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Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah s’exprimant vendredi 31 mai 2019, à l'occasion de la "Journée d'al-Qods" (Journée de Jérusalem).  AFP / Anwar AMRO

Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah s’exprimant vendredi 31 mai 2019, à l’occasion de la « Journée d’al-Qods » (Journée de Jérusalem). AFP / Anwar AMRO
discours« Trump et son administration savent très bien que la guerre contre l’Iran ne restera pas confinée aux frontières de l’Iran, et toute la région s’embrasera », lance le chef du Hezbollah. 

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a menacé vendredi soir dans un discours prononcé à l’occasion de la « Journée d’al-Qods » (Journée de Jérusalem) de construire une usine de missiles balistiques de précision si les États-Unis tentaient de s’ingérer dans le dossier des armes. Dénonçant les intentions américaines de marginaliser l’Iran, il a toutefois estimé que l’éventualité d’une guerre entre les USA et l’Iran s’éloignait car le président américain sait que si cela devait arriver, « toute la région s’embrasera ».

Hassan Nasrallah a abordé la question du contentieux sur le tracé des frontières terrestres et maritimes, prise en charge par le sous-secrétaire d’État américain, David Satterfield, qui mène une médiation entre le Liban et Israël. Selon le leader chiite, si les USA ont pris en charge ce dossier qui retarde l’exploration des hydrocarbures en Méditerranée, c’est afin de régler un autre dossier “dans l’intérêt d’Israël qui est celui des roquettes de haute précision” que possède le Hezbollah.

“Si les Américains veulent garder ce dossier ouvert, nous allons mettre en place une usine pour fabriquer ces missiles”, a alors menacé Hassan Nasrallah lors de son discours. “Concernant les frontières, nous avons dit que nous n’avons pas de problème, et quoi qu’il se passe, nous nous tenons aux côtés de l’État, que nous soyons d’accord ou pas, a dit le chef du Hezbollah. Les Américains veulent profiter des négociations sur la délimitation des frontières pour régler un dossier dans l’intérêt d’Israël, qui est celui des missiles balistiques de précision ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait affirmé, en septembre 2018 à l’Assemblée générale de l’ONU, que les missiles balistiques de précision étaient produits en plusieurs endroits de la banlieue-sud de Beyrouth.

“Pendant deux ans, les ambassades, même celles des pays qui nous qualifient de terroristes, nous ont appelés pour nous dire que nous avons des missiles de haute précision et des usines pour les confectionner, et que cela dérangeait Israël. Nous sommes des gens honnêtes et nous ne mentons pas. Oui, nous avons des roquettes de haute précision, et suffisamment pour bouleverser la région. En cas d’agression israélienne, nous répondrons vite, directement et avec force », a-t-il affirmé avant de préciser : « Il n’y a pas au Liban, jusqu’à présent, des usines de fabrication de roquettes de haute pression”.

“Il est de notre droit d’avoir n’importe qu’elle arme, de confectionner n’importe qu’elle arme. Les Américains n’ont pas à débattre avec nous de ce droit. Nous avons la capacité scientifique et humaine pour confectionner des armes, et si les Américains veulent garder ce dossier ouvert, nous avons les moyens de mettre en place une usine. Nous pouvons même vendre des armes et soutenir le Trésor américain. Alors, que Satterfield fasse ce qu’il à faire et ferme ce dossier”, a-t-il lancé.

« Toute la région s’embrasera »

Sur “les tentatives de marginaliser l’Iran”, Hassan Nasrallah a accusé le conseiller américain à la Sécurité nationale John Bolton, qui avait affirmé qu’il « n’est pas dans l’objectif des USA de faire tomber l’Iran”, d’être un menteur. “Si l’Iran était faible, il y aurait eu une guerre depuis longtemps. Mais Trump et son administration savent très bien que la guerre contre l’Iran ne restera pas confinée aux frontières de l’Iran et que toute la région s’embrasera. Tous en paieront le prix et en premier lieu les Israéliens et les Saoudiens. A ce moment-là, le prix du baril de pétrole sera à 200 et 300 dollars et Trump perdra les élections. Si les États-Unis veulent aller à la guerre, ils devront refaire leurs calculs », a poursuivi le leader chiite avant de réaffirmer que : l’éventualité d’une guerre (contre l’Iran) s’éloigne”.

Les tensions régionales se sont exacerbées depuis que l’administration de Donald Trump a inscrit en avril les Gardiens de la Révolution iraniens sur sa liste noire d' »organisations terroristes » et renforcé en mai les sanctions économiques contre Téhéran après avoir quitté, il y a un an, l’accord international sur le nucléaire iranien. Elles sont encore montées de plusieurs crans après les incidents maritimes au large des Émirats et la multiplication des tirs de drones par les rebelles yéménites houthis, soutenus par Téhéran, sur des cibles saoudiennes, dont deux stations de pompage d’un oléoduc le 14 mai. Début mai, Washington avait annoncé le déploiement dans le Golfe d’un porte-avions et de bombardiers B-52 avant de décider le 25 l’envoi de 1.500 soldats supplémentaires au Moyen-Orient en invoquant des « menaces » iraniennes.

« Où est la distanciation? »

Au sujet des sommets qui ont lieu en Arabie saoudite, Hassan Nasrallah a estimé qu’il s’agit d’une “conséquence de l’échec” saoudien. “Un appel au secours, un cri de détresse”, a-t-il ironisé. Il a dans ce cadre critiqué la position libanaise affirmant qu’elle n’est pas “en accord avec la déclaration ministérielle”. “Où est la distanciation ? s’est-il interrogé. Le courant du Futur peut publier le communiqué qu’il veut, cela ne nous dérange pas, mais nous sommes d’accord sur le fait que l’État libanais doit se distancier, et ce qui s’est passé à la Mecque est contraire à cela”.

Un sommet extraordinaire du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et un autre de la Ligue arabe se sont tenus avant l’aube à La Mecque dans l’ouest du royaume saoudien, suivis samedi avant l’aube par celui de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Dans son communiqué final, le sommet du CCG a exprimé sa solidarité avec Riyad et renouvelé son « appui à la stratégie américaine à l’égard de l’Iran y compris en ce qui concerne ses programmes nucléaire et balistique, ses activités de déstabilisation, son soutien au terrorisme (…) et aux activités hostiles des houthis » (rebelles chiites) au Yémen. Le communiqué final du sommet arabe, moqué et dénoncé par Hassan Nasrallah, a consacré dix de ses onze points à condamner les « ingérences » de l’Iran, son « comportent menaçant », son soutien aux rebelles houthis et ses « menaces » contre le trafic maritime.

Lors de ces sommets, le Premier ministre libanais Saad Hariri a insisté sur l’importance de la « solidarité arabe » face à « l’ingérence extérieure », tout en appelant les pays de la région à « protéger la formule libanaise des tempêtes régionales ».

« Crime historique »

Hassan Nasrallah s’en est en outre pris violemment à ce qu’il est convenu d’appeler “le marché du siècle”. « Notre devoir est de nous opposer à +l’accord du siècle+ », a-t-il déclaré en référence au plan de règlement du conflit israélo-palestinien porté par le président Donald Trump et déjà rejeté par les Palestiniens. “Est-ce que nous pouvons faire échec à cet accord ? Oui. Aujourd’hui, l’administration américaine œuvre matin et soir pour l’appliquer. Mais en face, il y a un axe très fort. Nous devons avoir l’espoir, la vision, nous, Libanais, Palestiniens, Syriens… et tous ceux qui appuient la cause palestinienne”, a lancé Hassan Nasrallah.

“Nous devons empêcher ce crime historique. Le projet américain et sioniste est de renforcer Israël et normaliser sa présence. Et cela signifie, en parallèle, en finir avec la cause palestinienne”, a-t-il mis en garde. “L’axe de la résistance est plus fort que jamais contrairement à ce que certains disent”, a aussi assuré le leader chiite. A titre d’exemple, “si dans les années 70 la résistance palestinienne avait des Katioucha tout au plus, aujourd’hui Gaza peut frapper Tel-Aviv et de nombreuses colonies sionistes. Au Liban, il ne fait aucun doute qu’il n’y a jamais eu une résistance contre Israël telle qu’elle se présente actuellement. Et aujourd’hui, Israël craint cette résistance”, a-t-il dit.

Et le numéro un du Hezbollah de poursuivre: “En Syrie, tous les jours des informations sont révélées sur une coopération entre Israël et des groupes armés. Ses groupes ont échoué. En Irak, les tentatives américaines de contrôler à nouveau ce pays ont échoué. A quoi servent ces sommets aujourd’hui ? C’est une détresse saoudienne et une preuve de l’échec de l’Arabie au Yémen », a encore dit le leader chiite en faisant valoir que “le Yémen est une partie essentielle de l’axe de la résistance”. Il a ensuite soutenu que l’”Iran est la première et véritable force régionale”. “Certains disent que la première force régionale est l’Arabie saoudite, mais Trump leur a dit : si nous ne vous protégeons pas deux semaines, vous ne tiendrez-pas le coup”, a ironisé Hassan Nasrallah.

“Je ne dis pas qu’Israël est faible. C’est un État fort. Mais en 2019, Israël est plus faible que jamais. Qui aujourd’hui a peur d’Israël ? Le Liban ? Le peuple palestinien ? L’entité sioniste a peur des roquettes du Liban, de Gaza, de Syrie, d’Iran et peut-être même du Yémen. Corruption, divisions internes profondes, divisions politique, l’échec de Netanyahu dans la formation d’un gouvernement, les nouvelles élections, … Quand Israël était-il comme ça ?”, s’est interrogé Hassan Nasrallah.

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