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grève du 5 décembre, Réforme des retraites, régimes spéciaux
afp
POOL/AFP / ERIC FEFERBERG Edouard Philippe (D) et le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger (G) lors d’une réunion sur la réforme des retraites, le 25 novembre 2019 à MatignonSyndicats et patronat se sont succédé à Matignon lundi pour discuter de la réforme des retraites, d’autres entretiens devant suivre mardi, sans grand espoir de compromis avant la grève du 5 décembre, tandis que le gouvernement est convoqué en séminaire dimanche pour préparer l’épreuve de force.
A dix jours de la date fatidique, Matignon voulait « faire un point sur l’ensemble de la réforme » avec les partenaires sociaux et montrer que « le dialogue social continue ».
Mais depuis quelques jours, l’exécutif a durci le ton en ciblant les régimes spéciaux, fers de lance d’une grève interprofessionnelle qui s’annonce très suivie dans les services publics.
Des statuts « d’une autre époque », a jugé Emmanuel Macron, quand la ministre des Solidarités, Agnès Buzyn, a pointé « des revendications très corporatistes », et que le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a dénoncé « une mobilisation pour conserver des inégalités ».
Une posture de fermeté qu’a peu apprécié la CFDT, seule grande centrale syndicale favorable au « système universel » promis par le chef de l’Etat pour remplacer les 42 régimes existants.
« Il est de la responsabilité du gouvernement de ne pas créer l’affrontement », a mis en garde son secrétaire général, Laurent Berger, déplorant d’avoir « perdu beaucoup de temps » à cause des « tergiversations » du pouvoir.
Un reproche également formulé par l’Unsa, qui aurait préféré que des décisions soient « posées pendant le mois de novembre, (ce) qui aurait permis de rassurer les secteurs les plus inquiets », où « la colère est en train de s’enkyster », a déclaré son secrétaire général, Laurent Escure.
Prêt à négocier « jusqu’au bout », il a espéré « que des arbitrages seraient rendus le plus vite possible », estimant que « si c’est après le 5, on sera dans un zone de danger ».
L’entourage du Premier ministre, Edouard Philippe, a fait savoir à l’AFP que l’ensemble du gouvernement participerait dimanche à une réunion sur le dossier des retraites, afin de « caler la feuille de route ».
« Le Premier ministre veut rappeler le sens de la réforme », mais aussi « fixer le calendrier au-delà du 5 décembre » et « revoir le plan pour limiter au maximum l’impact de la grève pour les Français », a expliqué cette source.
– « le jour d’après » –
AFP / Thomas SAMSON Le Premier ministre Edouard Philippe (d) reçoit le président du Medef Geoffroy Roux de Bezieux (g) lors d’une réunion sur la réforme des retraites, le 25 novembre 2019 à l’Hôtel Matignon, à ParisUn ordre du jour qui répond en partie aux demandes des syndicats, mais aussi du patronat. Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a en effet enjoint au gouvernement de « clarifier les choses » avant une mobilisation potentiellement massive et durable.
Son homologue de la CPME, François Asselin, a affirmé que « pendant une journée, on peut s’organiser », mais a dit redouter « le jour d’après ».
La crainte n’est pas infondée: lancé par les syndicats de la RATP et de la SNCF, l’appel à une grève reconductible contre la réforme des retraite a été rejoint par la CGT, FO, FSU et Solidaires, puis par des organisations d’Air France, d’EDF, d’avocats, de magistrats…
Même la CFDT a laissé sa fédération cheminote déposer un préavis, avec l’espoir d’obtenir l’application de la « clause du grand-père », qui réserverait la réforme aux seuls futurs embauchés de la SNCF.
Fait rare, les cadres de la CFE-CGC ont appelé à manifester, et la CFTC a laissé ses syndicats libres de rallier le mouvement, bien que son secrétaire général Cyril Chabanier « privilégie toujours le dialogue par rapport à la grève ».
« Ils vont essayer au maximum de désamorcer une mobilisation que nous sentons prendre de manière forte », a prédit Yves Veyrier. Le numéro un de Force ouvrière, qui conteste « le bienfondé de la réforme elle-même », a affirmé que « la sagesse voudrait qu’on revienne au point de départ » pour « améliorer » le système actuel « qui n’est pas inéquitable et pas si complexe que ça ».
Les discussions doivent reprendre mardi matin avec la CGT, dont le leader Philippe Martinez a déjà prédit une mobilisation « très massive », espérant qu’elle aille « bien au-delà des régimes spéciaux » et dure « jusqu’à ce qu’on retire ce mauvais projet ».
Les petits patrons de l’U2P et la CFE-CGC fermeront le ban. Dans la foulée, M. Philippe, Mme Buzyn et le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye, iront « débriefer les réactions des corps intermédiaires » et faire la « pédagogie » de la réforme des retraites auprès des députés de la majorité (LREM et MoDem).