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Le chef de l’État est arrivé en fin de matinée dans la capitale libanaise, deux jours après la tragédie.

Par Georges Malbrunot

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Le chef de l’Etat Emmanuel Macron à son arrivée à Beyrouth avec le président libanais Michel Aoun. DALATI NOHRA / via REUTERS

Envoyé spécial à Beyrouth

Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, tient à être au rendez-vous de l’histoire du Liban, meurtri. En 1983, en pleine guerre civile, François Mitterrand s’était courageusement rendu à Beyrouth au lendemain du terrible attentat qui avait tué 58 soldats français. En 2005, Jacques Chirac, livide, s’était recueilli place des Martyrs dans le centre-ville de la capitale, non loin de l’attentat à la voiture-piégée, qui venait d’éliminer son ami, l’ancien premier ministre Rafic Hariri.À lire aussi : Au Liban, la colère monte après l’explosion qui a ravagé Beyrouth

Emmanuel Macron est arrivé ce jeudi matin 6 août dans une ville ravagée par la double explosion, qui a tué mardi plus d’une centaine de personnes et blessé plusieurs milliers d’autres, créant une atmosphère d’apocalypse dans une capitale, pourtant déjà à de nombreuses reprises saignée par une histoire tragique. Dès son arrivée, il a tweeté : «Le Liban n’est pas seul».

Il s’est ensuite rendu au port – lieu de la tragédie – où il a rencontré des équipes libanaises et françaises qui secourent la population, alors que 300.000 Beyrouthins seraient désormais sans domicile.

«Aujourd’hui, la priorité c’est l’aide, le soutien à la population sans condition. Mais il y a l’exigence que la France porte depuis des mois, des années, de réformes indispensables dans certains secteurs», a dit le chef de l’Etat français. «Si ces réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s’enfoncer», a-t-il souligné. «Nous aiderons à organiser dans les prochains jours des soutiens supplémentaires au niveau français, au niveau européen», a précisé Macron. «Je souhaite organiser la coopération européenne et plus largement la coopération internationale», a-t-il ajouté.

Quelques heures après le drame, Paris avait envoyé trois avions militaires d’assistance, transportant «un détachement de la sécurité civile avec un poste sanitaire mobile incluant 6 tonnes de matériel» et «plusieurs médecins urgentistes» pour «pouvoir très rapidement prendre en charge au moins 500 blessés».

«Que vient faire Macron ? Que va-t-il annoncer ?», s’interroge, comme tant d’autres Libanais, Mohammed, un commerçant, fatigué. « Va-t-il annoncer la reconstruction du port de Beyrouth » dévasté par la déflagration, se demande-t-il.

Dans la lignée de ses prédécesseurs, le chef de l’État tient d’abord à marquer la solidarité de la France, ancienne puissance mandataire, avec les Libanais. Mercredi, le premier ministre Jean Castex et le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui accompagne le président, l’ont répété, après avoir signé le registre des condoléances à l’ambassade du Liban à Paris. Ce « drame d’une ampleur exceptionnelle » touche « un pays ami, un pays de surcroît dans la difficulté », a affirmé Jean Castex. Il fait allusion à la décomposition économique et financière qui frappe le Liban depuis dix mois – la livre a perdu 80% de sa valeur et 45% de la population est désormais sous le seuil de pauvreté.

Dénonçant l’incurie de leurs dirigeants, de très nombreux Libanais ne cessent de réclamer des réformes pour davantage de transparence, moins de corruption, et de meilleurs services. Mais la plupart des responsables politiques aux commandes du pays depuis des années refusent de céder.

Le piège

Au cours de son voyage-éclair de six heures, Emmanuel Macron rencontrera certains de ces dirigeants : son homologue le président de la République, Michel Aoun, le premier ministre Hassan Diab, et le président du Parlement Nabbi Berry, l’un des principaux freins aux réformes. Des réformes pourtant réclamées à l’unisson par le Fonds monétaire international, Jean-Yves Le Drian, lors de sa visite il y a quinze jours à Beyrouth, et une majorité de Libanais.

Ce sera le piège pour le chef de l’État : donner l’impression qu’il ne fait que discuter, après ses prédécesseurs, avec les parrains d’un système corrompu, et détesté – encore plus après la tragédie – par la population. À moins qu’Emmanuel Macron tape du poing sur la table leur exposant clairement la marche à suivre des réformes, faute de quoi le Liban sombrera comme le Venezuela ou le Zimbabwe.

« Il doit saisir ce moment dramatique pour pousser le Liban à agir sainement », espère un haut-fonctionnaire libanais à Beyrouth. « S’il y a eu incurie dans la gestion de la cargaison de nitrate d’ammonium stockée au port qui a causé l’explosion, c’est bien pour éviter ce genre de défaillances que nous devons faire des réformes pour une meilleure gestion de l’état », confie-t-il au téléphone. Mais de nombreux Libanais sont sceptiques sur la capacité de leurs dirigeants à se réinventer. Et lors de son récent séjour à Beyrouth, Jean-Yves Le Drian a pu constater que des promesses aux actes, il y avait encore un immense fossé.

« Emmanuel Macron vient faire de la com’ », grogne, de son côté, un Français résident au Liban depuis longtemps. « De quels moyens de pression dispose-t-il sur ces vieux dinosaures qui s’engraissent au pouvoir depuis des décennies ? », s’interroge-t-il, dubitatif.


Un architecte français parmi les morts

L‘architecte Jean-Marc Bonfils, installé au Liban où il avait pris part notamment à des projets de restauration de bâtiments détruits par la guerre, compte parmi les victimes françaises des explosions meurtrières qui ont ravagé mardi Beyrouth, a annoncé la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.

Le Figaro