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Jacques Chirac, en compagnie de Pierre Chevalier (à droite), une longue complicité Porte de Versailles, au service de l’élevage français. © COUBLE Pierre
C’était le mardi 22 février 2011. Un accueil digne d’une rock star. La seule et unique rock star qui a tenu le devant de la scène Porte de Versailles pendant plus de quarante ans. Entre Jacques Chirac et le Salon de l’agriculture, la relation a longtemps été fusionnelle.
Alors, quand l’ancien président, à la démarche déjà hésitante, a pénétré, ce jour-là, dans « la plus grande ferme de France », on se serait cru au stade France pour une tournée d’adieux.
« C’était incroyable »
« C’était une liesse de folie. On n’avait pas fait dix mètres dans le hall principal que les barrières explosaient. C’était incroyable. Une véritable communion », se rappelle Pierre Chevalier.
Chirac au salon rimait souvent avec marathon.
Ce Corrézien pur jus, maire de La Roche-près-Feyt, une petite commune du nord du département, présidait à l’époque la Fédération nationale bovine (FNB). Proche du « grand », il l’accompagnait dans ses pérégrinations gargantuesques au Salon « depuis une vingtaine d’années ». Sans se douter que c’était l’ultime tour de piste.
« Il s’appuyait sur mon épaule. On a été obligés de raccourcir le trajet car on n’arrivait pas à avancer tellement il y avait de monde. Au bout d’un moment, il me dit : “J’ai soif”. Je lui réponds : Président, je vais vous chercher un verre d’eau.” Lui me lance : “Non, plutôt une bière”. Vu la cohue, je lui ai fait comprendre que ce serait compliqué. »
« Une corona bue cul sec »
Le cortège est péniblement arrivé jusqu’au stand d’Interbev, l’interprofession bovine où était organisé un déjeuner « amical ».
« Autour de la table, il y avait notamment François Pinault, Xavier Beulin, le regretté président de la FNSEA, Christian Jacob et Dominique Langlois, le président d’Interbev. Quand les serveurs ont amené l’entrée, des crudités, Jacques Chirac s’est exclamé : “De l’herbe”. J’ai compris que ce n’était pas trop à son goût et on a commandé un gros plateau de charcuterie. Après avoir bu cul sec une Corona, il en a tellement profité que quand son entrecôte est arrivée, il l’a à peine touchée », rugole Pierre Chevalier.
La » Corrèze connection » au salon de l’agriculture, avec Bernard Roux, président de la race limousine et Pascal Coste, actuel président du Conseil départemental de Corrèze., ainsi que Pierre Chevalier, président alors de la Fédération nationale bovine.
Le moment décapant de la visite, qui en dit long sur la rancune tenace qu’il vouait à son successeur à l’Élysée, est arrivé à la fin du repas.
« On lui a présenté le livre d’or. Il l’a regardé et nous a lancé : “Je ne me trompe pas ? C’est bien le petit qui a écrit là”, dans une référence manifeste à Nicolas Sarkozy. Il a donc retourné le livre, griffonné un petit mot avant de lâcher : “Chirac ne signe pas après le petit”. Même si c’était un déjeuner privé, il a quand même prononcé cette phrase devant huit personnes. Ça nous avait marqués. On en reparle souvent entre nous. »
pierre chevalier (Ancien président de la FNB)
« Piliers du maintien de l’économie rurale »
Pour Pierre Chevalier, la disparition de Jacques Chirac signe la fin d’une certaine façon de penser l’agriculture et la ruralité. « Le degré d’attachement des agriculteurs à son endroit est logique. C’est l’un des derniers à s’être préoccupés de l’aménagement du territoire en faisant de l’agriculture et de l’élevage, les piliers du maintien de l’économie rurale. »
Texte : Dominique Diogon
Photos : Pierre Couble
Source:Le Populaire