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AFP / RYAD KRAMDI Abdelmadjid Tebboune vote pour la présidentielle à Alger, le 12 décembre 2019Abdelmadjid Tebboune, ancien ministre puis chef de gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika âgé de 74 ans, a été élu dès le premier tour pour lui succéder à la tête de l’Etat algérien, a annoncé vendredi l’Autorité nationale des élections (Anie).
M. Tebboune a « recueilli (…) 58,15% des suffrages », a indiqué le président de l’Anie Mohamed Charfi lors d’une cérémonie officielle, au lendemain d’un scrutin marqué par une abstention record et qui s’est déroulé dans un contexte de contestation massive et inédite du régime au pouvoir depuis l’indépendance en 1962.
« Je voudrais féliciter le candidat vainqueur », a déclaré M. Charfi.
Le Conseil constitutionnel doit proclamer les résultats définitifs entre le 16 et le 25 décembre, après examen d’éventuels recours, selon l’Anie.
L’islamiste Abdelkader Bengrina, 57 ans, dont le parti a soutenu la présidence de M. Bouteflika, arrive en 2e position avec 17,38% des voix, selon M. Charfi.
Ali Benflis, autre très proche de M. Bouteflika dont il fut le Premier ministre entre 2000 et 2003, devenu après leur brouille son principal adversaire électoral lors des scrutins de 2004 et 2014, n’arrive qu’en 3e position avec 10,55% de suffrages.
Ferment la marche Azzedine Mihoubi, chef du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié du Front de libération nationale (FLN) de M. Bouteflika (7,26%), et Abdelaziz Belaïd, ancien cadre du FLN et fondateur d’un micro-parti ayant soutenu le président déchu (6,66%).
L’Anie a légèrement revu le taux de participation à 39,83%, le plus faible de l’histoire des élections présidentielles pluralistes en Algérie. Il est inférieur de plus de 10 points à celui du précédent scrutin –le plus faible jusqu’ici–, qui en 2014 avait vu la 4e victoire de M. Bouteflika.
L’Algérie est le théâtre depuis février d’un mouvement (« Hirak ») de contestation du régime, déclenché par la volonté de M. Bouteflika de briguer un 5e mandat lors de la présidentielle initialement prévue en avril.
Après avoir obtenu sa démission en avril, le « Hirak » réclame le démantèlement du « système » qui dirige l’Algérie depuis 1962, a rejeté le scrutin de jeudi vu comme une manoeuvre de survie du régime, et accusé les cinq candidats d’en être les produits et de le cautionner par leur candidature.
– « #Le Hirak continue » –
AFP / RYAD KRAMDI Des partisans d’Abdelmadjid Tebboune célébrent sa victoire à la présidentielle, le 13 décembre 2019 à AlgerAu moment de la proclamation des résultats, les partisans du « Hirak » s’apprêtaient à descendre en masse dans les rues à Alger après la prière du vendredi, pour la 43e fois depuis le déclenchement de la contestation le 22 février.
Aucun des cinq candidats n’avait trouvé grâce à leurs yeux, considérés comme des purs produits d’un régime abhorré et dont ils étaient la caution.
Le nom du vainqueur n’a aucune importance pour Saïd 32 ans, ingénieur venu de Bouira, à une centaine de km de route de la capitale. « J’ai manifesté hier à Alger et j’y ai passé la nuit pour remanifester aujourd’hui et dire qu’on ne reconnaît pas leur vote et leur président », explique-t-il à l’AFP sur un marché.
« Les résultats ? On leur a ajouté de la levure pour qu’ils augmentent. La saison 2 du +Hirak+ va commencer mais il faut que l’on soit mieux organisé », renchérit Farida, une retraitée sexagénaire.
Et sur Twitter le hashtag du jour est « #Le Hirak continue » alors que démarre une campagne sur le thème: « Tebboune n’est pas mon président ».
L’Anie a légèrement revu le taux de participation à 39,83%, le plus faible de l’histoire des scrutins présidentiels pluralistes en Algérie. Il est inférieur de plus de 10 points à celui du précédent scrutin — le plus faible jusqu’ici –, qui en 2014 avait vu la 4e victoire de M. Bouteflika.
Morne dans de nombreux bureaux de vote, la journée de jeudi avait été dominée à Alger par une imposante démonstration du « Hirak » bravant à nouveau un important déploiement policier pour défiler en masse.
– « Sursaut patriotique » –
AFP / RYAD KRAMDI Une foule d’Algériens rassemblée à Alger pour protester contre la présidentielle, le 12 décembre 2019Les contestataires continuent d’exiger la fin du « système » aux manettes depuis l’indépendance en 1962, et le départ de tous les anciens soutiens ou collaborateurs des 20 ans de présidence Bouteflika.
« Le peuple n’a pas voté. Le peuple a toujours été mis de côté. On nous a muselé depuis l’indépendance. On nous a spolié notre indépendance. Hier on a reçu des coups. Les femmes, les vieux ont été frappés. On va continuer jusqu’au départ du système », avertit Djamila, la soixantaine, qui exerce une profession libérale.
Après une première tentative d’élection avortée en juillet, le haut commandement de l’armée, pilier du régime, ouvertement aux commandes depuis la départ de M. Bouteflika, a tenu coûte que coûte à organiser ce scrutin pour sortir de la crise politico-institutionnelle, qui a aggravé la situation économique.
Visage de ce haut commandement, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, assurait depuis des semaines que la participation serait « massive ».
Très affaibli physiquement, le président déchu, Abdelaziz Bouteflika, a voté par procuration via son frère Nacer, suscitant des commentaires ironiques ou irrités sur les réseaux sociaux.
AFP / RYAD KRAMDI Une Algérienne manifeste contre le pouvoir et l’élection présidentielle, le 12 décembre 2019 à AlgerMercredi, des personnalités proches du « Hirak » avaient exhorté les contestataires à ne pas « répondre aux provocations », à « ne pas empêcher l’exercice par d’autres citoyens de leur droit à s’exprimer librement » — un mot d’ordre respecté à Alger.
Le vote s’est déroulé sans incident majeur à travers le pays sauf dans la région traditionnellement frondeuse et majoritairement berbèrophone de Kabylie, théâtre de sérieux troubles.
« Le nouveau président aura la lourde charge de veiller à la satisfaction des attentes des citoyens qui ont dicté, par un sursaut patriotique à la mesure des défis, la marche en avant », prévient vendredi le quotidien gouvernemental El Moudjahid, un des rares titres à paraître le vendredi, premier jour de weekend.