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Brexit, Premier Ministre, Référendum, Royaume-Uni, Union Européenne, vote

L’interminable sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne est interprétée par beaucoup comme un échec cinglant pour les Brexiteers. A force de répéter comme un mantra que le vote de 2016 fut une décision absurde et que l’Union Européenne doit s’accommoder de cette absurdité, les médias ne font plus attention quand il se passe quelque chose de décisif. Avant-hier, 22 octobre 2019, Boris Johnson a obtenu un soutien à son nouvel accord avec l’Union Européenne avec trente voix d’avance: 329 députés ont voté pour et 299 ont voté contre. C’e’st la première chose qu’il faut souligner: Theresa May avait vu son accord rejeté par trois fois. Boris Johnson l’a fait adopter du premier coup ! Voilà pour la première fois depuis longtemps un élément de sortie de crise. Alors, oui, les députés se sont ensuite appliqué à neutraliser en partie leur premier vote. 322 contre 308 ont décidé qu’il leur fallait plus de temps que trois jours pour voter la loi d’application de l’accord. Seuls 5 sur 19 des députés travaillistes qui ont voté, contre la discipline de leur parti, l’accord de Johnson ont aussi voté en faveur d’une mise en oeuvre rapide. Il n’y a pas que les travaillistes. Les unionistes nord-irlandais du DUP ont dans les deux cas voté contre Johnson, drôle de remerciement pour un Premier ministre qui a mis fin au backstop.
En fait, pour bien comprendre le Brexit, il faut voir que les Britanniques sont en train de sortir de la démocratie post-moderne, pour inventer la démocratie du XXIè siècle, qui n’a pas encore de nom. La démocratie post-moderne, c’est celle de John Bercow, Philipp Hammond, Jo Swinson, Arlene Foster ou Jeremy Corbyn: chacun n’en fait qu’à sa tête et pousse des cris d’orfraie lorsqu’il est rappelé au sens du collectif, au bien commun. On ne dit ni oui ni non mas « oui et non » en permanence car un oui ou un non clairs sont des agressions de l’individu. La grammaire est fasciste disent toutes les postmodernes depuis que Barthes leur a mis cette idée dans la tête. En face, Boris Johnson est consistant. Il ne pense pas que ses compatriotes doivent être éternellement condamnés à subir les vapeurs d’individus privilégiés et pour qui le Brexit est à l’origine d’une cure psychanalytique sans fin. Il pense qu’un oui est un oui, un non est un non. Les Britanniques ont voté non. Les parlementaires doivent dire oui à un texte qui met en oeuvre le Brexit. Le Premier ministre a tenu parole: la Grande-Bretagne est en mesure de sortir de l’UE au 31 octobre. Mais une partie des parlementaires a encore des atermoiements. Ces enfants gâtés ne voient pas que chaque jour qui passe signifie des versements supplémentaires à l’UE. Ce n’est pas leur argent, c’est l’argent du contribuable.
La crise de la démocratie libérale est en fait une crise de l’individualisme absolu qui caractérise la modernité. Boris Johnson fait advenir la démocratie conservatrice, celle qui pense que l’on est comptable vis-à-vis des générations dont nous sommes les héritiers mais aussi vis-à-vis du peuple, de tout le peuple. Un homme, une voix. Aucune ne pèse plus que les autres. C’est la démocratie de toujours. L’individualisme post-moderne nous fait évoluer vers une sorte de dictature molle, une oligarchie décadente. C’est dans cet état que se trouvent la France ou l’Allemagne. La Grande-Bretagne revigore la démocratie. Le processus est lent et douloureux. Mais Boris Johnson le fait aboutir.
Source: Atlantico