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Isabelle Robert-Bobée et Sabrina Volant, division Enquêtes et études démographiques, Insee

La fécondité diminue légèrement en France depuis 2015. Cette baisse est générale : elle n’est pas centrée sur une classe d’âge en particulier. Tous les niveaux de vie sont concernés. La baisse de la fécondité touche aussi bien les femmes qui n’avaient pas encore d’enfant que celles qui en avaient déjà. Elle ne concerne toutefois pas les immigrées, dont la fécondité reste stable.

La fécondité baisse légèrement

Après neuf années de relative stabilité, la fécondité baisse en France depuis 2015. L’indicateur conjoncturel de fécondité oscillait autour de 2,00 enfants par femme entre 2006 et 2014. Il s’établit à 1,95 en 2015 et à 1,92 en 2016 (figure 1). La baisse touche toutes les régions, à l’exception de la Guyane et de Mayotte où la fécondité augmente et de La Réunion où elle est stable.

Figure 1 – Indicateur conjoncturel de fécondité (ICF*), de 1995 à 2016

La baisse de la fécondité concerne tous les âges

En 2015 et en 2016, la fécondité diminue pour la plupart des âges et notamment aux âges les plus féconds.
Pour tous les âges avant 35 ans, la fécondité baisse chaque année depuis 2015 (figure 2). Avant 30 ans, la baisse déjà constatée par le passé s’accélère en 2015. La fécondité des femmes de 30 à 34 ans diminue également en 2015 et 2016, mais moins fortement que pour les plus jeunes. Entre 35 et 39 ans, la fécondité commence à baisser en 2016. À partir de 40 ans, la fécondité baisse en 2015. Puis elle augmente de nouveau en 2016, mais moins fortement que par le passé.

L’âge moyen à la naissance des enfants poursuit sa progression : il augmente de 0,1 an par année, pour atteindre 30,5 ans en 2016.

Figure 2 – Taux de fécondité pour 100 femmes de chaque groupe d’âges, de 1995 à 2016

Qu’elles soient déjà mères ou non, les femmes ont moins d’enfants

Le recul récent de la fécondité concerne aussi bien les femmes qui avaient déjà un enfant que les femmes sans enfant. À âge donné, la probabilité d’avoir un premier enfant était la même en 2014 qu’en 2013. Depuis, cette probabilité baisse. Pour les femmes qui avaient déjà un enfant, la probabilité d’en avoir un deuxième en 2015 ou en 2016 est plus faible qu’en 2013, à durée écoulée identique depuis la naissance précédente. Il en va de même pour la probabilité d’avoir un troisième enfant pour les femmes qui en avaient déjà deux.

La répartition des naissances selon le rang de naissance reste la même en 2015 et 2016 qu’en 2012 et 2013, années non touchées par la baisse de la fécondité : 42 % des bébés sont des premiers enfants, 36 % des deuxièmes, 15 % des troisièmes et 7 % des enfants de rangs plus élevés.

Tous les niveaux de vie sont concernés

La fécondité varie selon le niveau de vie (figure 3). Les femmes appartenant aux 25 % des ménages les plus modestes (premier quartile de niveau de vie) ont une fécondité, à âge donné, plus élevée que les femmes un peu moins modestes qu’elles (deuxième quartile).

Figure 3 – Taux de fécondité pour 100 femmes de chaque âge, selon les quartiles de niveau de vie. Moyenne des années 2012 à 2016.

La fécondité des femmes les plus aisées (quatrième quartile de niveau de vie) est plus tardive : elle est maximale à 31 ans, contre 28 ou 29 ans pour les femmes des autres quartiles de niveau de vie. Elle est également plus concentrée : la courbe des taux de fécondité est nettement plus resserrée autour de ce pic d’âge pour les femmes du quatrième quartile de niveau de vie que pour les autres.

Les femmes ont eu moins d’enfants en 2016 qu’en 2013, quel que soit leur niveau de vie. La baisse apparaît plus précoce pour les femmes de milieux modestes et très modestes (premier et deuxième quartiles) : elles ont eu moins d’enfants en 2015 qu’en 2013, alors que les femmes plus aisées (troisième et quatrième quartiles) sont aussi fécondes ces deux années (figure 3 complémentaire). Ce n’est qu’en 2016 que la fécondité semble diminuer pour la moitié des femmes aux niveaux de vie les plus élevés.

La fécondité est stable pour les femmes immigrées

La fécondité des immigrées est en moyenne plus élevée que celles des non immigrées. D’après les taux de fécondité par âge estimés en 2015 et en 2016, elles ont environ 0,8 enfant de plus par femme que les non immigrées. Ce phénomène est en partie lié à l’effet de l’immigration, qui décale souvent les naissances après l’arrivée dans le pays d’accueil. Les femmes ayant immigré avant l’âge de 15 ans ont une fécondité très proche des femmes nées en France [Toulemon, 2004].

La fécondité a diminué parmi les femmes non immigrées : environ 1,8 enfant par femme en 2015 et 2016, contre 1,9 en 2012 ou 2013 (figure 4). Elle est en revanche restée plus stable pour les femmes immigrées : leur indicateur conjoncturel de fécondité se maintient autour de 2,7 enfants par femme en 2015 et 2016, niveau comparable à celui des années 2012 à 2014.

La contribution des immigrées à la fécondité totale en France reste limitée, de l’ordre de 0,1 enfant par femme. Elle n’a quasiment pas évolué depuis 2012. En 2016, l’indicateur conjoncturel de fécondité est de 1,92 enfant par femme en moyenne pour l’ensemble des femmes résidant en France, et de 1,80 enfant par femme en moyenne pour l’ensemble des femmes non immigrées, soit un écart de 0,12 enfant par femme. En 2012, 2013 et 2014, avant la baisse récente de la fécondité, la contribution des immigrées à la fécondité totale était également de l’ordre de 0,1 enfant par femme.

https://www.insee.fr/fr/statistiques