l’Union n’est pas fortuite…

Pour sortir de cette impasse, l’organisation d’un second référendum s’impose. Il permettrait aux Britanniques de choisir leur avenir librement, mais cette fois en parfaite connaissance de cause.

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