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Edouard Husson
« Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la France et la liberté du monde » déclarait Charles de Gaulle le 1er mars 1941 dans un discours adressé, à Londres, aux Français libres. Quoi qu’on puisse penser dans le détail de tel ou tel des choix tactiques du Général, nul ne peut douter qu’il a toujours eu pour priorité la liberté de la France et des Français – dans un monde à terme constitué de nations démocratiques. Aussi jaloux fût-il du domaine réservé du Président, Charles de Gaulle laissait ses gouvernements gouverner, il entendait que le Parlement joue tout son rôle. Il a proposé, en 1969, quinze ans trop tôt aux Français une décentralisation et une association des forces vives de la nation à la décision politique. C’est le même de Gaulle qui déclarait à Alain Peyrefitte en 1965 : « Il faut que la part de l’État dans l’économie soit contenue. Sinon, on va non seulement vers une inflation proprement dite qui emporte la monnaie, mais vers une inflation du rôle de l’État au sein de la société. Nous avons atteint une limite qu’il ne faut pas dépasser. L’État doit veiller aux équilibres ; à plus forte raison il ne doit pas lui-même mettre en danger l’équilibre par sa propre masse».
Tant de nos dirigeants invoquent le Général de Gaulle à tort et à travers qu’il est bon de se souvenir de la pratique des institutions de la Vè République telle que l’avait imaginée son fondateur : avec un président prêt à quitter le pouvoir s’il perdait un référendum, au train de vie modeste et se concentrant sur quelques dossiers stratégiques, un gouvernement qui agissait plus qu’il ne communiquait, un budget en équilibre, une haute fonction publique patriote et au service de la nation, des prélèvements obligatoires qui dépassaient à peine 25% du PIB, une industrie française puissante, une construction européenne qui était un moyen de la politique française et non une fin en soi. Il ne s’agit pas d’idéaliser mais de constater, par contraste, qu’à un an de l’élection présidentielle de 2022, l’opinion française est fébrile et perplexe car le pays se juge mal représenté politiquement, est endetté et clivé socialement comme jamais, désindustrialisé et habité par une culture de la « défiance ».
La clé de tout se trouve dans la régression des libertés individuelles et collectives sur lesquelles sont fondés la nation française et son régime républicain. Le quinquennat d’Emmanuel Macron restera dans l’histoire comme le plus liberticide – jusqu’ici – de la Vè République. Avait-on jamais vu un président et ses gouvernements mépriser le Parlement à ce point ? Une telle centralisation de la décision publique ? Y a-t-il un équivalent, depuis la Commune de Paris, de la répression, froidement décidée au sommet de l’Etat, du mouvement des Gilets Jaunes ? Depuis quand n’avions plus expérimenté une telle censure des opinions divergentes ? Non seulement la majorité gouvernementale a voté en décembre 2018 une loi sur les « fake news » qui permettra au président sortant de limiter la liberté du débat quand il sera en campagne ; mais tous nos forums discussions (plateaux de télévision, presse écrite, édition, réseaux sociaux) et jusqu’à nos universités sont les lieux d’intimidations idéologiques mises en œuvre par des minorités agissantes – que le pouvoir tolère comme il a instrumentalisé les Black Blocks pour casser le mouvement des Gilets Jaunes.
La crise sanitaire consécutive à l’épidémie de COVID 19 condense tous nos maux : parlement réduit à être la chambre d’enregistrement d’un état d’urgence sanitaire indéfiniment reconduisible, décision hypercentralisée, omniprésence de la bureaucratie, fermeture arbitraire d’activités économiques absurdement qualifiées de « non essentielles », interdiction de prescrire librement pour les médecins de villes, limitation de la liberté de culte, censure des discours divergents sur les meilleures thérapies, tentation de rendre la vaccination obligatoire , absence de contrôle aux frontières etc….
La défense des libertés est la question politique cruciale pour notre pays. Le candidat à l’élection présidentielle qui s’emparera du thème des libertés est sûr de gagner contre Emmanuel Macron. Mais ce libérateur émergera-t-il dans les mois qui viennent ? Ou bien nous faudra-t-il des épreuves pires encore que le quinquennat Macron pour amorcer une reconquête de nos libertés perdues, oubliées ou confisquées ?
Source: Les droites de Husson N°1 du 24 avril 2021