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AFP

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a refusé jeudi de prolonger le mandat des experts chargés d’enquêter sur les violations des droits humains au Yémen, des ONG accusant l’Arabie saoudite d’avoir tout fait pour obtenir ce rejet.

C’est la première fois que le Conseil rejette un projet de résolution depuis sa création en 2006, a indiqué un porte-parole basé à Genève. Le projet de résolution qui prévoyait de « proroger le mandat du Groupe d’éminents experts internationaux et régionaux pour une nouvelle période de deux ans » avait été proposé par plusieurs pays européens et le Canada.

Le texte a été rejeté par 21 pays, dont la Chine, le Bahreïn, la Russie, le Gabon et le Sénégal, contre 18 favorables et 7 abstentions (dont le Cameroun et le Japon). « Les gens au Yémen ont été abandonnés. Trahis. Une fois de plus », a réagi dans un tweet la secrétaire générale d’Amnesty International Agnès Callamard.

Prenant la parole après le vote au nom des pays ayant proposé la résolution, le nouvel ambassadeur des Pays-Bas, Paul Bekkers, n’a pu que constater l’échec du Conseil à renouveller le mandat des experts de l’ONU. « Avec son vote d’aujourd’hui, le Conseil (…) a coupé cette bouée de sauvetage du peuple yéménite », a-t-il déploré.

Plusieurs ONG avaient dénoncé cette semaine une tentative de l’Arabie saoudite de faire échouer la résolution. A la tête d’une coalition militaire depuis 2015, l’Arabie saoudite intervient au Yémen au côté des forces gouvernementales face aux rebelles. « Le vote d’aujourd’hui représente un grave échec – qui conduira inévitablement à davantage de violences et de souffrances au Yémen. Pour être clair – les Etats qui ont voté contre le renouvellement ou se sont abstenus ont choisi de satisfaire l’Arabie saoudite au lieu de protéger la vie de millions de personnes », a affirmé Jeremie Smith, représentant à Genève du Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS). « En votant contre le renouvellement des experts aujourd’hui, les Etats membres de l’ONU ont donné le feu vert aux parties belligérantes pour poursuivre leur campagne de mort et de destruction au Yémen », a dénoncé pour sa part Radhya Almutawakel, la présidente de l’ONG yéménite Mwatana for Human Rights.

Le groupe d’experts de l’ONU sur le Yémen avait été créé par le Conseil en 2017, pour enquêter sur les violations des droits humains « commis par toutes les parties au conflit depuis septembre 2014 ». Une résolution en ce sens, présentée alors par les pays arabes et soutenue par les pays occidentaux, avait été adoptée par consensus. Le mandat des experts avait été depuis régulièrement renouvelé, même si dès 2018 l’Arabie saoudite et ses alliés avaient demandé que le texte soit soumis au vote, critiquant alors le travail des experts.