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À l’image de quatre années qui ont mis en évidence les divisions du peuple américain et donné à la présidence des allures de téléréalité, la soirée électorale, mardi, n’a pas permis de désigner un vainqueur.
Sophie-Hélène Lebeuf
Les deux candidats ont été fidèles à ce qu’on aurait pu attendre d’eux : le démocrate Joe Biden a appelé à compter toutes les voix, et le président Donald Trump a crié victoire.
Une victoire du démocrate Joe Biden dans des États traditionnellement républicains du Sud, qui semblaient à portée de main, aurait mis fin au suspense dès ce soir, avant même que les résultats dans la région du Midwest soient connus. Mais le scénario d’un balayage espéré par les démocrates – et que les sondages n’excluaient pas – ne s’est pas concrétisé.
Aux petites heures, il restait encore un nombre important de bulletins de vote à dépouiller et plusieurs grands électeurs d’États clés à attribuer.
Prenant brièvement la parole tôt mercredi matin, l’ancien vice-président a d’ailleurs appelé à la patience, rappelant que les résultats n’avaient pas été annoncés dans plusieurs États, notamment dans trois États de la région des Grands Lacs, le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvannie, qu’il s’est dit confiant de remporter.
Ironiquement, la balle est dans le camp de ces trois États, d’anciens bastions démocrates qui avaient livré la présidence à Donald Trump en 2016.
Nous croyons être en bonne voie de remporter l’élection. […] Ce n’est pas fini jusqu’à ce que chaque bulletin de vote soit compté.
Joe Biden, candidat démocrate à la Maison-Blanche
« Ce n’est pas à moi ou Donald Trump de décider qui gagne cette élection. C’est aux Américains de le faire
« , a-t-il lancé, pressentant les intentions de son rival.
Les résultats dans le Wisconsin n’étaient pas attendus avant mercredi matin, et il était déjà prévu que le dépouillement des votes postaux dans deux autres États irait au lendemain de l’élection, voire aux jours subséquents.
Tout juste après le discours de Joe Biden, Donald Trump a d’ailleurs revendiqué une grande victoire
sur Twitter, accusant les démocrates de vouloir voler l’élection
. Le réseau social a rapidement sévi, accolant à son message un avertissement indiquant que le contenu était contesté
et potentiellement trompeur
.
Il a cependant martelé son message, peu avant 2 h 30 du matin.
Selon les projections des médias américains, le président remportera l’Ohio, qui fait historiquement figure de baromètre, ainsi que l’Iowa, la Floride et le Texas.
Avec des résultats partiels, il mène en outre en Caroline du Nord. Pour avoir une chance de rester au pouvoir, il a besoin de ces territoires acquis aux républicains depuis des décennies, mais que les démocrates avaient réussi à mettre en jeu cette année.
La lutte est cependant plus âprement disputée qu’il y a quatre ans dans des États traditionnellement républicains, mais en bout de ligne, cela risque d’être insuffisant. Une victoire de son rival démocrate aurait à toutes fins pratiques mis fin au suspense dès ce soir, avant même que les résultats dans la région du Midwest soient connus.
En Floride, quintessence de l’État pivot, l’avance républicaine semble attribuable à l’augmentation de ses appuis par rapport à 2016 au sein de la communauté hispanique de la région de Miami, particulièrement la communauté cubaine, qui s’est montrée sensible au message antisocialiste mis de l’avant par le président.
Joe Biden peut cependant compter sur d’autres États pour se tracer une voie vers la Maison-Blanche.
Il a pour sa part remporté facilement le New Hampshire et ses quatre grands électeurs. Le camp Trump croyait initialement être en mesure de remporter l’État, qui, en 2016, avait accordé à Hillary Clinton sa victoire la plus mince avec 0,4 point de pourcentage, mais les sondages montraient qu’il était hors de portée.
Il semble aussi en bonne position en Arizona, l’État du Sun Belt traditionnellement républicain le plus susceptible de devenir bleu. À l’exception de 1996, les républicains remportent cet État depuis 1952.
Dans le nord du pays, c’est plus partagé, mais l’avance de Donald Trump était prévisible à ce stade de la soirée, car plusieurs États commencent par le dépouillement des votes exprimés en personne. Les résultats liés au vote postal viendront plus tard, et le dépouillement pourrait s’étirer sur des jours.
Pour l’instant, Donald Trump mène en Iowa, au Wisconsin, au Michigan et en Pennsylvanie, et Joe Biden le devance au Minnesota et en Iowa.
Toujours selon les projections, le président conserve de son côté dans le giron républicain plusieurs États, comme la Caroline du Sud et l’Alabama. Donald Trump cumule ainsi 108 grands électeurs.
Les bureaux de vote sont maintenant fermés dans tous les États, à l’exception de l’Alaska.
L’impact du vote postal
Si la tendance se confirme dans les États du Sun Belt, la bataille se poursuivra dans la région du Midwest, où plusieurs États ont continueront à compter leurs votes postaux, particulièrement la Pennsylvanie voisine.
Ce n’est pas le suffrage populaire qui importe, car les électeurs ne votent pas directement pour le président, mais pour des intermédiaires, connus sous le nom de grands électeurs
. Ces derniers forment le Collège électoral
, composé de 538 grands électeurs répartis dans les États.
La question est donc de savoir comment les appuis pour les deux candidats seront distribués dans les 50 États au sein du Collège électoral. Car ce qui importe, c’est la course aux 270 grands électeurs, le seuil que doit franchir un candidat pour l’emporter.
Sauf exception, il suffit d’un seul vote dans un État pour faire basculer tous ses grands électeurs dans la colonne d’un candidat.