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Le taux d’emploi des 15-64 ans a atteint 67,5% de la population active au troisième trimestre, battant son record pour la deuxième fois consécutive depuis 1975, selon l’Insee. Sous l’effet d’un retour massif de personnes sur le marché du travail, le taux de chômage est resté à 8,1% cet été.

L'objectif de 7% de taux de chômage environ à la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron ne sera pas atteint.
L’objectif de 7% de taux de chômage environ à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron ne sera pas atteint. (Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA)

Par Alain Ruello

La publication vendredi par l’Insee d’un taux de chômage en légère hausse au troisième trimestre 2021 restera dans les annales pour au moins deux raisons. Elle a d’abord invalidé la prévision – pourtant jugée robuste – de l’institut national statistique il y a un mois et demi . Attendu à 7,6 % de la population active, le taux de chômage, mesuré au sens du Bureau international du travail , est finalement ressorti à 8,1 %, soit 0,1 point de plus qu’au deuxième trimestre. « Un demi point d’écart, c’est tout de même incroyable », a réagi Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). C’est sans doute le signe que les modèles de l’Insee restent encore déboussolés par la nature inédite de la crise économique de 2020 .

Le chômage concerne 2,4 millions de personnes en France, soit 52.000 de plus qu’au printemps. Mais paradoxalement, cette hausse – qui est en fait une stabilité compte tenu des marges d’erreur habituelles – cache deux très bonnes nouvelles.

La première concerne l’emploi. Les entreprises embauchant à tour de bras depuis le début de l’année, le taux d’emploi des 15-64 ans a déjà augmenté de 0,4 point au deuxième trimestre, atteignant un plus haut depuis 1975. Un nouveau record a été franchi au troisième trimestre, pour atteindre 67,5 %, soit 0,5 point de plus.

Retour massif sur le marché du travail

De ce point de vue, la France se situe encore sous la moyenne européenne, mais en nette progression, d’autant qu’il faut analyser le taux d’emploi par tranche d’âge. De fait, sous l’effet du boom de l’apprentissage et sans doute aussi des autres mesures du plan « 1 jeune 1 solution », le taux d’emploi des 15-24 ans est bien orienté : à 32,8 %, il a gagné 1,2 point en trois mois, 2,9 par rapport à la fin de 2019.

La seconde bonne nouvelle porte sur l’accroissement de la population active. Il s’est avéré beaucoup plus fort qu’anticipé par l’Insee début octobre. A telle enseigne que le taux d’activité des 15-64 ans a lui aussi battu pour la deuxième fois consécutive un record depuis 1975, pour atteindre 73,5 %.

Pour le chef de la division synthèse et conjoncture du marché du travail de l’Insee, Sylvain Larrieu, cela va de pair avec l’évolution du taux d’emploi des jeunes. Mais aussi avec une baisse inédite – de 175.000 exactement – du nombre de personnes placées dans ce qu’on appelle le « halo » du chômage, c’est-à-dire des personnes qui étaient sorties du marché du travail.

Macron loupe son objectif finalement

Une grande partie d’entre elles y sont donc revenue en un temps record. « Une baisse de 175.000 sur un seul trimestre, c’est spectaculaire. Nous l’avions modélisée, mais d’ici à fin 2022 », constate Eric Heyer, pour qui rien n’est pire qu’une baisse du chômage liée au découragement des chercheurs d’emploi, qui préfèrent baisser les bras et sortir des radars.

La prévision d’un chômage à 7,6%, établie par l’Insee en octobre, rendait crédible l’objectif d’Emmanuel Macron d’arriver à 7 % de chômage à la fin de son quinquennat. L’objectif sera plus dur à atteindre avec un taux de chômage qui continue de dépasser la barre de 8%, même si le chef de l’Etat pourra mettre en avant le fait de l’avoir trouvé à 9,5 % en prenant ses fonctions.

Le défi sera d’autant plus difficile à relever que le rythme de création d’emploi va très probablement ralentir, malgré une croissance qui devrait rester soutenu en 2022. C’est déjà le cas au troisième trimestre . Au point que le taux de chômage pourrait rester scotché autour de 8% encore quelques temps.

Descendre d’un gros cran nécessitera que les Français puisent dans l’épargne cumulée depuis la crise, amenant ainsi l’économie à retrouver toutes ses capacités . Ou que la réforme de l’assurance-chômage et le grand plan de formation des chômeurs produisent les effets attendus. Arriver au plein-emploi n’est pas impossible, mais cela va être plus dur, résume Eric Heyer.

Les Echos