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La réforme des retraites restera sans nul doute un moment clé du quinquennat de Macron. La mobilisation massive de jeudi, malgré la crainte de manifester que provoquent les violences des forces de l’ordre (avec plusieurs blessés parmi les journalistes sur cette seule journée) démontre un rejet massif des politiques de Macron. Le président peut-il encore gagner quoique ce soit dans ce conflit ?

Opposition à la grande régression sociale
La communication grossière du gouvernement n’a pas fonctionné. Il faut dire que les éléments de langage de la majorité sont effarants. Entendre Richard Ferrand dire que « le mouvement du 5 décembre est une mobilisation pour conserver des inégalités » est fort de café pour une majorité dont les premières décisions ont été de donner beaucoup aux très riches (ISF, flat tax), tout en prenant aux moins riches (APL, non revalorisation des retraites). Un tel discours n’était pas crédible, et personne ne l’a cru, comme le montrent les sondages, qui indiquent que 70% des Français ne font pas confiance à Macron, et qu’une majorité croissante des Français (68%) soutiennent le mouvement de grève.
Comme le notait Liem Hoang-Ngoc dans Marianne quelques jours avant, Macron continue dans sa logique de coalition du bloc bourgeois en mode lutte des classes. Derrière l’arbre de la fin des régimes spéciaux, qui reposent aussi, on l’oublie un peu trop, sur des cotisations parfois plus élevées des salariés du secteur, se cache un énième projet de régression sociale que la majorité essaie d’habiller de vertus souvent imaginaires pour faire passer la pillule. La réforme actuelle a pour seul but global de baisser les prestations par rapport à ce qui se fait aujourd’hui, chose d’autant plus choquante pour certaines professions déjà maltraitées, comme les professeurs. Bien sûr, on pourrait se dire que l’allongement de la durée de vie et la démographie imposent cela, mais les choses sont plus complexes.
En effet, des économistes modérés soulignent que les prévisions de déficit pour 2025, outre le fait de ne pas être si élevées, d’autant plus que la dette sociale aura été remboursée, reposent principalement sur des choix politiques. Henri Sterdyniak souligne que le déficit « provient essentiellement de la baisse des ressources affectées au système », recul de la masse salariale du secteur public, non-compensation de certaines exonérations et baisse des transferts de l’Unedic et de la CAF… Bref, Macron diminue les ressources et cherche ensuite à réduire les prestations. Pourtant, d’autres pistes pouvaient être étudiées : nouveaux modes de financement (TVA sociale) ou réduction de notre déficit commercial, qui représente un facteur structurel de déséquilibre du financement de la Sécu.
On annonce déjà que le gouvernement prépare des concessions pour sortir de la crise. Mais même si LR cède encore à la droitisation, se coupant définitivement du bloc populaire pour David Desgouilles, l’équation reste complexe pour la majorité. En paraissant trop céder, elle risquerait de décevoir l’électorat de droite qu’elle a séduit et de voir le petit socle qui lui reste fidèle se fissurer, comme le note François Bazin. Voilà pourquoi on peut parier sur une attitude plutôt jusque-boutiste pour souder le bloc élitaire, en visant au pourrissement de la situation, comptant sur le fait que les grévistes n’auront pas les moyens de mener une action longue, tout en continuant à faire des régimes spéciaux des bouc-émissaires trop commodes, comme le FN devenu RN le fait avec les immigrés depuis des décennies.
Quelque soit l’issue de cette réforme, il est difficile de voir un scénario favorable pour Macron. S’il passait en restant droit dans ses bottes, s’il consolidera sa prise sur le bloc élitaire, il se cantonnerait à ce réduit en ayant encore renforcé toute l’hostilité qu’il suscite. Et s’il paraissait trop céder, ses soutiens pourraient tiédir, sans véritable espoir de regagner auprès des autres Français.
Source: http://www.gaullistelibre.com/