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Pour aller plus loin, le sociologue Vincent Tiberj a mis au point un « indice longitudinal de tolérance ». Il s’agit d’un indicateur qui fait la synthèse d’un ensemble de questions autour du racisme ou du rejet de l’autre 2, dont six ont été posées sur une durée de 15 années. Globalement, l’indice oscille depuis le début des années 2000 autour de 60 %, alors qu’il était inférieur dans les années 1990. Depuis 2013, on enregistre une remontée de cet indice de tolérance.

Rien ne semble indiquer une poussée de racisme dans l’opinion. Si les valeurs se sont durcies dans ce domaine, ce serait plutôt il y a une quinzaine d’années. Des facteurs de sens contraires influencent l’expression ou nom du rejet des autres dans une société. Comme l’a noté de longue date Vincent Tiberj 3, l’élévation du niveau de diplôme et le renouvellement générationnel poussent plutôt à l’ouverture aux autres. La dégradation de la situation économique peut jouer en sens inverse, même si son impact n’est pas simple à mesurer. Le type de majorité politique a aussi un effet que les politologues qualifient de « thermostatique » : on déclare davantage de tolérance quand la droite gouverne et d’intolérance quand c’est le tour de la gauche, comme si les sondés voulaient éviter les excès dans un sens ou dans l’autre. Les chercheurs mettent en évidence un effet dit de « cadrage » : « Ce sont moins les événements en tant que tels qui peuvent influer sur les opinions des individus, que la manière dont ils sont « cadrés » par les élites politiques, sociales et médiatiques. Les responsabilités de ces dernières sont donc particulièrement importantes pour donner le ton, imposer un récit dominant », écrit par exemple la CNCDH dans son rapport. Le discours politique, celui des journalistes ou des experts, donne le « ton » du moment, qui va se traduire dans les enquêtes d’opinion, en influençant les plus hésitants. On retrouve ici une tendance semblable à l’expression de la solidarité vis-à-vis des plus pauvres (voir notre article sur l’assistanat).
Au fond, le plus étonnant en matière de racisme, c’est sans doute le faible impact dans l’opinion d’un discours de rejet des étrangers surmédiatisé, comme on l’a rarement connu dans notre pays. Les succès électoraux des partis qui affichent leur rejet des étrangers tiennent principalement à d’autres facteurs que la xénophobie. Comme l’a montré Vincent Tiberj – et comme l’indiquent notamment les enquêtes autour de la pauvreté – , les attentes dans le domaine social et la redistribution n’ont jamais été aussi fortes 4. Il reste à savoir qui sera le mieux placé à l’avenir pour répondre à ce type de demandes.
Notes:
- Voir « La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Année 2018. », CNCDH, mai 2018, Documentation française.
- Comme par exemple « Les musulmans sont-ils des Français comme les autres ? », « L’immigration est-elle la principale cause de l’insécurité ? », etc.
- Voir par exemple : « La crispation hexagonale », Vincent Tiberj, Fondation Jean-Jaurès, 2008. ».
- « Les attentes de redistribution n’ont jamais été aussi fortes », Vincent Tiberj, Alternatives économiques, 4 décembre 2018.
http://www.observationsociete.fr/population/opinion-racisme.html