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BFMTV, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez, Marine le Pen, Olivier Faure, Stanislas Guerini, télévision

Le but du débat était d’entendre les propositions de sortie de crise des politiques après un Grand débat qui n’a pas convaincu. Sur ce plan, le débat de ce soir a-t-il tenu ses promesses ?
Arnaud Benedetti : Chacun est resté dans son couloir déclinant son offre , sans réelles surprises . À l’exception des deux représentants des partis majoritaires , on y a assisté à une critique en règle de la politique du gouvernement . Il ne fallait sans doute pas s’attendre à autre chose d’un exercice dont l’enjeu se situait à mi-chemin de la sortie du grand débat et des élections européennes . Sur le plan des personnalités , les plus aguerries et les plus différenciées dans leur volonté de rompre avec la politique d’Emmanuel Macron ( Mélenchon , Marine Le Pen ) ont sans doute occupé avec plus de densité l’arène . Sur le fond , Stanislas Guerrini s’est efforcé de tenir la barre , mais sa prestation a fait ressortir le déficit abyssale du parti du président en leaders , en ressources combattantes susceptibles de » performer » … L’impression générale qui a pu se dégager d’une émission qui ne restera pas dans les annales de la communication politique c’est un retour à la case départ pré-présidentielle , sans un certain nombre de sensibilités ( Hamon , les écologistes , Dupont-Aignan , etc …) . Cette absence sur-soulignait à sa façon la crise de la représentation aiguë que nous traversons . Pas sûr que dans le contexte de crise des » gilets jaunes » les téléspectateurs ne soient pas ressortis de ce débat tout aussi dubitatifs qu’ils n’y étaient rentrés … On a de facto eu le spectacle des blocages de la société française , de ses contradictions , de l’anomie de sa scène politique .
Le format « combat des chefs » n’a-t-il pas montré certaines limites, reproduisant par bien des aspects ceux qui ont précédé l’élection présidentielles ?
Les uns et les autres ne poursuivaient pas des objectifs identiques . Loin de là … Pour Stanislas Guerrini, il s’agissait de faire » ses preuves « , pour François Bayrou de se positionner comme le môle d’expérience d’une majorité mise à mal , pour Marine le Pen de poursuivre l’exorcisme de l’effet toxique de son débat raté de l’entre-deux tours de 2O17 , pour Laurent Wauquiez de se différencier de Marine le Pen et d’incarner une droite lisible , pour Jean-Luc Mélenchon de retrouver la dynamique qui lui avait presque réussie lors de l’élection présidentielle , pour Olivier Faure tout simplement d’exister après qu’il eut confié les clés de la liste ps aux européennes à Raphaël Glucksmann. La réalité c’est qu’encore une fois , outre que l’ombre d’Emmanuel Macron et des gilets jaunes planaient sur l’ensemble du débat , la situation politique est apparue encore plus confuse qu’il n’y a deux ans . Ce qui n’est rassurant ni pour les forces politiques , et pas plus pour pour l’exécutif .
Quels autres enseignements tirez-vous de ce débat ?
Il a été marqué par la conjoncture . Les questions d’ordre public , de fiscalité y ont prédominé . Par ailleurs se dessinait en creux comme une frontière entre les anciens chefs et les nouveaux avec Marine le Pen , Jean-Luc Mélenchon , François Bayrou d’un côté et Stanislas Guerrini , Olivier Faure , Laurent Wauquiez de l’autre .Marine le Pen y a modéré son image , poursuivant sa dédiabolisation , notamment lorsqu’elle a dit son opposition à la militarisation du maintien de l’ordre .Mélenchon a réaffirmé qu’il était le plus talentueux . Bayrou a répété son personnage . Guerrini a voulu faire le job , mais il a surtout démontré à son corps défendant qu’il n’était pas donné à tout le monde d’être un leader . Olivier Faure a renforcé l’image d’un ps à la recherche ( désespérément ?) de sa voie …et de sa voix aussi . Laurent Wauquiez s’est mécaniquement attelé à procéder à la pédagogie d’un projet qu’il veut rendre audible entre l’orléanisme de Macron et le nationalisme de Marine le Pen . Quoi qu’il en soit , pour les uns et les autres , l’enjeu n’était pas tant la sortie du grand débat que de poser les premières briques télévisuelles de leur campagne en vue des européennes . Ce round là fut surtout en quelque sorte d’observation et de retenue .