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Par Marguerite Dumas
Le secteur de l’information, en France et dans d’autres pays, est un domaine conquis par les politiciens et les grandes fortunes.
Tout s’achète, tout se vend, les journaux, les télés, les radios. Quelques milliardaires se partagent le gâteau. Les mêmes possèdent des télévisions et radios qui totalisent respectivement un grand pourcentage des parts d’audience. Ainsi, la population a donc une grande probabilité de lire, regarder ou écouter chaque jour des médias qui appartiennent à ce petit cercle de milliardaires.
Cependant, par le biais des médias, les hommes politiques espèrent informer ainsi qu’influencer les usagers des médias, autrement dit les électeurs. La prépondérance que les médias occupent aujourd’hui n’est néanmoins pas fortuit comme certains en murmurent l’hypothèse. L’idée d’un grand appareil mêlant médias, élites politique et économique, qui pour défendre leur intérêt commun oriente l’information dans un sens ou dans un autre, semble une hypothèse trop simpliste et difficile à vérifier. Les politiques, toujours en quête d’attention envers leurs problèmes et leur personne, font aisément diffuser leurs projets et leurs questions à travers les médias, dans un cadre qui sert toujours leurs intérêts.
Le contrôle
Les pouvoirs publics et les journalistes tentent de rééquilibrer les pouvoirs au profit d’une information de qualité. L’information c’est le pouvoir : un adage que toute dictature naissante s’empresse de mettre en œuvre en contrôlant les médias et en persécutant des journalistes. Dans nos démocraties, où des citoyens supposés bien informés délèguent leur souveraineté à des représentants, la tentation des pouvoirs politiques et économiques a toujours été grande d’influer sur l’information. Cette suspicion est renforcée, par la prise de contrôle de grands médias par des hommes d’affaires parfois proches de décideurs politiques.
Lorsqu’un média est racheté par un homme d’affaires, les journalistes qui y travaillent ne renoncent pas subitement à leurs exigences journalistiques et à leurs principes éthiques. Nombre d’entre eux restent en poste en se promettant de rester vigilants quant à toute ingérence dans la partie éditoriale et en créant le plus souvent une société des rédacteurs pour faire respecter l’indépendance du média. Certains font jouer leur clause de conscience ou de cession. D’autres, enfin, quittent leur emploi dans le cadre d’un plan de départs volontaires. La presse vit non seulement de la publicité gouvernementale et de celle des partis politiques mais aussi de la publicité des entreprises privées.
La starisation des élus
Quant aux élus, ils deviennent de plus en plus des commentateurs de la vie politique et des vedettes médiatiques, remarque. Quand ils sont en activité, ils sont sur les plateaux de télé et dans les émissions de divertissement, et cette starisation facilite les passages de l’un à l’autre, quand ils sont battus.
L’entrée en scène de la télévision dans le processus politique a en effet marginalisé le rôle des partis politiques et des militants qui ont été supplantés par les médiateurs que sont les journalistes et les conseillers en communication. La télévision a favorisé la personnalisation du processus politique en assimilant les débats idéologiques à des rivalités entre politiciens et en élevant la télégénie au rang de critère de sélection du personnel politique.
Durant les campagnes électorales, la télévision est le mode de communication privilégié par les partis parce que c’est le canal de communication qui a le plus d’influence sur le choix des électeurs et parce qu’ils peuvent ainsi s’adresser à des auditoires vastes et diversifiés sociologiquement. Paraître aux informations télévisées est un enjeu primordial pour les politiciens parce que ces dernières sont moins sujettes à l’exposition sélective et qu’elles leur permettent de s’adresser à des électeurs qui ne partagent pas leur point de vue ou qui sont peu politisés.
Les médias et la communication politique
Sans doute l’attente première à l’égard des médias a été et continue d’être l’information quelles que soient les vicissitudes de la presse écrite et les transformations dans l’univers des médias audiovisuels et du multimédia. De l’information au politique, il n’y a qu’un pas dans la mesure où la publicisation des problèmes est un des aspects premiers des phénomènes politiques. Le politique étant indéterminé par définition, il requiert l’intervention d’individus ou de groupes pour mettre en avant certaines questions qui vont être problématiques dans la société avec le concours des médias. Les campagnes électorales constituent un moment privilégié de cette problématisation collective pour sélectionner des enjeux de politique publique sur lesquels les candidats s’affrontent avec des projets mutuellement exclusifs. D’où l’importance qu’a prise l’étude des campagnes électorales dans l’observation des médias et de leurs effets individuels et collectifs. On observe que la transformation des pratiques de communication et d’information politique aboutit aujourd’hui à la coexistence de théories incompatibles comme la théorie de la mobilisation cognitive selon laquelle les gouvernés profiteraient de l’extension de l’enseignement et la diffusion massive de l’information d’une part et la théorie du média-malaise selon laquelle le politique ne peut que souffrir de sa médiatisation. La logique des médias s’impose à la logique politique et ainsi se mettrait en place une colonisation du politique par le médiatique.