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Arabie Saoudite, Etats-Unis, formation du gouvernement, le Hezbollah Libanais, Liban, Saad Hariri

Mostapha Adib a renoncé samedi à former un nouveau gouvernement Liban. Un jour plus tard, le président français Emmanuel Macron l’a rejoint.
L’échec de la formation du gouvernement n’est pas dû à l’insistance du tandem chiite à nommer le ministre des Finances, mais plutôt sur l’obstination des États-Unis pour que le Hezbollah soit exclu du nouveau cabinet.
Macron qui a regretté de ne pas avoir pu faire aboutir son initiative, a prolongé son délai.
Son discours adressé, dimanche 27 septembre, aux Libanais a atteint le comble de l’insolence, vu qu’il se comporte comme le guide de la République libanaise depuis la tragique explosion du 4 août au port de Beyrouth, note le quotidien libanais AlAkhbar.
Dans conférence de presse convoquée à la hâte à l’Elysée, M.Macron s’est montré plus qu’auparavant en faveur de l’adoption de la rhétorique américano-saoudienne sur la résolution de la crise au Liban.
Le chef d’Etat français a « pris acte de la trahison collective » des partis libanais qui, selon lui, « portent l’entière responsabilité » de l’échec de son initiative. « J’ai honte » pour les dirigeants libanais, a lancé le président français sur un ton grave.
Le Hezbollah « ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est », a tancé Emmanuel Macron. Ce parti « ne peut en même temps être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie et un parti respectable au Liban. C’est à lui de démontrer qu’il respecte les Libanais dans leur ensemble. Il a, ces derniers jours, clairement montré le contraire », selon ses propres termes, cités par l’AFP.
Un délai de quatre à six semaines
Le chef de l’Etat français a en outre évoqué « quatre à six semaines » pour que les bailleurs internationaux voient si un gouvernement de mission est encore envisageable ou s’il faut envisager un changement complet de paradigme.
« A l’horizon environ d’un mois, un mois et demi, nous serons obligés de faire le bilan (…). S’il n’y a aucune avancée sur le plan interne, alors nous serons obligés d’envisager une nouvelle phase de manière très claire et deposer la question de confiance: est ce qu’un gouvernement de mission sur la base de la feuille de route est encore possible ?
Ou est-ce qu’il faut à ce moment-là changer la donne et aller peut-être dans une voie plus systémique de recomposition politique au Liban? », a-t-il dit, qualifiant cette piste de « très aventureuse ».
Macron a jugé que faute d’un accord sur les bases évoquées en août, le Liban risquait soit la « guerre civile », soit de continuer de s’enliser avec un gouvernement de « profiteurs ». Et dans tous les cas, que le pays ne pourrait pas compter dans ces conditions sur l’aide internationale dont il a cruellement besoin.
Il convient de noter que les partis politiques libanais s’étaient engagés auprès de M. Macron, venu à Beyrouth début septembre, à former un cabinet de ministres « compétents » et « indépendants » dans un délai de deux semaines, condition pour l’envoi d’aide internationale nécessaire au redressement du pays.
Les partis du Hezbollah et du mouvement Amal ont refusé que l’ancien ministre Saad Hariri nomme les 14 ministres du nouveau gouvernement, dont celui des Finances.
Formation d’un gouvernement sans le Hezbollah
Des sources proches du 8 mars, citées par le quotidien libanais AlAkhbar, ont estimé que Macron n’était pas juste en tenant le Hezbollah responsable de l’échec de son initiative.
Et d’ajouter : « le Hezbollah et le mouvement Amal n’ont rompu aucun engagement avec lui, au contraire, ils ont accepté la formation d’un gouvernement de mission indépendant, formé par Mostapha Adib. Ils ont également approuvé 90% du document des réformes.
Macron s’était montré compréhensif à leur opposition à l’organisation d’élections anticipées ».
« En ce sens, c’est le président français qui a violé son engagement de former un gouvernement d’entente nationale. C’est lui qui parait contradictoire en évoquant la formation d’un gouvernement représentant toutes les communautés, mais sans que celles-ci n’aient aucun rôle dans la nomination de leurs représentants. Qui devra nommer les ministres ? Veut-il que nous nous engagions à remettre le pays aux anciens chefs de gouvernement? Veut-il que nous acceptions la nomination des 14 ministres par Saad Hariri? Veut-il que nous nous engagions à annuler les résultats des élections législatives? », se sont interrogées ces sources.
Et de conclure : « il semble que le seul engagement requis c’est la nécessité de former un gouvernement sans le Hezbollah, comme l’avait recommandé Pompeo (secrétaire d’Etat US)».