Le meurtre de Jamal Khashoggi, «un crime d’Etat»

Étiquettes

, ,

Agnès Callamard, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires. © Fabrice Coffrini/AFP

Une experte de l’ONU demande qu’une enquête internationale soit ouverte sur la responsabilité du prince héritier Mohammed ben Salmane

Le journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi a été «victime d’une exécution préméditée dont est responsable l’Etat d’Arabie saoudite». L’accusation sans appel figure dans un document de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard. Très attendu, le rapport de 100 pages a été publié mercredi à l’ONU à Genève. Il demande au secrétaire général des Nations unies d’ouvrir une enquête pénale contre le prince héritier Mohammed ben Salmane en relation avec ce crime.

Exilé aux Etats-Unis, Jamal Khashoggi écrivait dans le Washington Post des tribunes de plus en plus sévères envers le pouvoir saoudien. Alors qu’il s’était rendu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre dernier, sa disparition avait provoqué un séisme international. Progressivement, les Etats-Unis de Donald Trump mais aussi une série d’Etats européens dont la France se sont toutefois employés à normaliser leurs relations avec l’Arabie saoudite à la suite de cet assassinat.

Un meurtre «supervisé, planifié et soutenu par des officiels de haut niveau»

Riyad avait commencé par nier l’évidence, avant de mettre le meurtre sur le compte d’une opération de gens qui avaient agi de leur propre initiative. Mais le rapport arrive à des conclusions différentes: «Il existe des preuves crédibles justifiant une enquête supplémentaire sur la responsabilité individuelle d’officiels saoudiens de haut niveau, y compris le prince héritier», note Agnès Callamard. L’experte de l’ONU a pu avoir accès notamment à une partie des enregistrements effectués par les services de renseignement turcs à l’intérieur même du consulat.

Ces enregistrements suggèrent notamment une «lutte» entre Jamal Khashoggi et les hommes qui étaient arrivés d’Arabie saoudite pour l’attendre. Un sédatif lui aurait été administré avant que sa tête ne soit recouverte d’un sac plastique et qu’il se mette à suffoquer. «Le meurtre est le résultat d’une planification élaborée qui implique une forte coordination ainsi que des ressources financières et humaines significatives. Il a été supervisé, planifié et soutenu par des officiels de haut niveau. Il était prémédité», insiste le rapport.

Agnès Callamard s’attarde aussi sur les obstacles créés ensuite par les responsables saoudiens pour empêcher les enquêteurs turcs de faire leur travail. Alors que l’Arabie saoudite a inculpé onze de ses ressortissants en relation avec le meurtre, la rapporteuse spéciale demande au royaume de suspendre ces jugements, qui sont menés en secret, et de collaborer avec l’ONU pour mener une enquête «de bonne foi». L’experte juge aussi extrêmement «troublant» le fait que ce «crime d’Etat» ait provoqué si peu de réactions dans le monde et ne soit pas suivi de réponses «légales, politiques ou diplomatiques» plus percutantes de la part de la communauté internationale.

https://www.letemps.ch/monde/

Les commentaires sont fermés.