Étiquettes

, ,

Le Dr Rick Bright, parlant devant un micro dans un local du Congrès.

Le Dr Rick Bright a témoigné devant un sous-comité de la Chambre des représentants.Photo : Associated Press / Shawn Thew

 

 

Manque de préparation, avertissements ignorés, stratégie toujours déficiente : l’ex-directeur de l’agence gouvernementale américaine chargée du développement de traitements contre le coronavirus, Rick Bright, a critiqué, jeudi, la réponse de l’administration Trump à la pandémie devant un sous-comité de la Chambre des représentants.

Le Dr Bright, qui dirigeait l’Autorité pour la recherche et développement avancés dans le domaine biomédical (BARDA) depuis 2016 jusqu’à sa rétrogradation le 20 avril dernier, a déploré l’inaction de sa hiérarchie au moment où le virus commençait à se propager à l’extérieur de la Chine, premier foyer de l’infection.

Cette inaction a mis en danger de nombreuses vies de nos travailleurs de la santé de première ligne et se répercute encore aujourd’hui, a-t-il tranché au cours d’un témoignage de plusieurs heures.

Des vies ont été mises en danger, et je crois que des vies ont été perdues.

Le Dr Rick Bright

Le scientifique a réitéré avoir multiplié en vain les avertissements concernant la pénurie prévisible de matériel médical, comme les masques N95 et les respirateurs.

Je n’ai eu aucune réponse, a-t-il déploré, affirmant avoir sonné l’alarme jusqu’aux plus hauts niveaux du département de la Santé et des Services sociaux auquel il avait accès.

À partir de ce moment, j’ai su que nous allions avoir une crise pour nos travailleurs de la santé parce que nous n’agissions pas. Nous étions déjà en retard. C’était notre dernière chance de lancer cette production pour sauver la vie de ces travailleurs de la santé, et nous n’avons pas agi, a-t-il regretté.

Pour pallier le manque de masques, les États-Unis ont ensuite dû en acheter dans des pays où les critères de qualité ne sont pas les mêmes, et il a évoqué une efficacité d’à peine 30 % dans certains cas. Les infirmières se précipitent à l’hôpital en se croyant protégées, mais elles ne le sont pas, a affirmé le Dr Bright.

Il a en outre reproché à l’administration Trump d’avoir manqué de transparence dans ses communications.

Je crois que [l’administration Trump,] en ne disant pas aux États-Unis la vérité ou en n’étant pas totalement transparente, quelle que soit la provenance des informations, [n’a pas permis aux] gens [d’être] aussi bien préparés qu’ils auraient pu l’être, a-t-il dit.

Une réponse coordonnée essentielle pour la suite

L’ex-directeur de la BARDA ne s’est pas contenté de souligner les lacunes qu’il a dit avoir constatées lorsqu’il était en poste, mais il a également insisté sur l’importance de changer le cours des choses dans les prochains mois.

La fenêtre se referme pour faire face à cette pandémie, a-t-il signalé.

Avec au minimum près de 87 000 morts et plus de 1,4 million de cas officiellement déclarés, les États-Unis sont de loin le pays le plus touché par la COVID-19.

L’Institute Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’Université de Washington prévoit désormais que plus de 137 000 Américains mourront d’ici le mois d’août, un nombre revu à la hausse en raison du processus de déconfinement.

Les États-Unis ont besoin d’avoir un leadership qui parlera d’une seule voix et d’élaborer un plan directeur, deux éléments absolument critiques qui, selon le Dr Bright, font défaut en ce moment.

Nous devons libérer la parole des scientifiques de notre système de santé publique aux États-Unis afin qu’ils puissent être entendus et que leurs conseils soient pris en compte, a fait valoir le Dr Bright aux élus.

Si nous ne parvenons pas à élaborer une réponse nationale coordonnée fondée sur la science, je crains que la pandémie ne s’aggrave et ne se prolonge, causant une maladie et des décès sans précédent.

Le Dr Rick Bright

Les scientifiques de l’appareil gouvernemental et les membres de l’exécutif ont à plus d’une occasion exprimé des propos divergents, par exemple au sujet du déconfinement et de l’accessibilité aux tests de dépistage.

Lors de son témoignage devant un comité du Sénat plus tôt cette semaine, le directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses, le Dr Anthony Fauci, a dit craindre des conséquences très graves pour les villes ou les États qui rouvriraient leur économie avant que les conditions nécessaires ne soient réunies. Brandissant le spectre de morts et de souffrances inutiles, il a ajouté que cela retarderait le retour à la normale.

L’immunologiste en chef de la Maison-Blanche a cependant été rabroué par le président Trump, qui presse depuis des semaines les États de relancer les activités économiques. Donald Trump a qualifié d’inacceptable l’appel à la prudence du Dr Fauci quant à la réouverture des écoles.

La teneur du témoignage du Dr Bright était largement prévisible, puisque le lanceur d’alerte avait déposé une plainte il y a quelques semaines et que la Chambre avait publié la veille sa déclaration d’ouverture. Sans une planification et une mise en œuvre claires des mesures que moi-même et d’autres experts avons mises de l’avant, 2020 sera l’hiver le plus sombre de l’histoire moderne, annonçait déjà son document.

S’il a reçu une oreille attentive et des éloges des démocrates, il s’est heurté à l’hostilité des républicains, qui l’ont entre autres interrogé sur le congé de maladie qu’il prend en ce moment.

L’hydroxychloroquine comme cause de rétrogradation

Le Dr Bright a en outre déploré les tentatives pour contourner le processus d’examen et de validation de l’hydroxychloroquine, un médicament utilisé pour traiter le paludisme vanté publiquement par le président américain comme remède possible contre le coronavirus.

Il avait déjà attribué en partie sa réaffectation à un poste moins névralgique aux préoccupations qu’il avait affichées quant à ce médicament.

L’expert en matière de vaccins s’est montré moins optimiste que le Dr Fauci, qui croit possible la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus dans un intervalle de 12 à 18 mois. Je crois que cela va prendre plus de temps, a-t-il estimé.

En matinée, le président Trump avait pour sa part prédit un vaccin d’ici la fin de l’année.

Trump écorche un employé « mécontent »

Réagissant au témoignage, rendu d’un ton calme, du scientifique que son administration a rétrogradé, le président Trump a balayé du revers de la main ses déclarations et a mis en doute sa compétence.

Je l’ai regardé, et il a l’air d’un employé grincheux et mécontent qui, selon certains, n’a pas fait du bon travail, a-t-il lancé aux reporters.

Le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, qui n’avait pas échappé à la critique du Dr Bright, lui a reproché son absence au travail au cours des dernières semaines.

Dans une déclaration envoyée aux médias américains par courriel, le département qu’il dirige a accusé le Dr Bright de faire de la désinformation et de collaborer avec des avocats partisans qui politisent la réponse à la COVID-19.

Ici Radio Canada