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AFP / GEORGES GOBET François de Rugy, le 11 juillet 2019 à NiortLe ministre et ancien président de l’Assemblée nationale François de Rugy, qui trouve peu de voix pour le défendre, a vivement contre-attaqué vendredi face aux révélations sur ses dépenses fastueuses qui se succèdent, assurant avec émotion qu’il ne démissionnerait pas.
« Non je ne lâcherai pas (…) je suis très en colère contre les mensonges », a lancé M. de Rugy sur BFMTV/RMC, en assurant avoir reçu mercredi le soutien du président Emmanuel Macron.
« Je n’ai absolument pas de raison de démissionner. Je l’ai dit au Premier ministre qui ne me l’a absolument pas demandé », a précisé le ministre de la Transition écologique, entendu la veille pendant deux heures par Edouard Philippe. Un entretien à l’issue duquel il s’est engagé le cas échéant à « rembourser chaque euro contesté ».
Le ministre a admis avoir songé à quitter son poste. Mais « je ne le ferai pas car je suis très en colère quand je lis un article qui prétend que j’occupe un logement social », a-t-il expliqué, au bord des larmes, au sujet de la location d’un appartement à Orvault, près de Nantes, qui serait « à loyer social préférentiel » selon le site d’informations Mediapart.
Il s’est dit « victime d’une tricherie » de son agence immobilière ou du propriétaire de l’appartement, où il accueille ses enfants lorsqu’il en a la garde le weekend.
– « Coupeurs de tête » –
L’ancien militant écologiste a aussi rappelé, sur un ton indigné, que la présidente de Génération écologie Delphine Batho, qui réclame sa démission, avait « bénéficié d’un logement social pendant des années de la ville de Paris ».
La députée lui a répondu sur Twitter que, lorsqu’elle était ministre, elle n’avait « pas organisé un seul dîner privé » ni « de dîner +informel+ avec un lobbyiste », comme l’évoque Ouest-France vendredi. Selon le quotidien, le ministre a organisé en mars un dîner avec des lobbyistes du monde de l’énergie.
Photos de homards et de grands crus à l’appui, Mediapart a recensé entre octobre 2017 et juin 2018 une dizaine de dîners fastueux organisés à l’Hôtel de Lassay lorsque M. de Rugy était président de l’Assemblée nationale.
Le ministre a dit voir dans les photos des dîners « une personne qui règle des comptes avec (sa) femme » et qualifié de « mensonge » une autre information du Parisien selon laquelle son épouse Séverine de Rugy, journaliste au magazine Gala, aurait acheté sur l’argent de l’Assemblée un sèche-cheveu doré à la feuille d’or, pour 499 euros.
AFP / GEORGES GOBET François de Rugy le 11 juillet 2019 à NiortIl a dénoncé dans ces révélations « le fantasme des coupeurs de têtes », en visant Mediapart. Il a aussi protesté contre le fait que sa femme puisse être comparée à « Marie-Antoinette ».
Le ministre s’est défendu d’avoir « jamais acheté une bouteille de vin de plus de 30 euros de toute (sa) vie ». Il a également expliqué qu’il ne mangeait pas de homard en raison d’une « intolérance aux crustacés », suscitant des railleries sur les réseaux sociaux.
– « Image terrible » –
Nicole Klein, l’ex-directrice de cabinet que M. de Rugy avait limogée la veille pour avoir occupé un logement HLM, a donné vendredi une interview cinglante à Ouest-France, dans laquelle elle accuse le ministre d’avoir « voulu sauver sa tête en offrant la mienne ».
La ministre MoDem de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault a défendu sur LCI « le droit de se défendre et de s’expliquer » de François de Rugy.
Mais l’ancien porte-parole du gouvernement et fidèle d’Emmanuel Macron Benjamin Griveaux a estimé sur France 2 que ces dépenses donnaient « une image terrible » des hommes politiques à l’heure où le gouvernement « demande des efforts ».
Le secrétaire d’Etat à l’Education Gabriel Attal a jugé sur France Inter que la « diplomatie gastronomique » n’était « à l’évidence » pas adaptée à des « dîners plus informels de travail ».
Un ministre de la Transition écologique « doit incarner la sobriété » et être « dans un combat contre les lobbys et les multinationales », a estimé le député LFI François Ruffin.
Plutôt indulgent avec M. de Rugy, un ancien membre des Verts, le patron d’EELV David Cormand a regretté qu’il y ait « deux grands perdants dans cette affaire, l’image de la démocratie et l’écologie ».
« J’espère bien qu’on restera audible sur ce que nous faisons en matière d’écologie », a espéré au contraire Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’Etat à la Transition écologique, en demandant de « faire attention au lynchage médiatique. »