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Par  Loris Boichot Pierre Lepelletier

Européennes : qui sont les têtes de liste ?

 

Une seule liste, un seul meneur par parti. C’est la nouveauté de ces élections européennes. Le 26 mai 2019, les électeurs français auront le choix entre les mêmes candidats, alors qu’ils votaient jusqu’alors par grandes régions. Paradoxe: à ce scrutin désormais national, les principaux partis ne présentent pas des têtes d’affiche, mais souvent des visages peu connus des Français.

● RN: Jordan Bardella, le pari jeune de Marine Le Pen

Jordan Bardella

De nombreux cadres du Rassemblement national (RN), dont le député Louis Aliot et l’eurodéputé Nicolas Bay, ont un temps rêvé de prendre la tête de la liste. Marine Le Pen a finalement choisi le conseiller d’Île-de-France Jordan Bardella, âgé de 23 ans. Le porte-parole du parti coche plusieurs cases à ses yeux: il est jeune, sait manier la rhétorique du RN sans dévier de la ligne, et peut, en tant qu’élu de Seine-Saint-Denis, envoyer un signal à l’électoral des banlieues, terre de mission du RN.

Le leitmotiv: Bâtir une «Alliance Européenne des Nations», qui «sera la garante de Nations plus fortes, plus libres, plus vivantes».

Le score aux européennes de 2014: 24,86% – 24 sièges.

● LR: François-Xavier Bellamy, un philosophe conservateur en campagne

François-Xavier Bellamy

Un intellectuel conduira la liste des Républicains (LR). François-Xavier Bellamy, 33 ans, normalien et professeur de philosophie, n’est pas pour autant vierge de toute expérience politique: il est adjoint au maire de Versailles (Yvelines) depuis 2008. Penseur des limites et des permanences, tenant d’un discours pro-européen teinté de souverainisme, l’auteur de Demeure est proche de la Manif pour tous.

Le leitmotiv: Bâtir une «Europe qui protège», autour d’un patriotisme économique et d’un renforcement des frontières extérieures.

Le score aux européennes de 2014: 20,81 % des voix – 20 sièges.

● LFI: Manon Aubry, le choix «société civile» des Insoumis

Manon Aubry

Issue de la société civile (porte-parole de l’ONG Oxfam), Manon Aubry, 29 ans, a été parachutée par Jean-Luc Mélenchon comme tête de liste de La France insoumise (LFI). Experte sur les questions de lutte contre la fraude fiscale, elle souhaite se spécialiser sur ce sujet au Parlement européen. Sa jeunesse et sa virginité politique rassurent le chef des Insoumis: il sait qu’elle ne pourra pas lui faire de l’ombre.

Le leitmotiv: Sortir des traités européens pour changer l’Union européenne, «ultralibérale», pas assez sociale et solidaire.

Le score aux européennes de 2014: LFI n’existait pas encore. Mais le Front de gauche (PCF-Parti de gauche de Mélenchon) avait recueilli 6,61% des voix – 4 sièges.

● EELV: Yannick Jadot croit en l’étoile écolo

Yannick Jadot

Seul dans son couloir. Convaincu du potentiel d’une liste écologiste aux européennes, Yannick Jadot ne veut pas entendre parler d’une alliance à gauche. Déjà élu deux fois député européen, l’ancien soutien de Benoît Hamon à la présidentielle devrait une nouvelle fois reprendre le chemin de Bruxelles au printemps prochain.

Le leitmotiv: Bâtir une Union européenne qui traite en priorité «l’urgence environnementale et sociale».

Le score aux européennes de 2014: 8,95% des voix – 6 sièges.

● DLF: Nicolas Dupont-Aignan, à la conquête du camp souverainiste

Nicolas Dupont-Aignan

Le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan a annoncé dès septembre sa première candidature à la tête d’une liste aux européennes. Sa plateforme d’union des droites, baptisée «Les Amoureux de la France» et lancée avec Jean-Frédéric Poisson, du Parti chrétien-démocrate, et Bruno North, du CNIP, veut créer la surprise et faire élire des eurodéputés pour la première fois.

Le leitmotiv: Transformer l’Union européenne en renégociant les traités, pour construire une «Europe des nations et des coopérations».

Le score aux européennes de 2014: 3,82% des voix – Aucun siège.

● PCF: Ian Brossat, le nouveau visage du communisme français

Ian Brossat

Le communiste, adjoint chargé du logement à la mairie de Paris, a été désigné en juin dernier pour porter la couleur du Parti communiste français (PCF) aux européennes. Malgré les mauvais sondages (la liste est créditée à 2 ou 3%), et les demandes insistantes d’unité à gauche, le porte-parole du parti, âgé de 38 ans, a toujours fait part de son envie d’aller «jusqu’au bout».

Le leitmotiv: Rompre avec l’Union européenne «libérale» en revenant sur les traités actuels pour «refonder une UE avec un principe: l’humain d’abord».

Le score aux européennes de 2014: 6,61% des voix dans l’alliance «Front de gauche» avec le Parti de gauche – 4 sièges.

● Génération-s: Benoît Hamon de retour en campagne, sans le PS

Benoît Hamon

Loin d’être démotivé par son mauvais score à la présidentielle (6,36%), Benoît Hamon se lance désormais dans la bataille des européennes avec son mouvement Génération-s. L’ancien socialiste prône l’unité de la gauche pour ne pas laisser le monopole à La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Mais il ne souhaite pas s’associer avec le PS aux européennes. Pour l’heure, il échange avec le PCF.

Le leitmotiv: Lutter contre le «réchauffement climatique», «l’intolérance» et le «péril totalitaire».

Le score aux européennes de 2014: Génération-s n’existait pas.

● UDI: Jean-Christophe Lagarde rêve d’arrimer à lui la droite modérée

Jean-Christophe Lagarde

Pris en étau, au centre-droit, entre une liste LR selon lui «confiée à l’extrême droite», et le «calcul politique de M. Macron», le député UDI de Seine-Saint-Denis, Jean-Christophe Lagarde, a choisi l’autonomie. Avec l’ambition que sa liste UDI conquière des électeurs de droite en rupture avec Les Républicains version Laurent Wauquiez, et partisans d’une plus forte intégration européenne.

Le leitmotiv: Bâtir une «Europe fédérale», autour d’un parquet européen, d’une police fédérale et d’un ministère européen de l’immigration.

Le score aux européennes de 2014: 9,94% des voix, dans l’alliance «L’Alternative», avec le Modem – 7 sièges.

● RIC: Ingrid Levavasseur, une figure des «gilets jaunes» en politique

Ingrid Levavasseur

Vêtue à 31 ans de son «gilet jaune», Ingrid Levavasseur a réuni à ses côtés des manifestants pour les mener jusqu’au Parlement européen. Elle a baptisé sa liste «Ralliement d’initiative citoyenne» – RIC, les mêmes initiales que le référendum d’initiative citoyenne réclamé par les «gilets jaunes». Mais cette aide-soignante de l’Eure doit faire face à deux défections, cinq jours après le lancement de l’initiative, et régler le problème du financement de la campagne.

Le leitmotiv: «Transformer la colère en un projet politique humain, capable d’apporter des réponses aux Français qui soutiennent le mouvement des gilets jaunes depuis des mois»

Le score aux européennes de 2014: la liste «RIC» n’existait pas.

À noter que le chanteur Francis Lalanne souhaite également mener une liste «gilets jaunes» aux européennes. L’artiste regrette que son initiative ne soit pas autant médiatisée que celle d’Ingrid Levavasseur. Il assure par ailleurs qu’il dispose d’un financement fiable pour la campagne, à hauteur de 800.000 euros, contrairement à l’autre liste «gilets jaunes». Francis Lalanne n’exclut cependant pas une alliance.

● Les Patriotes: Florian Philippot, un cavalier seul pro-Frexit

Florian Philippot

À la tête des Patriotes qu’il a fondé en septembre 2017, l’eurodéputé Florian Philippot a rompu avec Marine Le Pen, dont il déplore l‘inflexion sur l’Union européenne et l’euro. Le pro-Frexit a tendu la main à des «gilets jaunes», fin décembre. Mais il semble faire cavalier seul, affaibli par le départ de sa vice-présidente, Sophie Montel, et le refus de François Asselineau de saisir sa main tendue.

Le leitmotiv: Sortir de l’Union européenne pour «se libérer des mauvaises directives européennes, des mauvais traités commerciaux et des mauvaises politiques»

Le score aux européennes de 2014: le parti Les Patriotes n’existait pas.

● Résistons!: Jean Lassalle, le test des européennes

Jean Lassalle

Le député béarnais Jean Lassalle a refusé les propositions d’alliance de Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot. Depuis son départ du Modem, en 2016, et sa candidature à la présidentielle (1,21% des voix), il tient à son indépendance. Pour la première fois tête de liste aux européennes, au nom de son parti, Résistons!, l’élu des Pyrénées-Atlantiques espère réunir au moins 500.000 euros pour se lancer en campagne.

Le leitmotiv: Bâtir une «Europe des nations», «efficace et respectueuse des peuples», contre la «dictature de la finance spéculative» et pour une «réponse humaine et humaniste à la question des migrants»

Le score aux européennes de 2014: Résistons! n’existait pas.

● LO: Nathalie Arthaud, en lutte contre la «classe capitaliste»

Nathalie Arthaud

Déjà candidate lors des deux dernières présidentielles, Nathalie Arthaud repart en campagne pour les élections européennes à la tête d’une «liste autonome», distincte du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de Philippe Poutou. Au risque de contribuer à la division de l’extrême gauche.

Le leitmotiv: Substituer à l’Union européenne les «États-Unis socialistes d’Europe» en luttant contre «l’Europe des capitalistes et des nationalistes»

Le score aux européennes de 2014: 1,41% des voix – Aucun élu.

● UPR: François Asselineau, le retour du candidat du Frexit

François Asselineau

François Asselineau le répète sur tous les tons: le «Frexit est urgent». L’ancien candidat à la présidentielle (0,92% des voix), ex-directeur de cabinet de Charles Pasqua, se verrait bien arriver au Parlement européen – «un Parlement croupion» selon lui – pour le marteler dans l’hémicycle.

Le leitmotiv: Sortir de l’Union européenne et de l’euro pour «réaliser des économies considérables», «faire baisser le nombre de chômeurs» et «retrouver notre indépendance nationale»

Le score aux européennes de 2014: 0,41% des voix – Aucun élu.


Ils n’ont pas encore tranché

● PS: l’hypothèse Olivier Faure

Olivier Faure

Lorsqu’Olivier Faure annonce début janvier qu’il pourrait être tête de liste du Parti socialiste (PS) aux européennes, ce n’est pas vraiment par envie. Plus par devoir. Dans les rangs des socialistes, aucun cadre ne se bouscule pour mener bataille, alors que le parti est crédité d’à peine 5% des voix dans les sondages. Le premier secrétaire du PS, également député, ne désespère cependant pas de trouver un accord avec le jeune mouvement Place Publique pour monter une liste commune.

Le leitmotiv: Bâtir une Union européenne «qui encadre la finance, mène le combat écologiste et défend le droit des femmes et des hommes face aux ruptures technologiques».

Le score aux européennes de 2014: 13,98% des voix – 13 sièges.

● LaREM se donne du temps

La République en marche (LaREM) n’a toujours pas désigné sa tête de liste, qui ne devrait pas être connue avant «fin février-début mars». L’état-major du parti présidentiel hésite entre deux profils: un candidat plutôt senior, «expérimenté et crédible», ou un numéro un issu de la société civile.

Le leitmotiv: Renforcer l’Union Européenne «sur les cinq dimensions de la souveraineté» (sécurité-défense, monnaie, commerce, développement durable, numérique).

Le score aux européennes de 2014: LaREM n’existait pas.

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