La Commission européenne va réexaminer en juillet sa réglementation portant sur l’hexafluorure de soufre (SF6), un gaz à effet de serre bien plus nocif que le CO2, et dont l’empreinte ne cesse de croître. Pour Alain Bianco, il faut sans plus atteindre utiliser les alternatives à gaz, dès que cela est possible.

La Commission européenne s’apprête à réexaminer sa réglementation portant sur les F-Gaz en juillet prochain. Bien que cela puisse sembler anecdotique, il s’agit en réalité d’une décision à fort impact sur la lutte contre le changement climatique. Les F-Gaz sont une gamme de produits chimiques à base de fluor, jadis utilisés dans une multitude de procédés incluant la fabrication de chaussures, de balles de tennis et de fenêtres ou le liquide de refroidissement dans les réfrigérateurs. Malheureusement, ce sont également des gaz à effet de serre très puissant. A titre d’exemple, l’hexafluorure de soufre (SF6) contribue environ 23.500 fois plus que le CO2 au réchauffement climatique.
De nombreuses utilisations des F-Gaz ont déjà été interdites par le règlement en 2006 et sa première révision en 2014. Dans les pneus par exemple (mi-2007) et les réfrigérateurs domestiques depuis début 2015. En janvier dernier, leur usage dans certains climatiseurs domestiques a été proscrit dans toute l’Union européenne. Le SF6 reste cependant autorisé en tant qu’isolant électrique dans les appareillages moyenne tension.
Jusqu’à présent, il a été estimé qu’il n’y avait pas d’alternative à l’hexafluorure de soufre pour cette fonction qui réponde à tous les besoins de l’industrie, d’où son autorisation. L’appareillage moyenne tension est un composant essentiel pour les centrales de production d’électricité, permettant aux générateurs d’établir ou de couper les connexions entre la source d’alimentation et le réseau. Avec des tensions beaucoup plus élevées que celles utilisées dans les foyers, les arcs électriques dans ces machines peuvent avoir des effets catastrophiques. En remplissant l’unité de SF6, un excellent isolant électrique, les fabricants assurent la sécurité tout en produisant des appareillages plus compacts que ceux qui utilisent un autre isolant.
Plus de sources d’énergie
L’empreinte néfaste de ce gaz sur le réchauffement climatique ne cesse de croître. Les mesures de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) montrent que les concentrations de SF6 dans l’air ont plus que doublé au cours des 20 dernières années. À titre de comparaison, la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a augmenté d’environ 11 % sur la même période.
Paradoxalement, la multiplication des sources d’énergie verte a aggravé l’effet de serre généré par le SF6 ces dernières années. Alors que la production d’énergie était principalement basée sur un nombre relativement faible d’installations de grande taille comme les centrales à charbon et au gaz, la révolution du renouvelable dans notre approvisionnement en électricité implique maintenant que nous construisions de nombreuses petites centrales éoliennes et solaires. Chacune de ces installations nécessite son propre ensemble d’appareils qui, s’ils contiennent du SF6, présentent un risque de fuite dans l’atmosphère.
Alternative au SF6
Comment inverser cette tendance ? Bonne nouvelle : bien que le gaz reste une méthode commune pour l’isolation de l’appareillage, des alternatives telles que l’isolation solide et la technologie sous vide existent et sont utilisées dans certaines applications de distribution de l’énergie. Par exemple, Hydro Extrusions, un fournisseur mondial d’aluminium basé en Norvège, a renouvelé son appareillage l’année dernière et a opté pour des unités à isolation solide et sous vide avec des dimensions et des performances similaires aux installations contenant du SF6.
En 2017, les centres de données Zenium ont également opté pour des appareillages sans SF6 dans leur nouveau «data center» spécialement conçu à cet effet, London One, tout comme le tunnel ferroviaire de la Stockholm City Line qui s’étend sur six kilomètres. Ces initiatives laissent donc entrevoir un futur de l’isolation électrique qui se passe du SF6.
Limiter la casse
A la veille de la révision de la réglementation F-Gaz, il faut espérer que la Commission choisira de mettre en place un délai raisonnable et rapide pour l’élimination du SF6 du marché européen. L’Europe ne constitue évidemment qu’une partie de l’économie mondiale, mais nous avons déjà vu que les décisions prises ici peuvent avoir une incidence significative sur les choix politiques mondiaux, et nous ne pouvons pas nous permettre de doubler encore les niveaux de SF6 au cours des 20 prochaines années.
Il est essentiel d’agir dès à présent. La réglementation sera, sans nul doute, révisée ultérieurement, mais l’appareillage acheté aujourd’hui pourrait être utilisé pendant plusieurs décennies avant d’être remplacé. Si nous ne saisissons pas l’opportunité imminente, nous nous exposons pendant de nombreuses années supplémentaires à des fuites de gaz aux effets désastreux sur l’environnement. Le SF6 a une durée de vie de 3.200 ans dans l’atmosphère, la décision qui approche aura donc un impact de plusieurs millénaires. De quoi donner le vertige !