Étiquettes
Claude Guéant, Euro 2016, FIFA, Football, Michel Platini, Mondial 2022, Nicolas Sarkozy, Qatar, Tamim al-Thani, UEFA
Par Yann Philippin
Premier volet de nos nouvelles révélations sur le Qatargate. Juste avant l’opération Qatar 2022, Michel Platini, qui se devait d’être neutre en tant que président de l’UEFA, a œuvré en secret avec le président Sarkozy pour « sécuriser » les 7 votes qui ont attribué, en mai 2010, l’Euro 2016 à la France. Au même moment, Michel Platini a obtenu des interventions de l’Élysée en faveur de l’UEFA. Et a reconnu face aux policiers qu’il n’aurait pas dû s’« immiscer dans ce vote ».
Quand on est amateur de football, il faut attendre quatre longues années avant de voir démarrer une nouvelle Coupe du monde. Mais quand on aime l’équité dans le sport, il faut également savoir prendre son mal en patience. Car cela fait aussi quatre ans que le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire sur l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Laquelle a débouché en décembre 2019 sur l’ouverture d’une information judiciaire pour « corruption », qui éclaire précisément la tactique de la France et les techniques du Qatar pour un arrangement au sommet.
Mediapart a en effet pu consulter de nombreux éléments inédits, notamment issus du dossier judiciaire, qui permettent de renforcer significativement la piste évoquée dès 2013 par France Football : celle d’un pacte conclu lors d’un déjeuner à l’Élysée le 23 novembre 2010, neuf jours avant le vote attribuant le Mondial, entre Nicolas Sarkozy (alors président de la République), Tamim al-Thani (l’actuel émir du Qatar) et Michel Platini (qu’on ne présente plus).
L’ancien numéro 10 des Bleus, qui était à l’époque président de l’UEFA et vice-président de la Fifa, se serait laissé convaincre de changer son vote et de le donner au Qatar. En contrepartie, le président Sarkozy aurait obtenu que l’émirat achète les droits télé du foot français et aide ses amis Arnaud Lagardère (en entrant au capital de son groupe) et Sébastien Bazin (en lui rachetant le PSG).
Le 19 juin 2019, les policiers de l’OCLCIFF, l’office anticorruption de la PJ, ont interrogé comme suspects Michel Platini et deux anciens collaborateurs du président Sarkozy soupçonnés d’avoir participé au déjeuner : son secrétaire général Claude Guéant et sa conseillère sportive de l’époque Sophie Dion. Michel Platini dit n’avoir « strictement rien à se reprocher » et « être totalement étranger à des faits » qui le « dépassent ».
Pour comprendre la myriade d’intérêts et dévoiler les détails significatifs qui peuplent le dossier, nous avons choisi de raconter, dans une série en trois volets, l’histoire secrète de ce « Qatargate » où s’entremêlent amitiés, raison d’État et intérêts financiers.
Avec, pour point de départ, un épisode jusqu’ici inconnu : le lobbying de Michel Platini, pour offrir l’Euro 2016 à la France et à son ami Nicolas Sarkozy. Car selon une note de l’Élysée, c’est « Platoche » qui a, en 2010, « sécurisé » les sept votes de la victoire, alors même qu’il présidait l’organisation qui attribuait la compétition. Michel Platini a avoué, lors de sa garde à vue, qu’il n’aurait pas dû « s’immiscer dans ce vote ».
Contactés par Mediapart, Michel Platini, Nicolas Sarkozy, Tamim al-Thani et Sophie Dion n’ont pas répondu (voir notre Boîte noire). L’avocat de Claude Guéant nous a indiqué que son client « ne répond qu’à la justice, seule en charge des investigations dans cette affaire ».
Tout a commencé au début de l’année 2010. Un fan du ballon rond, et du PSG en particulier, siège à l’Élysée. « Nicolas Sarkozy est un grand amoureux du foot qui connaît les résultats de tous les matchs et de toutes les équipes depuis plus de 50 ans », a indiqué aux policiers sa conseillère sport de l’époque, Sophie Dion.
Sous la supervision du « cardinal » Claude Guéant, le tout-puissant bras droit du président, Sophie Dion s’active pour décrocher l’organisation de l’Euro 2016, qui sera attribué le 28 mai par un vote du comité exécutif de l’UEFA, la fédération européenne de football que préside Michel Platini.
Ça tombe bien : entre Platini et Sarkozy, les relations sont au beau fixe. « Ils se connaissent depuis toujours, ils peuvent tout simplement en parler ensemble », a confié Sophie Dion aux policiers. Michel Platini a précisé que leurs relations étaient « amicales et professionnelles » : « Je le connais depuis trente ans, c’est quelqu’un qui aime le football et donc il me suivait. Je n’ai pas forcément de relations importantes avec Monsieur Sarkozy, mais je le connais, mais je pense qu’il m’aime bien. »
Le 4 janvier 2010, le président de la fédération européenne de foot a rendez-vous à 17 h 30 à l’Élysée avec le président de la République. Au menu : réunion de travail sur la candidature de la France à l’Euro, et la demande de l’UEFA de ne payer aucun frais de sécurité.
Michel Platini n’avait normalement pas le droit de se prêter à une telle séance de coaching. Certes, il ne participera pas au vote, parce qu’il est français. Mais en tant que patron de l’organisation qui attribue l’Euro, il est tenu à un devoir de neutralité entre les différents candidats.
« Le président de I’UEFA ne devrait pas s’immiscer dans ce vote, mais étant français je l’ai fait. […] Je souhaitais que la France gagne », a-t-il avoué aux policiers.
Cette confession pourrait avoir de sérieuses conséquences pour Michel Platini. Il a déjà été banni pendant quatre ans (de 2015 à octobre 2019) de toute activité dans le football dans l’affaire du « paiement différé » de 1,8 million d’euros que lui a accordé la Fifa, au sujet duquel il est poursuivi pour « escroquerie » par la justice suisse .
À moins que les faits liés à l’Euro 2016 soient considérés comme prescrits, Michel Platini risque potentiellement de nouvelles poursuites disciplinaires à l’UEFA, mais aussi à la Fifa. Le code d’éthique de la Fifa, qui s’applique également aux actions menées au sein de confédérations comme l’UEFA, stipule que les dirigeants doivent « éviter toute situation qui pourraient mener à des conflits d’intérêts ».
En ce début d’année 2010, Michel Platini est pourtant devenu un lobbyiste secret, mais très efficace, de l’équipe de candidature. Il est le patron des treize votants. Et il sait mieux que personne que c’est la politique qui compte : « Les gens ne regardent jamais les dossiers techniques, ils font en fonction de leur feeling, de leur ressentiment vis-à-vis du pays concerné », a-t-il confié lors de sa garde à vue.
Michel Platini s’est employé à travailler au corps les membres du comité exécutif, « sauf ceux qui allaient contre les Français : Turcs, Italiens, Norvégiens… ». « Je leur ai fait comprendre que cela m’aurait fait plaisir qu’ils votent pour la France. […] Cela s’est fait quand je les voyais, discrètement, en tête-à-tête. »
« Je n’avais pas le pouvoir de leur imposer de voter pour la France. Il n’y avait pas de contrepartie », a-t-il toutefois nuancé, assurant que les membres du comité de candidature n’avaient « pas besoin de [lui] » pour faire du lobbying.
En ce début d’année 2010, le stress de la bataille pour l’Euro est loin d’être le seul souci sportif de Nicolas Sarkozy. « Ma vie a été de donner des coups de pouce. Pendant quarante ans, on m’a demandé des coups de pouce », a récemment expliqué l’ancien président lors de son procès pour corruption dans l’affaire Bismuth.
Nicolas Sarkozy a entrepris d’aider deux amis. Le premier, l’émir du Qatar, l’a appelé à l’aide pour décrocher la Coupe du monde 2022, qui sera attribuée par la Fifa le 2 décembre. « Les autorités qataries […] ont fait part, plus vraisemblablement au niveau du Président qu’au mien, de leur ambition d’organiser la coupe du monde. […] Il est à mes yeux certain qu’à un moment l’émir du Qatar a fait part de son souhait », a indiqué Claude Guéant aux policiers.
Claude Guéant, alors secrétaire général de la présidence de la République et bras droit de Nicolas Sarkozy, en 2012 à l’Élysée. © Lionel Bonaventure / AFP
Le président ne peut pas refuser grand-chose à l’émir Ahmad al-Thani, avec qui il vit une lune de miel politico-diplomatique. Le richissime émirat gazier multiplie à l’époque les investissements en France, grâce à une exonération fiscale sur mesure décidée par Nicolas Sarkozy.
À en croire Claude Guéant, ces intérêts financiers n’ont joué aucun rôle dans la décision du président. S’il a « soutenu la candidature du Qatar », c’est pour des raisons « géopolitiques », afin d’offrir un premier Mondial au Moyen-Orient. « Le Président, je le rappelle, en application de la constitution, définit la politique étrangère de notre pays. […] Il était tout simplement dans son rôle. »
Sauf que Nicolas Sarkozy a aussi entrepris de soutenir des intérêts privés : ceux de son ami Sébastien Bazin, l’actuel PDG d’Accor. En ce début d’année 2010, il était le patron pour l’Europe du fonds américain Colony Capital, propriétaire du PSG, alors financièrement au bord du gouffre. Vu le déficit chronique du club, dans lequel Colony a englouti des dizaines de millions d’euros, Sébastien Bazin veut absolument s’en débarrasser en le vendant au Qatar.
Claude Guéant a rappelé aux policiers que les deux hommes sont « liés de longue date ». Leur amitié date de 1993. La fille de Sébastien Bazin était l’une des élèves prises en otage dans une école maternelle de Neuilly par un homme qui se faisait appeler « Human Bomb ». Alors maire de la ville, Nicolas Sarkozy était entré dans la classe pour négocier leur libération avec le forcené.
« Nicolas Sarkozy est un grand amateur de football et un supporter inconditionnel du PSG, j’imagine qu’il a eu l’occasion à cette époque d’avoir des conversations avec Sébastien Bazin sur les difficultés du club et sur les possibles reprises de ce club », a précisé Claude Guéant.
Mais l’ancien secrétaire général de l’Élysée n’y voit, là encore, aucune malice : si jamais le président avait facilité la vente du club au Qatar (« je parle au conditionnel »), il aurait été « dans son rôle de défense des intérêts de son pays », et de ses « entreprises en difficulté ».
Le président Nicolas Sarkozy avec Tamim al-Thani, alors prince héritier du Qatar (et actuel émir) à la sortie de leur déjeuner à l’Élysée, le 3 février 2010. © Eric Feferberg /AFP
En tout cas, Nicolas Sarkozy mouille le maillot. Le 3 février 2010, il décore de la Légion d’honneur Tamim al-Thani, prince héritier du Qatar (et actuel émir), lors d’une réception en grande pompe à l’Élysée. Âgé à l’époque de 30 ans, le prince Tamim est alors président du Comité olympique qatari, membre du Comité international olympique (CIO), et pilote la politique agressive de l’émirat visant à obtenir les plus grands événements sportifs mondiaux (lire notre enquête ici).
Les deux hommes « ont évoqué le sujet du PSG » lors de ce déjeuner, a confirmé à l’époque à Libération le porte-parole de Nicolas Sarkozy.
Ils ont aussi, selon toute vraisemblance, parlé du Mondial 2022. Car dans la foulée, Claude Guéant demande à Sophie Dion de contacter deux personnages clés pour sonder leurs intentions sur la candidature qatarie : le président de la Fifa, Sepp Blatter, et son vice-président Michel Platini.
Dans une note du 10 mars 2010, Sophie Dion écrit au secrétaire général de l’Élysée qu’elle a pu leur parler. Les résultats sont mitigés : Blatter s’est montré ouvert à un Mondial qatari, mais Platini est réticent.
« Michel Platini s’est montré satisfait des interventions faites »
Face aux policiers, Claude Guéant, Michel Platini et Sophie Dion ont dit ne pas se souvenir de cet épisode. « C’était une demande de Claude Guéant. Je n’ai rien d’autre à vous dire », a lancé l’ex-conseillère sport de Nicolas Sarkozy. Sepp Blatter ne se souvient pas lui avoir parlé, a-t-il répondu à Mediapart.
Sophie Dion suggère de faire une pause : « Le plus raisonnable ne serait-il pas d’attendre la décision de I’UEFA sur l’organisation en France de l’Euro 2016, qui sera prise le 28 mai 2010 à Genève, écrit-elle dans sa note à Claude Guéant. Nous pourrions alors évoquer, plus directement encore, la question de l’organisation de la coupe du monde 2022 par le Qatar. Michel Platini, en particulier, souhaiterait pouvoir s’en entretenir avec le président de la République. »
Le secrétaire général de l’Élysée approuve. Il trouve tout le même le temps, le 7 avril 2010, de recevoir Sébastien Bazin et le numéro 2 de Colony Capital. Mais le propriétaire du PSG et l’émir devront patienter. Pas question d’embêter Michel Platini avec le Qatar dans la dernière ligne droite de la course à l’Euro. D’autant que le mythe du foot français se révèle être une carte maîtresse pour la petite équipe de l’Élysée.
Ancienne conseillère sport du président Sarkozy à l’Élysée jusqu’en 2012, la juriste Sophie Dion a été ensuite députée de Haute-Savoie et vice-présidente du groupe d’amitié France-Qatar à l’Assemblée. Elle est aujourd’hui avocate au cabinet Fidal, maître de conférences à l’université Paris I et arbitre au Tribunal arbitral du sport (TAS). © Facebook de Sophie Dion
Le 13 avril, Sophie Dion rédige une note à l’attention du président Sarkozy, pour le préparer à sa réunion du lendemain avec le comité d’évaluation de l’UEFA, au siège de la fédération européenne à Nyon, en Suisse. « La question d’un lobbying plus actif et plus direct auprès des membres votants de l’UEFA pourrait être évoquée […] avec Michel Platini » juste après la réunion, suggère-t-elle.
Face aux policiers, elle a assuré que le président de l’UEFA a seulement fourni à Nicolas Sarkozy des « anecdotes footballistiques » personnalisées que Nicolas Sarkozy devait raconter aux votants pour les séduire.
Selon les notes de la conseillère sportive de l’Élysée, le soutien de Michel Platini n’était pas totalement gratuit. « Il m’a demandé quelques interventions que j’ai naturellement faites », écrit-elle le 29 avril 2010 à Claude Guéant.
« Il a fallu ouvrir un aéroport un soir pour que son avion puisse atterrir alors que l’aéroport était fermé », a raconté Sophie Dion aux enquêteurs. Michel Platini l’a aussi sollicitée au sujet du Grand Palais à Paris, où l’UEFA allait organiser son congrès, parce qu’il trouvait « que le prix de location de la salle était excessif ». L’Élysée est intervenu auprès de l’établissement public qui gère le Grand Palais, avec l’accord de Claude Guéant, afin d’obtenir un rabais.
Michel Platini souhaite également pouvoir parler au patron d’Orange, Stéphane Richard, pour tenter de le convaincre d’acheter les droits télé des compétitions de l’UEFA. Dans une note, Sophie Dion précise que Claude Guéant s’est exécuté, et a appelé Stéphane Richard pour qu’il s’entretienne avec Michel Platini.
Une fois encore, les protagonistes ont indiqué lors de leurs auditions qu’ils ne se souviennent de rien. Sophie Dion vous a-t-elle aidé « à l’insu de votre plein gré », demandent les policiers à Michel Platini. « Oui », a-t-il répondu.
Selon Sophie Dion, il s’agissait seulement de « petites interventions », ordinaires à l’Élysée : « Je les faisais pour tous les présidents de fédérations ou aussi pour le président du comité olympique français. »
Ces coups de pouce se sont en tout cas révélés efficaces. « Michel Platini s’est montré satisfait des interventions faites et, en particulier, de la conversation qu’il a pu avoir avec Stéphane Richard », écrit Sophie Dion à Claude Guéant le 20 mai 2010.
Le 25 mai 2010, trois jours avant le vote, elle écrit au président Sarkozy une nouvelle note intitulée « Euro 2016 point d’étape J-3 ». La conseillère sport raconte que trois jours plus tôt, lors de la finale de la Ligue des champions à Madrid, « Michel Platini a pu rencontrer de nouveau deux membres votants, le Hollandais et le Danois, ce qui renforcerait nos chances de succès. Il m’a demandé de vous en informer. »
« Le Hollandais et le Danois avaient déjà l’intention de voter pour la France, me semble-t-il. […] Je ne vois pas pourquoi j’aurais demandé à Sophie Dion d’en informer le président », a protesté Michel Platini lors de sa garde à vue.
Le 27 mai, la veille du scrutin, Sophie Dion envoie au président Sarkozy une note dont l’objet est « Modalité et intentions de vote ». Le document précise que les intentions de vote des treize membres du comité exécutif de l’UEFA ont été données par Michel Platini et les membres de la délégation française.
Face aux policiers, Michel Platini a indiqué qu’il y avait des erreurs dans le document : « Je ne peux pas savoir si ce sont les bonnes intentions de vote, ce que j’ai pu dire c’est que la France allait certainement gagner. »
Nicolas Sarkozy et Michel Platini après le vote de l’UEFA ayant attribué l’Euro 2016 à la France, le 28 mai 2010 à Genève. © Philippe Desmazes / AFP
L’estimation montre que le scrutin s’annonce très serré entre les deux favoris, la France et la Turquie. Michel Platini a alors insisté pour que Nicolas Sarkozy se rende personnellement à Genève le jour du vote. Le président hésite (il ne voulait pas être sur place en cas de défaite), mais finit par se laisser convaincre. Il n’aura pas à le regretter.
Le 28 mai, juste avant le vote, Michel Platini a personnellement présenté Nicolas Sarkozy aux membres de son comité exécutif. Le président turc Abdullah Gül, venu lui aussi appuyer son pays, n’y a pas eu droit.
Quelques heures plus tard, la France l’emporte d’un cheveu, à sept voix contre six.
Dès le résultat connu, le vice-président turc de l’UEFA, Senes Erzik, dénonce la faveur accordée à Nicolas Sarkozy par Michel Platini, qui aurait dû traiter de la même manière « tous les présidents présents ». Le président de l’UEFA assure devant les journalistes qu’il est resté neutre, et que c’est « la présence de Nicolas Sarkozy [qui] a fait pencher la balance ».
Selon une note de Sophie Dion, rédigée peu après le scrutin, c’est au contraire le lobbying secret du président de l’UEFA qui a été décisif. « Michel Platini m’avait toujours indiqué avoir sécurisé 7 voix », écrit-elle. Pile le nombre de votants qui ont permis à la France de l’emporter.
« S’il est indiqué que j’ai sécurisé ces voix, c’est que les personnes qui m’ont dit qu’ils allaient voler pour la France étaient dignes de confiance », a commenté Michel Platini face aux enquêteurs. « Mais au final, nous ne savions pas pour qui ils allaient voter. Je ne peux, de toute façon, confirmer le vote des membres du comité exécutif de l’UEFA », a-t-il ajouté.
L’ancien président de l’UEFA affirme avoir oublié les noms des votants ainsi « sécurisés ». À une exception près. Il se souvient d’un accord « donnant-donnant » passé par le président de la fédération française de foot avec son homologue allemand, à la suite du soutien que lui aurait apporté la France lors de l’attribution de la coupe du monde féminine en Allemagne.
En ce début juin 2010, la victoire est totale pour Nicolas Sarkozy. Le président et son équipe ont pu constater de visu l’influence de Michel Platini, d’autant plus précieuse que six membres du comité exécutif de l’UEFA siègent aussi à celui de la Fifa, et participeront donc au scrutin d’attribution de la coupe du monde.
Le commando sportif de l’Élysée doit désormais convaincre Michel Platini de surmonter ses « réticences » envers le Qatar. Il ne reste plus que six mois avant le vote de la Fifa le 2 décembre. Maintenant que l’Euro est acquis, l’opération Qatar 2022 peut commencer.
Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.
Offrir l’article
Mondial 2022 au Qatar: Platini est sorti de garde à vue
Par Fabrice Arfi, Yann Philippin, Antton Rouget
Michel Platini et le Mondial 2022 au Qatar: le parquet ouvre une information judiciaire
Par Yann Philippin, Antton Rouget
Mondial 2022 au Qatar: les intérêts personnels de Sarkozy au cœur de l’enquête
Par Yann Philippin, Antton Rouget
Voir les 18 commentaires
Nous avons envoyé des questions détaillées par écrit aux protagonistes de l’affaire.
Contacté via son attaché de presse Jean-Christophe Alquier et ses avocats, MMe Henri Leclerc et Frédérique Baulieu, Michel Platini n’a pas répondu.
Contacté via son attachée de presse Véronique Waché, Nicolas Sarkozy n’a pas répondu.
Contacté via le service de presse du gouvernement du Qatar, l’émir Tamim al-Thani n’a pas répondu.
Contactée via son avocat, par courriel et WhatsApp, Sophie Dion n’a pas répondu.
Nous avons reproduit la réponse que Sepp Blatter nous avait faite lors d’une précédente enquête.
Sébastien Bazin, PDG d’Accor, qui présidait Colony Europe en 2010, nous a envoyé une courte réponse écrite qui ne répond pas à nos questions sur les faits. Il a refusé de répondre au sujet de l’aide que lui a apportée Nicolas Sarkozy pour vendre le PSG au Qatar.