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Fabien Deglise
Tout en affirmant avoir obtenu la veille des engagements du président russe, Vladimir Poutine, pour apaiser la crise russo-occidentale qui s’est intensifiée depuis décembre sur le territoire de l’Ukraine, le président français, Emmanuel Macron, a admis mardi à mots à peine voilés qu’un accord était toutefois encore loin d’être à portée de main.
Mais il estime dans la foulée avoir réussi à « bloquer le jeu » d’une escalade et ouvert « des perspectives nouvelles » pour rapprocher les parties, a-t-il indiqué au terme d’une rencontre avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à Kiev.
« Il ne faut rien sous-estimer de la tension que nous sommes en train de vivre », a souligné le chef de l’État français, qui s’est lancé cette semaine dans une série de réunions diplomatiques au sommet pour tenter de désamorcer la crise. « On ne peut pas régler cette crise en quelques heures de discussion », a-t-il ajouté aux côtés de son homologue ukrainien.
Lundi, M. Macron était à Moscou, où il a passé presque cinq heures avec le chef du Kremlin. Après son arrêt à Kiev, mardi, il a poursuivi ses rencontres à Berlin en soirée, avec le chancelier allemand, Olaf Scholz, lui-même de retour de Washington, où il avait rencontré le président américain, Joe Biden, lundi.
Paris et Berlin participent activement aux échanges entre la Russie et l’Ukraine, dans une formule de discussion à quatre dite de « Normandie », réactivée le 26 janvier dernier après avoir été boudée par les Russes. Jeudi prochain, les conseillers des dirigeants de ces quatre pays sont attendus à Berlin pour des discussions préliminaires en vue d’une nouvelle réunion entre les chefs d’État, que le président ukrainien a dit espérer pouvoir tenir « très prochainement ».
Que nous puissions éviter la guerre […], c’est notre tâche fondamentale aujourd’hui, et je pense que nous y parviendrons
Andrzej Duda
Au terme d’une rencontre avec Emmanuel Macron qu’il a jugée « très fructueuse », Volodymyr Zelensky a dit mardi qu’il accueillerait favorablement des « mesures concrètes » venant de la Russie pour amorcer une désescalade du conflit en cours, tout en précisant qu’il ne faisait pas « confiance aux mots en général », en référence aux récentes déclarations de M. Poutine.
Lundi, l’Ukraine a rappelé les trois « lignes rouges » qu’elle maintiendrait sur la table : aucun compromis sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine, pas de négociations directes avec les séparatistes prorusses dans l’est du pays et pas d’ingérence dans sa politique étrangère.
Le président a également assuré avoir, avec son homologue français, « une vision commune […] des menaces et des défis qui touchent la sécurité de l’Ukraine, de toute l’Europe, du monde en général ».
Le chaud, le froid
Même si la veille, le président russe a semblé faire preuve d’un semblant d’ouverture, le Kremlin a envoyé de nouveau des signaux contradictoires mardi en tentant même de saper l’autorité de M. Macron dans les discussions en cours. Le porte-parole de M. Poutine a en effet rejeté l’idée que les deux présidents s’étaient entendus sur une désescalade, qualifiant l’information de « fausse par essence » et rappelant que la France « ne dirigeait pas l’OTAN », organisation au cœur du conflit actuel.
Moscou réclame en effet que l’Alliance n’étende pas son influence jusqu’à l’Ukraine, en disant craindre pour sa sécurité.
« Dans la situation actuelle, Moscou et Paris ne pourraient pas conclure d’accord. C’est tout simplement impossible », a dit Dmitri S. Peskov, le porte-parole du Kremlin, cité par The Guardian. Il a rappelé que les États-Unis avaient davantage qualité pour négocier que la France dans ce dossier.
Depuis Kiev, Emmanuel Macron a répété avoir reçu l’assurance de M. Poutine que les troupes russes actuellement postées en Biélorussie, pays voisin de l’Ukraine, n’allaient pas rester là de manière permanente. Il a ensuite précisé que le retrait des troupes russes de la frontière russo-ukrainienne, où près de 130 000 soldats russes ont été massés, ne faisait l’objet d’aucun engagement.
« Nul n’est naïf, a dit le président français, les déploiements récents sont liés à une situation de tension. Hier, je n’ai pas annoncé quoi que ce soit sur ce sujet. Ce sera le fruit d’un processus que nous avons ouvert. »
En fin de journée, la France, l’Allemagne et la Pologne se sont montrées unies face à la crise en affirmant travailler de concert pour « éviter une guerre en Europe », et ce, alors que le continent fait face à la plus grande menace de conflit armé sur son territoire depuis la fin de la guerre froide, a rappelé lundi le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, de passage à Washington.
Diplomatie complexe
« Nous devons ensemble trouver les voies et moyens d’engager un dialogue exigeant avec la Russie », a déclaré le président français lors d’une conférence de presse à Berlin, dernier volet de son marathon diplomatique. « Le réengagement de ce dialogue est le seul chemin qui rendra possible la paix en Ukraine. »
« Que nous puissions éviter la guerre […], c’est notre tâche fondamentale aujourd’hui, et je pense que nous y parviendrons », a pour sa part assuré, à ses côtés, le président polonais, Andrzej Duda.
Dans un texte d’opinion publié par The Guardian mardi, le sénateur américain du Vermont, Bernie Sanders, figure forte de la gauche américaine, a désigné Vladimir Poutine comme le grand responsable de la crise en cours, mais a également condamné la « rhétorique belliqueuse » du gouvernement Biden qui perdure depuis plusieurs semaines. « Je suis extrêmement préoccupé lorsque j’entends les battements de tambour familiers à Washington […] qui s’amplifient avant chaque guerre », écrit-il. « Un refus simpliste de reconnaître les racines complexes des tensions dans la région sape la capacité des négociateurs à parvenir à une résolution pacifique », lance-t-il par ailleurs, comme un pavé dans la mare.
Le Devoir Avec l’Agence France-Presse