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par André Larané
Depuis les crimes du forcené islamiste Mohammed Merah en 2012, une question revient en boucle dans le débat public en France : « L’islam est-il compatible avec la République ? » sans trouver de réponse. Comment en irait-il autrement dès lors que les mots eux-mêmes sont dévoyés : de quel islam parlons-nous ? Et que recouvre le concept de république ?
La faute à la République ?
Revenons d’abord sur la République. Le mot a beaucoup évolué au cours de l’Histoire. Ainsi que nous l’écrivions déjà en 2011, il désignait jusqu’à la Révolution la « chose publique », autrement dit toute forme d’État ou de gouvernement. Avec l’abolition de la monarchie, en 1792, il en est venu à simplement désigner tout État qui ne serait pas monarchique.
Aujourd’hui, des États comme la Corée du nord, l’Iran ou le Venezuela sont des républiques mais n’ont rien à voir avec la démocratie comme nous l’entendons, laquelle s’exprime on ne peut mieux dans des monarchies comme le Royaume-Uni ou la Suède !
Dans la France du XXIe siècle, la référence à une République indéterminée reflète l’utopie d’une société post-nationale dans laquelle viendraient se fondre toutes les vagues d’immigration présentes et futures. Pour ceux qui s’accrochent à cette utopie, il va de soi que la République est à même d’intégrer toutes les façons d’être, de penser et de croire.
Mais pour ceux qui croient comme Ernest Renan (1882) qu’une société n’existe que par le « désir de vivre ensemble », « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs » et « la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis », la question qui importe est de savoir si l’islam est compatible avec la France, son régime démocratique mais aussi ses mœurs, son art de vivre, sa langue, sa culture, son histoire… en bref son identité.
La faute à l’islam ?
Demandons-nous pourquoi une religion serait incompatible avec l’identité française. Comme tous les pays ouest-européens, la France est née il y a mille ans de la rencontre entre le monde germanique et le monde méditerranéen. De cette rencontre sous l’égide de l’Église sont issus en particulier :
• Le mariage monogamique, indissoluble, fondé sur le libre consentement des époux ; une révolution qui a permis une première émancipation des femmes.
• Le vote par tête dans les abbayes d’une part et d’autre part, le contrôle de l’impôt par des assemblées élues, prémisses de la démocratie moderne.
• La stabilité des coutumes, grâce à l’absence d’invasions et d’immigration ; elle est à l’origine de notre système juridique.
Pendant longtemps, ces traits (libération des femmes, démocratie, codes de lois) furent propres à la chrétienté occidentale. La Révolution française en a cependant semé le ferment jusqu’en Russie et même sur les bords du Nil. Mieux encore, Napoléon a rallié les communautés juives d’Europe aux lois de la République (à l’exception, hélas, des communautés juives d’Europe orientale qui, étant restées confinées dans leurs archaïsmes, nourrirent plus tard l’antisémitisme nazi).
Par le décret du 17 mars 1808, l’Empereur accorda aux juifs de l’Empire français et du royaume d’Italie la liberté de se déplacer. Ce fut la fin des ghettos et de tout signe distinctif. Mais les juifs acceptèrent en contrepartie le Code civil. Ils renoncèrent à la polygamie et adoptèrent des prénoms occidentaux. En dépit de la persistance de préjugés antisémites, les juifs allaient ainsi remarquablement s’assimiler. La pratique religieuse leur ayant donné le goût des livres et de l’étude, ils allaient même investir les milieux scientifiques et intellectuels.