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William Barr, secrétaire à la Justice des États-Unis

Les démocrates ont déjà accusé William Barr de défendre les intérêts de Donald Trump plutôt que ceux des États-Unis. Photo : Reuters / Yuri Gripas

Sophie-Hélène Lebeuf

L’enquête lancée par le FBI en juillet 2016 et dont le procureur spécial sur la Russie Robert Mueller a pris la relève près d’un an plus tard, fait déjà l’objet d’une révision par le département de William Barr depuis le printemps dernier.

La nouvelle, d’abord révélée par le New York Times, a notamment été confirmée par CNN et NBC News.

D’après des sources du quotidien new-yorkais, le département de la Justice vient de passer à la vitesse supérieure en transformant le processus administratif en enquête criminelle.

Ce nouveau développement survient au moment même où les démocrates mènent une enquête sur une éventuelle destitution pour déterminer si le président Donald Trump a exercé des pressions sur son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour l’inciter à intervenir dans les élections de 2020.

Le président des États-Unis a notamment demandé au président ukrainien, au cours d’un entretien téléphonique survenu en juillet, d’enquêter sur le rôle qu’aurait pu jouer son pays dans l’ouverture de l’enquête sur Moscou, il y a trois ans.

Selon le Washington Post, l’enquête vise à déterminer si les actions des responsables de l’enquête sur la Russie étaient « légales et appropriées ». Les soupçons du procureur général semblent faire écho à la conviction du président Trump d’avoir été victime d’un complot de l’État clandestin – deep State en anglais – cherchant à lui nuire.

La nouvelle n’est pas de nature à rassurer les démocrates, qui avaient déjà accusé William Barr de politiser son rôle de procureur général dans la foulée du rapport Mueller, rendu public en avril 2019, réclamant même sa démission.

Ces rapports, s’ils sont vrais, soulèvent de nouvelles préoccupations importantes à l’effet que le département de la Justice, sous la direction du procureur général William Barr, a perdu son indépendance et est devenu un véhicule pour la revanche politique du président Trump.

Jerry Nadler et Adam Schiff, présidents des comités judiciaire et du renseignement de la Chambre des représentants, dans un communiqué

Des pouvoirs plus vastes

Si l’information du Times s’avère exacte, la décision du département de la Justice aura pour effet d’accroître les pouvoirs du procureur John Durham, chargé de la révision administrative depuis le printemps. M. Durham a déjà enquêté sur l’utilisation de la torture par la CIA à l’ère du républicain George W. Bush.

Alors qu’il ne pouvait jusqu’ici qu’obtenir les documents gouvernementaux et espérer la participation volontaire des témoins, il pourrait désormais assigner des témoins à comparaître, ordonner la production d’éléments de preuves, constituer un grand jury et porter des accusations criminelles.

Selon le New York Times, le procureur Durham a rencontré une vingtaine d’ex-employés et employés encore en poste du FBI et des services de renseignement. Par exemple, il a cherché à savoir si les responsables ayant travaillé sur l’enquête avaient des préjugés sur Donald Trump et si les responsables de la CIA avaient d’une quelconque manière piégé le FBI pour l’amener à ouvrir l’enquête sur la Russie.

Robert Mueller, la main levée, témoigne devant le Congrès.

Le rapport de Robert Mueller était sans contredit le document le plus attendu du Congrès depuis des années.Photo : Getty Images / AFP/Saul Loeb

Ultimement, Robert Mueller avait jugé que la Russie avait fait preuve d’une ingérence « vaste et systématique » dans l’élection présidentielle américaine de 2016, notamment en menant des opérations de piratage informatique visant le Parti démocrate et la campagne de sa candidate à la présidence, Hillary Clinton.

Il disait ne pas disposer de preuves suffisantes pour déterminer si M. Trump ou ses collaborateurs avaient participé à une conspiration criminelle avec les Russes. Toutefois, ajoutait-il, ils s’attendaient à bénéficier des actions illégales de Moscou et s’étaient montrés « réceptifs à leur aide ».

L’enquête Mueller a mené à la condamnation de quelques collaborateurs de M. Trump et d’une vingtaine de citoyens et organisations russes.

En mars 2019, M. Trump avait accusé sur les ondes de Fox News les responsables de la police fédérale qui avaient déclenché l’enquête de s’être rendus coupables de « trahison ». Il faut aller « au fond des choses » pour savoir comment a commencé le scénario d’une collusion avec la Russie, avait-il dit.

Un procureur général méfiant de l’enquête menée par son département

Selon les informations de divers médias, les États-Unis, dans certains cas par l’intermédiaire de William Barr et dans d’autres par celui de Donald Trump, ont déjà demandé, au cours des derniers mois, la collaboration des autorités de l’Italie, du Royaume-Uni et de l’Australie, trois pays au cœur de la théorie du complot selon laquelle l’enquête sur la Russie était sans fondement.

M. Barr s’est même rendu à Rome récemment à deux reprises.

Mercredi, le premier ministre italien, Giuseppe Conte, a indiqué que les Américains voulaient savoir si « des agents du renseignement américains en poste à Rome et ayant opéré sur le sol italien » avaient éventuellement « travaillé en collaboration avec les services italiens » pour lancer l’enquête sur la Russie. Ce n’est aucunement le cas, a-t-il assuré.

Entré en fonction en février dernier, M. Barr avait affiché ses couleurs lors d’une audition devant une commission du Sénat quelques semaines plus tard. Il avait dit chercher « à rassembler toutes les informations » disponibles sur « les origines et la conduite des activités de renseignement contre la campagne Trump en 2016 » à l’étape préliminaire de l’enquête.

Je pense que de l’espionnage [contre des gens de la campagne Trump] a eu lieu. La question est de savoir si c’était justifié. Je ne dis pas que cela ne l’était pas, mais je dois vérifier.

William Barr, secrétaire à la Justice

Le FBI avait notamment obtenu une ordonnance secrète de la cour pour surveiller les communications de Carter Page, alors conseiller en matière de politique étrangère du candidat Donald Trump, le gouvernement ayant des raisons de croire que M. Page agissait comme un agent russe.

Congédié en mai 2017 par le président Trump, l’ex-directeur de la police fédérale James Comey a indiqué l’an dernier devant un comité du Congrès que l’enquête de contre-espionnage sur des liens potentiels entre la campagne Trump et la Russie visait initialement quatre Américains.

Les origines internationales de l’enquête sur l’ingérence russe

En mars 2016, un conseiller de la campagne Trump, George Papadopoulos, selon sa propre admission, avait rencontré à Rome un professeur d’origine maltaise, Joseph Mifsud, travaillant à Londres. Quelques semaines plus tard, dans la capitale britannique, ce dernier lui avait dit que Moscou disposait de milliers de courriels piratés pouvant nuire à la campagne démocrate, qu’il lui avait proposés.

Selon le rapport Mueller, Papadopoulos s’en était vanté à un diplomate australien en poste au Royaume-Uni. Après la publication par WikiLeaks, dès juillet 2016, des courriels démocrates piratés, les responsables australiens avaient alors alerté le FBI, qui avait ouvert l’enquête désormais célèbre.

Le rapport Mueller identifiait Mifsud comme un agent à la solde de la Russie, mais les partisans de la théorie du complot arguent plutôt qu’il s’agissait d’un agent italien utilisé par la CIA et prétextant être un agent russe afin de piéger Papadopoulos.

Source : Ici Radio Canada