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Les femmes politiques sont de plus en plus nombreuses à revendiquer le caractère « biologique » de leur ascension. La génération « femmes-quotas » ne se cache plus. Trahison de l’héritage républicain ou adaptation concrète à une théorie défaillante ? C’est le débat de ce dimanche.

Génération « femmes-quotas » : les errances du progressisme macronien ?

« Ma génération de femmes-quotas prouvera par ses qualités professionnelles que les femmes ont naturellement leur place aux postes de responsabilité ». C’est ce qu’a déclaré mercredi avec une assurance confondante la ministre déléguée chargée de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Dans le domaine rhétorique, cela ressemble à une sorte d’inversion de la charge de la preuve, ou en logique, d’inversion de causalité. En effet, le propos de la ministre LREM est presque auto-contradictoire. Elle nous explique en substance que la génération des femmes sélectionnées pour leur sexe et non pour leurs qualités professionnelles prouvera qu’elles ont naturellement les qualités sur la base desquelles on ne les a pas sélectionnées !

Sur le plan factuel, la ministre a raison de considérer qu’elle fait partie d’une « génération de femmes-quotas ». Agnès Pannier-Runacher revendique largement cet état de fait, considérant que « c’est la manière la plus efficace de faire émerger le changement ». Certes ! Et la ministre d’ajouter : « En tant que femme politique et ministre, j’assume de dire que je suis une femme-quota. Si on n’avait pas cherché la parité au sein du gouvernement, je n’aurais pas été nommée, soyons clairs. » L’argument est un peu toujours le même : il faut passer par les quotas pour ne plus avoir besoin de quotas, mais n’y a-t-il pas là encore une contradiction ?

Ces déclarations d’Agnès Pannier-Runacher s’inscrivent dans le cadre des dix ans de la loi Copé-Zimmermann (adoptée le 27 janvier 2011) qui vise à imposer la parité (ndlr : la proportion des administrateurs de chaque sexe ne peut être inférieure à 40%) dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises. Une date anniversaire sur laquelle le gouvernement macroniste a rebondi cette semaine pour étendre les mesures et aller plus avant dans la promotion de la parité.

Il est vrai que le triomphe réel d’une idéologie se mesure à sa part de pénétration dans l’inconscient collectif, c’est-à-dire lorsqu’elle « va de soi ». Et il faut croire, à écouter Agnès Pannier-Runacher, que les quotas vont désormais d’eux-mêmes pour une grande partie de la classe politique. Faut-il rappeler que le principe de la discrimination positive n’est pas républicain puisqu’il contrevient au principe de la méritocratie ?

Dans La République expliquée à ma fille, le philosophe Régis Debray décrit ainsi la position républicaine stricte : « Je trouverais vraiment navrante, et quasiment animale, une société où les choix civiques devraient décalquer les partages biologiques, où les femmes seraient convaincues de voter pour les femmes, les blacks pour les blacks, et où l’on finirait par demander aux gros de représenter les gros à l’Assemblée nationale. En république, le tir croisé est de mise. La nature n’est pas notre code. Il y a des régimes qui enfoncent les êtres humains dans leurs différences naturelles. Le nôtre exalte tout ce par quoi ils peuvent se ressembler, la conscience et la volonté. »

Il serait par ailleurs assez facile de prendre l’idéologie macroniste à son propre jeu, en doublant le « progressisme » sur sa gauche. Des quotas de femmes ? Mais suffit-il d’être biologiquement femme pour être une femme ? Et les femmes de « genre » masculin ou « gender-fluid » ? Où sont les quotas de transgenre ? Pourquoi rester dans une binarité qui recoupe les sexes biologiques et nie l’identité de genre ? Ces questions, qui auraient pu passer pour de la provocation facile il y a quelques années, n’ont plus rien de démagogique. Il s’agit de la suite d’une idéologie qui doit mécaniquement aller au bout de sa propre logique. Et il paraît que c’est à ses pommes que l’on juge le pommier.

La parité homme/femme n’est-elle pas plus que jamais le totem de ceux qui n’ont pas envie d’entendre parler de parité riche/pauvre ? Et il n’y a pas besoin d’être marxiste pour faire cette réflexion de bon sens : le macronisme est une vision du monde, qu’il soit représenté par des hommes ou par des femmes ne change pas grand-chose à son application concrète. Toutefois, la tradition républicaine n’a-t-elle pas aussi son angle mort, notamment dans la différence entre « égalité formelle » et « égalité réelle » ?

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