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L’Autorité de sûreté nucléaire vient d’acter la prolongation d’activité des plus vieux réacteurs de dix ans. Le nucléaire fait toujours plus polémique, attaqué par certains écologistes, ce que ne supportent plus le biochimiste Bernard Durand, co-auteur de l’ouvrage La trahison des clercs. L’éolien et le solaire photovoltaïque en Europe.

Dans votre livre, une grande partie de l’analyse est consacrée à l’éolien et à la puissance de cette industrie. Qui sont ces promoteurs éoliens et comment explique-t-on qu’ils soient aussi influents dans le débat public ? A quel point l’Ademe est-elle anti-nucléaire ?
Bernard Durand : A la racine du mal se trouve la décision des dirigeants européens. Sous la pression des mouvements « écologistes », très puissants en Allemagne, pays qui contrôle étroitement la Commission, et le Parlement européen. En particulier depuis le départ du Royaume-Uni, ils ont favorisé le développement de l’éolien, et du solaire photovoltaïque en leur accordant un régime dérogatoire de la « concurrence libre et non faussée », qui était jusqu’à présent leur philosophie assumée et qui reste imposée aux formes d’énergies concurrentes.
FP : Comment l’UE a-t-elle favorisé l’éolien et le solaire photovoltaïque ?
BD : Grâce à la loi, ils ont bénéficié de privilèges exorbitants : des subventions financées par des taxes, en particulier sur la consommation d’électricité ou, en France, des taxes sur les carburants pour rendre moins visibles les conséquences de ces subventions sur le prix de l’électricité pour les ménages. Elle s’est traduite par des augmentations de l’ordre de 100 % en Allemagne depuis 2000, et déjà 50 % en France depuis 2009. Autre privilège, l’obligation d’achat de l’électricité produite, en France par Electricité de France (EDF), imposant que toute la production éolienne et solaire PV soit écoulée avant de pouvoir vendre celle produite par d’autres sources, principalement nucléaires en France. Enfin, des tarifs d’achat aux producteurs fixés par contrat pour des durées de 15 à 20 ans.
FP : Concrètement, quels effets ont eu ces décisions ?
BD : Ces privilèges ont conduit à une augmentation très rapide des prix de l’électricité pour les ménages, très dommageables à ceux déjà en état de précarité énergétique. Mais également à une insécurité croissante de la production d’électricité, en France comme partout en Europe. Cette dernière qui a aussi imposé à échéance des quotas d’énergies renouvelables dans les mix énergétiques européens, éolien et solaire photovoltaïque, au prétexte fallacieux de lutter contre le changement climatique.
FP : Quel est le problème posé ?
BD : L’UE a décrété quels étaient les moyens à utiliser pour lutter contre le changement climatique. Il aurait dû imposer des objectifs de diminution des émissions de CO2, en laissant aux Etats la liberté des moyens pour y parvenir.
FP : Vous pointez du doigt le capitalisme de vert. En quoi consiste-il ?
BD : Le développement de l’éolien et du solaire a bénéficié de généreux retours sur investissements et une grande sécurité, puisqu’ils sont garantis par des contrats de longue durée et financés par des taxes prélevées sur des produits de première nécessité. Bien entendu, tout le gratin de la finance internationale s’est rué sur cet eldorado, avec toutes les techniques de manipulation boursière et de dissimulation des bénéfices qu’on lui connaît.
FP : Vous évoquez également le lobbying de ce capitalisme vert…Quelle est l’ampleur de cette influence ?
BD : Les énormes profits dégagés par ce capitalisme vert ont permis à cette finance internationale d’influencer les « décideurs » à tous les niveaux, parfois sous forme de corruption directe. Mais surtout, il agit sur eux et sur l’opinion via une manipulation médiatique permanente. Ce capitalisme vert cherche à nous faire croire que l’éolien et le solaire photovoltaïque sont « la solution » à nos problèmes énergétiques et climatiques, ce qui est faux. L’écologisme crée dans l’opinion une bien-pensance écologique pour annihiler toute volonté de réflexion. La sphère publique européenne est donc maintenant imprégnée de haut en bas, aussi bien philosophiquement que financièrement, par cette alliance entre l’écologisme et le capitalisme vert. Ironiquement, les mouvements politiques qui soutiennent le plus cette alliance sont des mouvements de gauche qui se disent soucieux du bien public. Certains sont violemment anticapitalistes, au moins oralement.
FP : Comment explique-t-on que l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) soit à ce point pro-énergies renouvelables ?
BD : Dans le domaine de l’énergie, il y avait bien d’autres acteurs institutionnels beaucoup plus importants, notamment pour le pétrole et le gaz (l’IFP et l’IFPEN), le nucléaire (le CEA) et l’hydraulique (EDF). L’ADEME a donc pris ce qui restait à prendre, à savoir l’éolien et le solaire photovoltaïque. Mais elle n’a pas été créée seulement dans un but d’acquisition et de mise à disposition de connaissances scientifiques et techniques, ce qui est le travail attendu d’une agence d’Etat. Elle l’a aussi été pour jouer un rôle politique au service de la mouvance écologique. Il suffit de regarder la liste de ses présidents, tous issus de cette mouvance. Elle ne pouvait donc échapper à l’anti-nucléarisme idéologique qui la caractérise.
FP : Comment se manifeste ce parti-pris ?
BD : Ce rôle politique est évident quand on voit ses publications sur le thème «100 % d’électricité renouvelables en 2050 c’est possible et çà nous coûtera moins cher que le nucléaire ». Il s’agit de faire un gros rapport dont seul des spécialistes peuvent comprendre le détail, et d’en diffuser un titre qui n’en reflète pas réellement le contenu. D’autant qu’à sa lecture, on constate qu’il dit en fait : « ce serait possible si tout un ensemble de conditions sont réunies, mais dont on a aucune garantie qu’elles pourront l’être un jour »
FP : Ce qui pose problème ?
BD : Oui, car la plus contraignante de ces conditions est l’impossibilité de pouvoir garantir que l’on saura un jour créer les énormes stockages d’électricité pouvant jouer le rôle des centrales pilotables, nucléaires ou à combustibles fossiles. Alors que ce sont celles-ci qui rendent possible actuellement l’utilisation de l’éolien et du solaire photovoltaïque. Ensuite, il y a aussi la faible densité énergétique de ces énergies, qui conduisent à l’occupation de surfaces considérables rendues ainsi inhabitables, comme on le voit déjà à l‘invasion de nos territoires ruraux par des machines géantes.
FP : Quel est alors le but de ces rapports ?
BD : Leur titre est destiné à être diffusé par les médias et brandi par nos ministres de l’environnement qui ne le liront même pas. Il s’agit donc d’un acte politique instrumentalisant des scientifiques, lesquels ont en réalité simplement exploré le champ des possibles, identifié les conditions à remplir et n’ont pas apporté pour autant leur caution. Ces rapports sont rédigés par des économistes, qui n’ont que des connaissances superficielles dans les domaines scientifiques impliqués et qui pensent que tout est possible si l’on dispose des capitaux nécessaires.
FP : L’ADEME est-elle la seule à procéder de la sorte ?
BD : Non, ce procédé vient d’être récemment utilisé par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) qui lui aussi a été, jusqu’il y a peu, présidé par un politique issu de la mouvance écologiste. Puis également par le Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED), qui en est très proche. Cette instrumentalisation croissante des scientifiques par la politique est un phénomène très inquiétant car les politiques ont de plus en plus rarement les compétences scientifiques adéquates pour comprendre de quoi il retourne.
FP : Quelles peuvent être les conséquences ?
BD : Cela peut conduire tout droit à ce qu’on appelle le « lyssenkisme ».Lyssenko était un médiocre agronome soviétique qui a réussi, en flattant Staline, à le persuader de l’excellence de ses méthodes pour augmenter considérablement les rendements de l’agriculture en Union soviétique. Il a donc réussi à vendre du rêve à un dictateur qui n’y connaissait rien. Cette proximité du pouvoir lui a permis de contraindre ses collègues par la ruse, la propagande, la mobilisation des foules, l’instrumentalisation de la justice et par la violence, à adopter ses méthodes. Le résultat final a été un désastre de l’agriculture soviétique.
FP : Comparaison est-elle raison ?
BD : Nous n’en sommes pas encore là mais les méthodes de l’écologisme, en particulier pour contraindre à ses vues les politiques énergétiques mais aussi agricoles en France et en Europe ressemblent déjà beaucoup à celles du lyssenkisme. Négation de faits scientifiquement avérés, recherche de la proximité du pouvoir, manipulation de l’opinion par la propagande médiatique, mobilisation des foules, instrumentalisation de la justice et même actions violentes sont utilisées.
FP : Y-a-t-il des adversaires de ce nouveau « lyssenkisme » ?
BD : Heureusement, ils existent. Ce sont des associations de scientifiques qui ne dépendent pas, ou plus, pour leur carrière, du pouvoir ou de leurs directions. Ils commencent à regagner le terrain perdu car leur parole est de plus en plus diffusée par les réseaux sociaux, mais aussi par les médias, pour l’instant encore « périphériques », comme Front Populaire.
FP : Dans votre ouvrage vous égratignez également le Royaume-Uni. Pourquoi donc ?
BD : Nous ne fustigeons pas vraiment le modèle anglais, qui a ses mérites, en particulier grâce au remplacement du charbon par du gaz, moins émetteur de CO2, pour la production d’électricité. Mais nous faisons observer que la situation du Royaume-Uni n’est en rien comparable à la nôtre. Le charbon alors très abondant y a été le moteur de la Révolution Industrielle dès le milieu du 18 siècle.
FP : Qu’est-ce qui l’a motivé à abandonner le charbon ?
BD : Après la première guerre mondiale, il s’est rapidement raréfié et est devenu de plus en plus difficile à extraire, au point qu’il n’existe plus guère d’exploitations aujourd’hui. Il a été remplacé grâce à la découverte de copieuses réserves de pétrole et de gaz en Mer du Nord, qui sont à leur tour en voie d’épuisement. Les dirigeants britanniques sortent actuellement d’une longue période d’insouciance, au cours de laquelle ils ont laissé péricliter leur industrie nucléaire, qui, de toutes façons ne représentait que 20 % de leur électricité.
FP : Où en sont-ils aujourd’hui ?
BD : Ils se sont enfin réveillés et fait ce qu’il y avait de plus rapide à faire pour produire suffisamment d’électricité dans ce contexte. D’abord via l’éolien terrestre, puis quand les riverains ont trop râlé, via l’éolien en mer, associés à des centrales à gaz. Ils ont aussi instauré une taxe carbone qui a favorisé le gaz au détriment du charbon importé. Enfin, ils importent une bonne part de leur consommation d’électricité d’autres pays, en premier lieu de France. Mais tout cela a coûté très cher, d’où l’augmentation rapide du prix de l’électricité pour les ménages. Ils viennent d’avoir la sagesse de relancer le nucléaire. Toutefois cette relance ne portera pas suffisamment de fruits avant 40 ans.
FP : La France, qui dispose d’un espace côtier important, ne pourrait-elle pas s’inspirer de ce que font nos voisins anglais et investir massivement dans l’éolien marin ?
BD : Les Français disposent déjà de l’outil nucléaire que les Anglais aimeraient tant avoir et n’ont nul besoin de cette débauche d’éolien, de solaire photovoltaïque et de gaz associé. L’éolien en mer, comme l’éolien à terre, n’a donc pas d’utilité en France. Il ne peut pas remplacer le nucléaire, dont toute la puissance doit être conservée pour faire face à l’incessante variabilité de la puissance qu’il fournit, ainsi qu’à l’absence de vent. L’éolien en mer n’a en réalité d’autre intérêt que de mettre la poussière sous le tapis, ce qui arrange les politiques qui craignent les réactions croissantes des riverains de l’éolien terrestre.
FP : L’éolien en mer n’est-il pas plus intéressant que le terrestre ? Moins polluant visuellement et disposant d’une profusion de vent pour l’alimenter ?
BD : Il est économiquement encore moins intéressant que l’éolien terrestre qui ne l’est toujours pas, malgré des progrès rapides. Par TWh d’électricité produite sur sa durée de vie, il est énormément plus coûteux en investissements, en quantités de matières premières (et donc en quantités de déchets de démantèlement) et en espace occupé, que le nucléaire. Mais il est moins capitalistique que celui-ci, car les réacteurs nucléaires actuels ont des puissances considérables qui nécessitent de très gros investissements de départ. L’éolien marin, lui, peut être mis en œuvre plus rapidement. Cela sera beaucoup moins le cas si se développent les réacteurs nucléaires appelés Small Modular Reactors (SMR), qui en sont déjà au stade du pilote industriel.
FP : Pourtant, les Français continuent d’investir dans ces technologies…
BD : Il est évident que le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque ne devrait plus être prioritaire dans notre pays. Ces électricités, certes peu émettrices, n’ont aucune action significative sur les émissions de CO2. Elles ne font que remplacer d’autres sources d’électricité encore moins émettrices, à savoir le nucléaire et l’hydroélectricité. Barbara Pompili est accusée pour inaction climatique par les écologistes dans « l’Affaire du siècle ». Ils lui reprochent notamment son « retard » dans le développement éolien en France. Il est savoureux de la voir se défendre en affirmant que ce dernier n’a pas de rapport avec les émissions de CO2.
FP : Faut-il continuer à investir en Recherche et Développement sur les ENR ?
Bernard Durand : Peut-être, mais ne mettons par la charrue avant les bœufs. Démontrons d’abord ces possibilités dans la pratique à petite échelle avant de les développer au forceps. Ce sera beaucoup plus sûr et beaucoup moins coûteux. En particulier, il faut renforcer les efforts pour améliorer les techniques de stockage-déstockage de l’électricité, qui sont leur talon d’Achille. Mais n’oublions surtout pas la faible densité énergétique de l’éolien et du solaire photovoltaïque. Elle impose l’occupation d’énormes surfaces pour produire les quantités dont nous avons besoin. Il faudrait donc multiplier par 3 ou par 4 la surface occupée pour produire la même quantité d’électricité ! Accepterons-nous de vivre submergés par les éoliennes géantes ?
FP : L’avenir ne peut donc être que nucléaire ?
BD : Non. Nous avons intérêt à faire flèche de tout bois, à condition qu’il ne soit pas pourri comme l’éolien. C’est un champ d’investigation immense pour la R&D qui, je l’espère, suscitera beaucoup de vocations. Mais il est absurde de détruire le nucléaire que nous avons déjà, au prétexte que grâce à la recherche, on rasera gratis demain.
FP : Comment expliquez-vous que les arguments que vous exposez contre l’énergie éolienne ou photovoltaïque, les problématiques de stockage, l’impossibilité de répondre à une demande à un instant “T”, soient si inaudibles ?
BD : La réponse se trouve peut-être dans un sondage IFOP de février, qui montre que l’opinion est pour l’instant très mal informée sur ces sujets, et qu’elle est d’autant plus favorable à ces énergies qu’elle les connaît le moins. Il est très curieux de constater que la plupart des gens ne tirent pas d’eux-mêmes les conclusions de ce qu’ils ont constamment sous les yeux : les puissances du vent et du rayonnement solaire reçu au sol sont variables en permanence et dans de très importantes proportions. Les besoins en électricité ne coïncident pas du tout avec ces variations. Il est donc nécessaire de disposer en permanence d’autres sources d’électricité ou d’installations de stockage-déstockage pour les compenser.
FP : Pourquoi les gens sont-ils si mal informés, selon vous ?
BD : Peut-être est-ce dû au fait que nous sommes dans une civilisation presse-bouton. Nous ne nous posons plus de questions sur ce qu’il y a au-delà du bouton. Mais il y a surtout les puissantes et incessantes campagnes de désinformation organisées par cette alliance entre écologisme et capitalisme vert.
FP : Ce jusqu’au-boutisme interpelle. Quand a-t-on franchi la frontière du “religieux”, selon vous ?
BD : J’observe effectivement une composante religieuse chez certains, avec la croyance en une déesse, la Terre ou la Nature, à laquelle les hommes doivent se soumettre. Et non la combattre, avec ses prêtres, et ses prêtresses contrairement à beaucoup de religions. Mais ne s’agit-il pas là d’une résurgence de la religion des peuples anciens, le chamanisme, qui semble s’être ainsi incrusté dans les gènes de l’humanité ? Malheureusement cela peut aller jusqu’au sectarisme et même au fanatisme, ce qui les ferme à toute discussion pouvant mettre en cause leurs croyances.
FP : Quel est le profil de ces nouveaux « chamans » ?
BD : La plupart sont simplement des gens n’ayant que peu de culture scientifique et technique et étant constamment désinformés. Ils sont donc peu enclins à aller au fond des choses sur ces sujets. Cette désinformation n’est évidemment pas un hasard ! Elle est organisée par l’écologisme et ceux qui en profitent, mais aussi par nos gouvernants qui les flattent.
FP : Dans votre ouvrage, vous attaquez l’hydrogène. Cela rejoint l’une de mes questions précédentes : comment comprendre que les hommes politiques investissent tout de même dans cette technologie, en dépit du bon sens, même de la sécurité ?
BD : Développer les possibilités de l’hydrogène électrolytique, mais pour remplacer à terme les combustibles fossiles dans certaines de leur applications (fabrication des engrais, chimie, métallurgie…) n’est pas irréaliste. Voyons ce qui peut être fait grâce à la R&D. Par contre, son utilisation pour la mobilité – à moins peut-être de l’utiliser pour fabriquer des carburants carbonés synthétiques -, et pour le stockage-déstockage de l’électricité me paraît largement utopique. Elle entraînerait une très forte augmentation de la production et du coût de l’électricité. Et les questions de sécurité sont à prendre sérieusement en considération
FP : Pourquoi cette technologie, pourtant attaquable, est-elle promue par les mouvements écologistes ?
BD : En fait, cet engouement est cyclique. Parce qu’il est « la solution » promue par l’écologisme pour réaliser des stockages-déstockages d’électricité capables de compenser l’intermittence de l’éolien et du solaire photovoltaïque. Il s’agit d’une fuite en avant que l’on pourrait résumer par « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». Même l’Allemagne ne s’est pas engagée vraiment dans cette voie puisqu’elle va compenser progressivement l’intermittence de son éolien et de son solaire photovoltaïque avec du gaz importé de Russie pour remplacer le charbon dans cet usage.
FP : Si l’Allemagne n’y va pas, pourquoi la France le fait-elle ?
BD : L’ écologisme, qui s’est à nouveau associé ici avec le capitalisme vert, y voit une occasion supplémentaire de faire du business copieusement subventionné sous couvert d’écologie. Et les méthodes de « persuasion » de l’opinion sont les mêmes.
FP : L’Allemagne cherche-t-elle à affaiblir la France en promouvant les énergies renouvelables, notamment au niveau européen ?
BD : L’Allemagne a intérêt à éliminer le nucléaire en France, car il est et restera moins coûteux que l’éolien et le solaire assisté par du gaz russe. C’est est en réalité le mix électrique qu’elle veut mettre en place. C’est pour elle une préoccupation économique maquillée par des arguments écologiques.
FP : Quelle est la position écologique de l’Europe ?
BD : Beaucoup de pays européens, en fait la majorité, se lancent dans des programmes de construction de réacteurs nucléaires. Il serait ubuesque que la France détruise un outil qu’elle a déjà, et que ces pays mettront des dizaines d’années à acquérir. En ce qui concerne l’avenir du nucléaire en Europe, celle-ci peut déjà constater que tous les grands ensembles géopolitiques de la planète ont lancé d’importants programmes nucléaires, à l’inverse de sa politique énergétique actuelle. Cela pour les deux raisons exposées plus haut : la lutte contre le réchauffement climatique, mais encore plus la raréfaction prochaine des combustibles fossiles. Sera-t-elle longtemps la seule à s’obstiner ?
FP : Sur le danger du nucléaire, des études de Greenpeace ou des Verts européens en 2006 allaient jusqu’à 93 000 morts liés à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. N’est-ce pas également de l’ordre de la croyance de penser qu’un tel accident n’ait pu avoir un effet que sur 50 personnes, comme le stipule l’ONU ? Les pro-nucléaire ne minimisent-t-ils pas les conséquences ?
BD : Les 50 personnes en question sont celles qui sont mortes immédiatement, ou quelques mois après, d’avoir reçu des doses trop fortes de radioactivité, et aussi pour d’autres causes. Mais il y a celles qui ont reçu des doses plus faibles, et dont la communauté pro-nucléaire ne nie aucunement l’existence, ni les conséquences. Si certaines ont dû un jour en mourir, ce n’a été que beaucoup plus tard après l’accident. Pour faire une comparaison, lors d’un incendie, il peut y avoir des morts immédiates par brûlure ou asphyxie, et des morts pour ces raisons encore quelques mois plus tard. Mais il y a aussi les personnes ayant seulement respiré des fumées toxiques. Si certaines en mourront peut-être un jour par atteinte pulmonaire, ce ne sera que beaucoup plus tard après l’incendie. Toute l’astuce de Greenpeace est de cacher cela à l’opinion, qui croit donc sans y réfléchir que les 93 000 morts qu’elle annonce sont des morts ayant eu lieu et dûment constatées.
FP : Immédiate ou différée, une mort est une mort, non ?
BD : Certains n’hésitent pas à affirmer qu’il y a eu 1 million de morts. En réalité, contrairement aux 50 morts constatées lors de l’accident, d’ailleurs pas toutes dues à la radioactivité, ces éventuelles morts différées à long terme sont inobservables en tant que telles sur le terrain. D’une part parce qu’elles ne peuvent pas être distinguées de celles provoquées par d’autres causes (on dit alors que la radioactivité n’a pas de signature) et d’autre part parce qu’elles s’échelonnent sur de très nombreuses années après l’accident et que leur relation avec celui-ci est impossible à établir par des études épidémiologiques.
FP : Quid des cancers qui seraient causés par les radiations ?
BD : L’incidence des cancers de la thyroïde est indiscutablement trop élevée chez ceux qui étaient encore des enfants ou des adolescents lors de l’accident. Elle a pu être rapportée par des études épidémiologiques. La mortalité correspondante a été estimée à moins de 20 personnes à ce jour. On ne peut donc estimer les effets de ces faibles doses de radioactivité que par un calcul approximatif. Il faut comparer les effets à long terme des faibles ou même très faibles doses de radioactivité, telles que celles reçues par l’immense majorité des personnes affectées à Tchernobyl, et les effets de la pollution atmosphérique émise en permanence par les centrales électriques à combustibles fossiles. Les effets de cette pollution sont, à l’échelle mondiale, bien plus nocive que ces faibles doses de radioactivité.
FP : Par quelle méthode de calcul est estimée la dangerosité des doses ?
BD : La communauté médicale établie ses calculs à partir des observations faites à Hiroshima et Nagasaki, mais aussi sur les patients examinés par radiographie, par scanner ou soumis à une radiothérapie. C’est à partir de cette relation qui est d’ailleurs, on le sait maintenant, bien trop pessimiste pour les très faibles doses que cette communauté a calculé la mortalité à long terme qui serait due aux doses de radioactivité reçues par les populations du fait de Tchernobyl : il s’agit d’une estimation de 4000 décès par cancer, avec évidemment une importante marge d’erreur, pour les 80 ans.
FP : Ne cherchez-vous pas à minimiser les conséquences de ce type d’évènement ?
BD : La communauté médicale dans son ensemble n’est ni pro ni anti-nucléaire. Elle fait son travail, au mieux des connaissances acquises, et se garde de tout agit-prop. Il ne s’agit pas là de croyances, mais de résultats d’observations et d’avancées de la recherche médicale pendant des dizaines d’années maintenant. Cette peur de la radioactivité émise par Tchernobyl a fait beaucoup plus de morts que la radioactivité elle-même, par le stress ainsi provoqué, des déportations inutiles de populations, et des avortements injustifiés.
FP : La peur des personnes vis-à-vis des expositions aux radiations serait donc irrationnelle ?
BD : Elle a été tellement ancrée dans l’opinion depuis des années qu’elle annihile chez la plupart des gens toute réflexion à cet égard. Paradoxalement, personne n’a pourtant peur des examens médicaux par radiographie, scanner ou radiothérapie où les doses moyennes reçues sont plus importantes que celles reçues par la grande majorité des gens affectés par Tchernobyl. Personne non plus ne réalise que, par TWh d’électricité produite, les centrales électriques à charbon ont fait depuis Tchernobyl de l’ordre de 1000 fois plus de morts par pollution de l’atmosphère que les centrales nucléaires par émission de radioactivité, y compris ceux dus à l’accident de Tchernobyl, le seul accident de centrale ayant entraîné des morts dans les populations.
FP : Vous scénarisez l’éventualité de « la « trahison des clercs » de la part des dirigeants européens, qui imposeraient aux citoyens de l’Europe des prix très élevés de l’électricité sans justification autre qu’idéologique”. Pensez-vous que ce soit un risque réel ?
BD : C’est déjà une réalité : dans les pays d’Europe de l’Ouest, le prix de l’électricité pour les ménages était en 2017 proportionnel à la puissance d’éolien et de solaire photovoltaïque installée par habitant. Or ce développement de l’éolien et du solaire a été justifié idéologiquement et par des promesses fallacieuses de prix faibles : c’est bon pour le climat et pour la planète, et de plus ce n’est pas cher. Un ministre de l’environnement allemand, Joschka Fischer avait dit à l’époque que ça ne coûterait aux allemands que le prix d’un cornet de glace.
FP : Et concrètement ?
BD : C’est un scandale parce que la réalité est tout autre, particulièrement dans des pays comme la France qui avant de se lancer dans cette aventure avait l’électricité la moins chère d’Europe de l’Ouest, et qui maintenant voit ce prix s’envoler pour se rapprocher rapidement des records de prix de l’Allemagne et du Danemark.
FP : Peut-on aujourd’hui, être “pro nucléaire” ?
BD : Les citoyens « pro-nucléaires » ont été ostracisés par l’écologisme et les médias pendant des années. Et ceux qui osent critiquer comme nous l’éolien et le solaire photovoltaïque, sont très souvent qualifiés de pro-nucléaires, ce qui est supposé les réduire au silence, puisqu’un pro-nucléaire n’a, comme chacun le sait bien, que le droit de se taire. J’ai fait moi-même l’objet de trois agressions lors de conférences sur le sujet, heureusement verbales quoique violentes. J’ai été en particulier accusé publiquement d’avoir reçu un gros chèque d’EDF pour oser proférer de telles « âneries ».
FP : Une inversion de la tendance est-elle possible ?
BD : Cette difficulté pour les pro-nucléaires d’accéder aux médias et en particulier aux médias publics en a pendant longtemps beaucoup réduit l’influence dans l’opinion. Ils ont cependant pu constituer une importante documentation qui est maintenant disponible pour ceux qui désirent véritablement s’informer. Depuis quelques années, le mouvement s’est inversé, parce que les réseaux sociaux, malgré leurs excès, et de plus en plus de médias « périphériques » permettent enfin à l’opinion d’avoir accès à d’autres sources d’information que celles contrôlées par l’écologisme.
FP : Pour autant, l’inversion de la tendance ne semble pas à l’ordre du jour…
BD : Le vrai problème n’est pas là. Il est au niveau de notre Parlement. Car c’est lui qui, sous la pression de l’écologisme, a fait les lois conduisant la France à ce développement inutile de l’éolien et du solaire et au déclin du nucléaire. Il est en train de se ressaisir. La création que vous citez de l‘Association de défense du patrimoine nucléaire et climatique en est un signe puisqu’elle comprend de nombreux parlementaires de différents bords, sauf remarquons-le du parti présidentiel. Il faut cependant aller beaucoup plus loin, car ce n’est pas seulement du nucléaire qu’il s’agit, mais de toute la politique énergétique française dont il n’est qu’une des composantes, qu’il faut en urgence remettre à plat.
FP : Que faut-il faire pour y arriver ?
BD : Beaucoup de Français évoquent maintenant avec nostalgie le Général de Gaulle. C’est bien d’un sursaut gaullien dont nous avons besoin, pour remettre les intérêts de la France et des Français au centre du jeu politique.