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M. Warnock prononce un discours.
Le candidat démocrate au Sénat de la Georgie Raphael Warnock a prononcé un dernier discours le 5 janvier 2021.Photo : Reuters / ELIJAH NOUVELAGE

Sophie-Hélène Lebeuf

Au petit matin, mercredi, plusieurs médias américains ont projeté la victoire du démocrate Raphael Warnock, tandis que l’autre démocrate, Jon Ossoff, détenait une très légère avance dans sa course. L’issue de ce deuxième tour des deux élections sénatoriales de l’État déterminera quel parti contrôle le Sénat.

Vers 2 h HNE, des médias comme CNN, Associated Press et NBC News ont déclaré gagnant le pasteur Raphael Warnock, qui signe un gain historique dans un bastion républicain.

Il deviendra le premier Afro-Américain à représenter au Sénat la Georgie, un État au long passé ségrégationniste.

Avec 97 % des voix dépouillées, il est en tête avec 50,5 % des votes, devant la républicaine Kelly Loeffler, qui recueille 49,5 % des votes.

Les électeurs ont donc montré la porte à la femme d’affaires, que le gouverneur Brian Kemp avait nommée de façon intérimaire après la démission du sénateur républicain élu en 2016, espérant qu’elle séduirait l’électorat de banlieue.

Dans la course pour l’autre siège, Jon Ossoff devance son rival républicain David Perdue, avec 50,1 % des voix contre 49,9 %.

En fin de soirée, le site d’analyse Cook Political Report avait pour sa part déjà projeté la victoire des deux démocrates, mais les médias continuent américains de se montrer prudents.

Se montrant confiant, Raphael Warnock a brièvement pris la parole peu avant minuit trente, affirmant qu’il s’en [allait] au Sénat pour travailler pour tous les citoyens de la Georgie.

À tous ceux qui luttent aujourd’hui pour survivre, que vous ayez voté pour moi ou non, sachez ceci : je vous entends, je vous vois et chaque jour où je serai au Sénat des États-Unis, je me battrai pour vous.Raphael Warnock, candidat démocrate en Georgie

Évoquant ses origines, il a rappelé le chemin parcouru, disant espérer que son histoire inspire les plus jeunes.

L’autre jour, parce qu’on est en Amérique, [une femme] de 82 ans [dont] les mains ont déjà récolté le coton pour quelqu’un d’autre est allée au bureau de vote pour élire son plus jeune fils comme sénateur des États-Unis, a-t-il illustré.

Parlant d’une lutte serrée, son adversaire a pour sa part assuré qu’elle allait gagner l’élection.

Chaque vote légal sera compté, a lancé la sénatrice sortante, faisant écho au cri de ralliement lié aux théories conspirationnistes de fraude électorale liée à la présidentielle.

Le responsable de la mise en œuvre des systèmes de vote, le républicain Gabriel Sterling, a précisé en fin de soirée que la majeure partie des quelque 28 000 votes restant à dépouiller se trouvaient dans des comtés favorables aux démocrates.

Le secrétaire d’État de la Georgie, le républicain Brad Raffensperger, a par ailleurs spécifié que 17 000 voix d’outremer et de militaires ne seraient pas comptées avant vendredi, 17 h.

Aucun démocrate n’a remporté une élection sénatoriale en Georgie depuis 20 ans. Joe Biden était pour sa part le premier démocrate à remporter une élection présidentielle dans cet État depuis Bill Clinton, en 1992.

On croyait que l’annonce des gagnants pourrait tarder en raison des retards causés par le dépouillement des votes postaux arrivés plus tardivement.

En novembre, les résultats pour la présidentielle dans cet État, qui avait été remporté par le démocrate Joe Biden, avaient été annoncés 10 jours après le scrutin.

Deux scrutins cruciaux

Les républicains, qui cumulent 50 sièges depuis les élections de novembre, n’ont besoin que d’un seul des deux sièges en jeu pour conserver leur majorité au Sénat.

Les démocrates, qui ont fait élire 46 sénateurs, auxquels s’ajoutent deux indépendants prodémocrates, doivent impérativement gagner les deux sièges pour obtenir le contrôle de la chambre haute.

Dans l’éventualité où les deux camps comptent autant d’élus l’un que l’autre, c’est le vice-président, en sa qualité de président du Sénat, qui brise l’égalité lors des votes – dans ce cas-ci la démocrate Kamala Harris.

Lundi, Donald Trump et Joe Biden ont chacun participé à un événement de campagne avec les candidats de leur parti, martelant tous deux l’importance de ces deux élections.

Le président sortant a appelé ses partisans à sauver l’Amérique tandis que celui qui est appelé à lui succéder a affirmé que l’État pouvait changer la trajectoire non seulement pour les quatre années à venir, mais pour la prochaine génération.

Donald Trump a cependant insisté fortement sur la présidentielle de novembre, répétant à plusieurs reprises qu’il l’avait remportée, même si c’est son rival démocrate qui est dans les faits sorti victorieux du duel.

La Georgie, un des États clés pour la présidentielle de novembre, s’est retrouvée au centre des allégations de fraudes massives brandies sans preuve par le président Trump. Le gouverneur Brian Kemp, pourtant un allié du président, ainsi que le secrétaire d’État de la Georgie, Brad Raffensperger, lui aussi républicain, ont été la cible constante de ses attaques après avoir refusé de le déclarer gagnant.

La participation, la clé

Les électeurs devaient d’une part choisir entre le sénateur républicain sortant David Perdue, 71 ans, et le démocrate Jon Ossoff, 33 ans. L’autre course, une élection spéciale dans laquelle s’affrontaient initialement une vingtaine de candidats, oppose la sénatrice républicaine sortante Kelly Loeffler, 50 ans, au pasteur Raphael Warnock, un démocrate de 51 ans.

La participation des électeurs de la Georgie, un État traditionnellement républicain qui a cependant voté pour Joe Biden, était considérée comme la clé des deux scrutins. Les observateurs avançaient qu’un taux de participation élevé dans la journée favoriserait les républicains, plus enclins à voter en personne.

Selon les chiffres disponibles en matinée, près de 3,1 millions d’électeurs avaient voté par anticipation ou par la poste, selon The Atlanta Journal-Constitution (AJC). Il s’agissait déjà d’un taux de participation record pour un deuxième tour en Georgie.

En fin de soirée, Brad Raffensperger a parlé d’une participation extraordinaire, estimant qu’elle pourrait avoir atteint 4,6 millions de voix.

En novembre, quelque 5 millions de Georgiens avaient voté, mais la participation au deuxième tour d’une élection sénatoriale est habituellement beaucoup moins importante.

En privé, des conseillers de Joe Biden se montraient sceptiques sur les chances des deux candidats démocrates, rapporte le site Politico.

Traditionnellement, les républicains de la Georgie sont plus nombreux que les démocrates à voter au deuxième tour, mais le contexte politique comportait des inconnues.

Certains stratèges républicains craignaient que les accusations lancées par le président sortant depuis sa défaite, qui a multiplié les attaques sur l’intégrité du système électoral, particulièrement à l’égard de la Georgie, ne démobilisent une partie de la base électorale républicaine dans ces deux scrutins qui pourraient se remporter à l’arraché.

Le soir du 3 novembre, c’est le président Trump qui menait dans cet État clé, mais Joe Biden avait fini par prendre l’avance après le dépouillement des votes postaux.

Des règles spécifiques à la Georgie

En raison des règles électorales particulières de la Georgie, un candidat à une élection sénatoriale doit franchir le seuil de 50 % des voix pour être déclaré gagnant, faute de quoi les deux candidats qui ont fini en tête, quel que soit leur parti, doivent s’affronter pour un deuxième tour.

Aucun des candidats en lice dans les deux luttes n’a réussi, même si David Perdue a raté de peu l’objectif. Il avait remporté 49,7 % des voix, devançant Jon Ossoff qui avait récolté 47,9 % des suffrages.

Dans l’autre course, Raphael Warnock avait obtenu 32,9 % des voix, devant Kelly Loeffler et ses 25,9 % d’appuis.

Radio Canada