Étiquettes
La pandémie rebat les cartes de la campagne présidentielle aux Etats-Unis. Elle va priver le président de son principal atout : son bilan économique.
Donald Trump s’est enfin trouvé un ennemi à sa hauteur. Que ce soit « Joe l’endormi » ou « Bernie le fou », aucun démocrate ne semblait en mesure de l’inquiéter dans sa course à la réélection. Bernie Sanders a le gros inconvénient de se revendiquer « socialiste », un repoussoir pour la plupart des Américains. Quant à Joe Biden , il souffre d’un manque de charisme quasi-coupable : son silence, ces derniers jours, montre son incapacité à peser dans la pire crise que le pays ait connue depuis au moins une décennie.
Peut-être a-t-il conscience que le coronavirus est son meilleur allié. Et même, pour ainsi dire, le seul « candidat » capable de faire tomber Trump le 3 novembre prochain. L’épidémie n’a pas encore eu raison du président dans les sondages – sa cote de popularité reste miraculeusement stable -, mais il y a toutes les chances qu’il lui ôte son principal atout : son bilan économique. Le taux de chômage, qui n’a jamais été aussi bas depuis un demi-siècle, pourrait quintupler ces prochaines semaines, faute d’amortisseurs sociaux. La Bourse, qui volait de record en record, s’effondre. Le pays n’a jamais connu d’expansion aussi durable… Le voilà qui redoute l’une des pires récessions de son histoire.
Désinvolture
Victime de la crise, Donald Trump en est aussi partiellement coupable. La désinvolture avec laquelle il affronte cette catastrophe sanitaire , son absence d’anticipation et de foi envers la communauté scientifique pourraient alourdir le bilan humain aux Etats-Unis. Son conseiller, le docteur Fauci, n’exclut pas des centaines de milliers de morts…
A travers sa course folle autour de la planète, le virus aura ainsi révélé successivement les failles de tous les modèles. Celles de la Chine, où le culte du secret, la centralisation et le contrôle de l’information ont réduit au silence les lanceurs d’alerte et fait perdre à la communauté scientifique de précieuses semaines. Celles de l’Europe ensuite, où le respect des libertés publiques et la protection des données personnelles interdisent toute réponse radicale à la pandémie – à la différence de Singapour, par exemple, qu’on érige volontiers en modèle aujourd’hui. Celles du modèle américain enfin, où la faiblesse du système social, aggravée depuis trois ans, accélère la propagation du virus. Il est évidemment trop tôt pour compter les victimes politiques de la pandémie, mais tout porte à croire qu’elles seront nombreuses.