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condinement, contrôles aux frontières, couvre-feu, COVID-19, test PCR
En France, le renforcement du couvre-feu et e verrouillage accru des frontières relance la question des contrôles. Les frontaliers sont exemptés, mais peut-on imposer un test PCR pour le trafic routier et ferroviaire entre la France et ses voisins?
Richard Werly
L’effet de surprise a fonctionné. En convoquant sans l’avoir préalablement annoncé un conseil de défense sanitaire en soirée, vendredi 29 janvier, Emmanuel Macron a réussi à couper court aux rumeurs qui empoisonnaient, depuis le début de la semaine, le débat politico-sanitaire français. Le président, pressé par les experts scientifiques de confiner de nouveau strictement le pays, a choisi l’option de la résilience, malgré la progression des cas de contamination (22 858 nouveaux cas vendredi, pour un total de 27 000 personnes hospitalisées et de plus de 3 000 patients en réanimation). Avec cette question cruciale: comment contrôler les flux de population si les magasins restent ouverts (à l’exception des grands centres commerciaux, qui fermeront à partir de dimanche 31 janvier)? Et comment mettre en oeuvre l’exigence de tests PCR négatifs à l’arrivée aux frontières françaises, hors aéroports et zones portuaires?
Un couvre-feu «renforcé» en France, cela veut dire quoi ?
L’expression est plus floue qu’elle n’y parait. Le couvre feu de 18 heures à 6 heures du matin est en vigueur sur tout le territoire français depuis samedi 16 janvier. Il était auparavant différencié selon les départements, en fonction du taux d’incidence du coronavirus. Cette mesure, tout le monde peut le constater, a plutôt fonctionné du côté des commerçants et des piétons, sachant que les restaurants et cafés sont fermés depuis la fin octobre. Les grandes villes françaises, à commencer par Paris, sont depuis lors très vides à partir du début de soirée. Difficile, en revanche, d’avoir ce même sentiment d’efficacité lorsque l’on regarde les axes routiers et l’afflux d’automobilistes autour des métropoles à des heures encore tardives, même si les passagers, isolés dans leurs véhicules, ne sont pas en contact.
Un couvre-feu «renforcé» signifie donc en théorie davantage de contrôles avec amendes de 135 euros à la clef. La mesure la plus significative, en ces semaines de vacances scolaires du 6 février au début mars (selon les académies), est en revanche la fermeture des centres commerciaux non alimentaires de plus de 20 000 mètres carrés à partir de dimanche soir. Et ce, en pleine période des soldes d’hiver! 396 hypermarchés sont concernés à travers la France. Il s’agit évidemment d’éviter la foule, mais aussi d’aider les commerces des centres-villes de plus en plus désertés. Eux resteront ouverts. Attention enfin: le renforcement du couvre-feu reste une mesure provisoire. «La question d’un confinement se pose légitimement, mais nous en connaissons l’impact très lourd pour les Français, a expliqué le premier ministre Jean Castex à l’issue du conseil de défense sanitaire convoqué par surprise. Nous pouvons encore nous donner une chance de l’éviter. Notre devoir est de tout mettre en œuvre pour éviter un prochain confinement». Abonnez-vous à cette newsletter J’accepte de recevoir les offres promotionnelles et rabais spéciaux.
Pour les déplacements entre la France et ses voisins, dont la Suisse, la question est cruciale. Or la réponse dont nous disposons, après vérification auprès du ministère français de la santé, demeure floue. A cette heure, la consigne est claire: seuls les frontaliers seront exemptés de tests, comme l’a indiqué Jean Castex selon lequel «toute entrée en France à partir d’un pays de l’UE sera conditionnée, à compter de dimanche 0h00 à la réalisation d’un test PCR au plus tard 72 heures avant le départ, à l’exception des travailleurs transfrontaliers». Cela suppose donc que des contrôles soient mis en place sur les axes routiers pour tous les autres véhicules, et à l’entrée ou à la sortie des trains en provenance d’autres pays de l’Union européenne ou de l’espace Schengen. Une mesure jusque-là évitée, en raison des difficultés logistiques, au moment où les forces de l’ordre devront davantage quadriller le territoire pour s’assurer que le couvre-feu est respecté.
A ce stade, l’annonce de Jean Castex devrait entraîner une réduction des dessertes sur les réseaux Thalys (entre la France, la Belgique, les Pays bas et l’Allemagne – une majorité des trains a déjà été annulée), Lyria (France-Suisse) ou pour les trains à destination du Luxembourg, de l’Espagne et de l’Italie. Mais attention: «Des mesures plus strictes peuvent intervenir à tout moment», prévient-on au ministère de la Santé, où l’on s’appuie sur le dernier décret publié au journal officiel. Il ne faut pas oublier non plus l’effet de l’annonce gouvernementale sur l’opinion: son but est de décourager les voyages. Surtout ceux hors de l’UE: »Toute entrée en France et toute sortie de notre territoire à destination ou en provenance d’un pays extérieur à l’Union européenne sera interdite, sauf motif impérieux», a asséné Jean Castex. L’exigence des tests PCR négatifs est en revanche déjà appliquée dans les aéroports, en général à la descente de l’avion. La frontière belge est par ailleurs fermée aux «touristes», dans les deux sens, pour l’heure jusqu’au 1er mars.
Point important: même si le test PCR négatif n’est pas exigé sur la route ou dans les gares en provenance de l’étranger, tous les voyageurs entrant en France sont normalement tenus de s’engager sur l’honneur à se placer à l’isolement pendant sept jours. Ce qui suppose de déclarer son lieu d’hébergement. Mais là aussi, comment? Et auprès de qui? Si aucune explication concrète et précise n’est formulée d’ici dimanche 0h00, les passagers ayant un «besoin impérieux» de voyager par le train – sur les fréquences disponibles, raréfiées – ou la route d’un pays voisin vers la France, ou vice versa, pourront continuer de le faire sans (trop) d’encombres.