par Alain Kerhervé
Au cours de cette conférence de presse du 14 janvier 1963, le général de Gaulle trace les perspectives de l’action de la France : aménagement du territoire, vie politique intérieure, mais aussi la construction européenne, la place de la France dans le monde, sa diplomatie et sa défense indépendante. Il y développe tous ces points, avec une vision à long terme que l’histoire des cinquante dernières années validera.
L’Europe : Non à la Grande-Bretagne

À propos de la demande d’adhésion de la Grande Bretagne au marché commun, le Général rappelle que « le Traité de Rome a été conclu entre six États continentaux. Des États qui, économiquement parlant, sont en somme de même nature. Qu’il s’agisse de leur production industrielle ou agricole, de leurs échanges extérieurs, de leurs habitudes et de leurs clientèles commerciales, de leurs conditions de vie et de travail, il y a entre eux beaucoup plus de ressemblances que de différences. D’ailleurs, ils sont contigus, ils s’interpénètrent, ils se prolongent les uns les autres par leurs communications. Le fait de les grouper et de les lier entre eux de telle façon que ce qu’ils ont à produire, à acheter, à vendre, à consommer, ils le produisent, l’achètent, le vendent, le consomment, de préférence dans leur propre ensemble est donc conforme aux réalités. »

Mais, regrette-t-il, ce traité est incomplet, puisque l’agriculture, élément essentiel de notre activité, n’y a pas sa place. « Nous ne pouvons concevoir un Marché commun dans lequel l’agriculture française ne trouverait pas des débouchés à la mesure de sa production et nous convenons d’ailleurs que, parmi les Six, nous sommes le pays auquel cette nécessité s’impose de la manière la plus impérative. » précise-t-il tout en insistant sur le fait que « toutes les décisions prises l’ont été par les Gouvernements, car il n’y a nulle part ailleurs d’autorité, ni de responsabilité. Mais je dois dire que, pour préparer et éclairer les affaires, la Commission de Bruxelles a travaillé d’une façon très objective et très pertinente. »

Le Général veut une règle identique à tous les membres de la communauté européenne et l’on mesure aujourd’hui toute la sagesse de ses propos : « On a pu croire parfois que nos amis Anglais, en posant leur candidature pour le Marché commun, acceptaient de se transformer eux-mêmes au point de s’appliquer toutes les conditions qui sont acceptées et pratiquées par les Six ; mais la question est de savoir si la Grande-Bretagne, actuellement, peut se placer, avec le Continent et comme lui, à l’intérieur d’un tarif qui soit véritablement commun, de renoncer à toute préférence à l’égard du Commonwealth, de cesser de prétendre que son agriculture soit privilégiée et encore de tenir pour caducs les engagements qu’elle a pris avec les pays qui font partie de sa zone de libre-échange. Cette question-là, c’est toute la question. »

Le Chef de l’État a bien conscience que la Grande-Bretagne dans une Europe indépendante est souhaitable. C’est dans ce sens qu’il propose un accord d’association entre le Marché commun et la Grande-Bretagne « de manière à sauvegarder les échanges, et rien n’empêcherait non plus que soient maintenues les relations étroites de l’Angleterre et de la France et que se poursuive et se développe leur coopération directe dans tous les domaines, notamment ceux de la science, de la technique et de l’industrie, comme d’ailleurs les deux pays viennent de le prouver en décidant de construire ensemble l’avion supersonique Concorde. »

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