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Emmanuel Macron a évoqué mardi soir une sortie de la crise sanitaire en trois étapes, tout en rappelant que le « retour à la normale n’est pas pour demain ». Pour le gouvernement, l’un des enjeux consistent à maintenir la cohésion nationale, alors même la crise économique et sociale devrait s’aggraver.

Les jours heureux ne sont pas encore pour demain. Le chemin qu’a tracé Emmanuel Macron, mardi 24 novembre, lors d’une nouvelle intervention télévisée consacrée à la crise sanitaire, reste sinueux, ponctué de rendez-vous dont la réalisation est subordonnée à l’évolution favorable du contrôle de l’épidémie. L’objectif est de sauver les fêtes de fin d’année, de permettre aux Français de faire leurs achats dans une relative quiétude, de passer Noël en famille et le réveillon entre amis, mais sans risquer le relâchement qui s’était produit durant l’été.

A cette fin, trois étapes, le 28 novembre, le 15 décembre, le 20 janvier, ont été détaillées avec minutie par le président de la République. Elles balisent un déconfinement très progressif, qui ne concernera pas tous les commerces et ne permettra pas aux Français de se déplacer librement aussi longtemps que l’épidémie ne sera pas fermement contrôlée. « Le retour à la normale ne sera pas pour demain », a prévenu Emmanuel Macron, échaudé par la vigueur de la deuxième vague. Même la perspective d’un début de vaccination fin décembre n’entame pas la prudence du président « protecteur ».

La longueur de la crise sanitaire dans laquelle est désormais enkysté le pays comporte des enjeux lourds. Il faut d’abord que les Français tiennent le coup, alors que l’isolement pèse de plus en plus sur leur moral : « Si nous ne voulons pas subir demain un troisième confinement, chacun doit tenir son rôle », a rappelé Emmanuel Macron. Ce n’est certes pas la première fois qu’un appel au civisme est ainsi lancé, mais jamais il n’a paru aussi pressant. Les jeunes sont les premiers visés, eux qui apparaissent comme les grands sacrifiés de la période.

Il faut ensuite que le Parlement, déjà malmené par la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, accepte de dire jusqu’à quel point il consent à écorner les libertés publiques. Les ratés constatés dans le triptyque dépister-tracer-isoler conduisent désormais l’exécutif à envisager des mesures coercitives pour forcer les personnes contaminées à rester confinées. Seule la représentation nationale peut trancher. Le débat est tout sauf anodin.

Vaincre le scepticisme

Le troisième défi consiste à ne pas rater l’étape essentielle de la vaccination dans un pays qui s’en méfie beaucoup. Le refus du président de la République de l’imposer et sa décision d’associer au processus un collectif de citoyens apparaissent sages, pourvu que la transparence soit effectivement garantie. C’est la meilleure façon de vaincre le scepticisme.

Mais le défi le plus dur est l’ampleur de la crise économique et sociale qui « va vraisemblablement encore s’aggraver » dans les mois à venir. Alors que les chiffres de la pauvreté explosent, l’exécutif peut tout juste colmater la digue avec un nouveau train de mesures en direction des patrons d’établissements fermés et de tous ceux qui sont passés au travers du filet : saisonniers, précaires, étudiants privés de travail.

Dans ce lourd climat, maintenir la cohésion nationale est essentiel. A la fin de son intervention, Emmanuel Macron a appelé les Français à la « bienveillance », au « respect de nos valeurs », en mettant en garde contre les « emportements ». Ses propos auraient été bien plus convaincants s’il avait fermement condamné les violences policières intervenues la veille de son intervention, place de la République, à Paris, lors du démantèlement d’un camp de migrants. Des enquêtes sont en cours. Si la faute est avérée, elle appelle des sanctions exemplaires. L’Etat protecteur ne peut jouer blanc d’un côté et noir de l’autre.

Le Monde