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La Cour des comptes a lancé, mercredi 16 février, un avertissement sur le niveau d’endettement de la France. Les promesses non financées des candidats font pourtant craindre un dérapage des dépenses publiques susceptible de déboucher sur un tête-à-tête inconfortable avec les créanciers du pays.
Prôner le sérieux budgétaire n’a jamais été très audible en France. L’avertissement lancé, mercredi 16 février, par la Cour des comptes sur le dérapage de la trajectoire des finances publiques a, une fois de plus, peu de chances de rencontrer un écho important. A quelques semaines de l’élection présidentielle, cet appel à des efforts pour réduire le montant de la dette risque d’être englouti dans l’océan de promesses non financées des candidats.
La situation dépeinte par la Cour des comptes a pourtant de quoi provoquer un sursaut. En deux ans, la dette publique s’est gonflée de 560 milliards d’euros et représente aujourd’hui 113,5 % du produit intérieur brut. Certes, la violence de la crise pandémique a conduit l’Etat à dépenser sans compter. Mais cet effort légitime n’explique pas tout. Le déficit budgétaire structurel, c’est-à-dire sans tenir compte des mesures purement conjoncturelles, a doublé par rapport à 2019.
La France se retrouve dans une situation paradoxale. Le déséquilibre entre nos dépenses et nos recettes n’a jamais été aussi important. Pourtant, les revendications se multiplient pour davantage de services publics et de mesures en faveur du pouvoir d’achat, sans qu’on puisse identifier le niveau d’effort qui serait nécessaire pour les satisfaire. Ces demandes sont au cœur des programmes électoraux, tandis que la dette constitue l’un des angles morts de cette présidentielle.
« Covid long » budgétaire
La France a su surmonter les conséquences économiques de la pandémie avec une résilience inattendue. Des solutions de court terme ont permis d’amortir le choc et de repartir de l’avant. Mais, en sortie de crise, un mal beaucoup plus sournois menace. Comme certains malades du Covid continuent à présenter des symptômes plusieurs mois après leur infection, l’économie française, après avoir été sous perfusion du « quoi qu’il en coûte » pendant deux ans, est sur le point de développer un « Covid long » budgétaire. Bercée d’illusions par les facilités permises par la politique monétaire de la Banque centrale européenne, l’économie française semble n’être plus pilotée que sous le prisme de nouvelles dépenses.
Certaines sont légitimes et doivent même être amplifiées. C’est le cas de celles liées à la transition écologique et à son accompagnement social, ou encore à la santé, à l’éducation, à la justice… Mais il est urgent de retrouver le sens des priorités, tout en identifiant clairement les domaines où des économies sont possibles. A ce stade, aucun candidat n’a le courage ou la volonté de proposer des pistes à la hauteur des enjeux.
Le débat sur les finances publiques est devenu biaisé. D’un côté, toute proposition d’économie est assimilée à de l’austérité. De l’autre, think tanks et économistes libéraux prônent des remèdes de cheval pour rétablir l’équilibre des comptes publics, sans tenir compte de leur faisabilité politique. Il faut dépasser ces postures idéologiques pour retrouver un certain pragmatisme qui consisterait à tendre vers une stabilisation des dépenses. Une telle trajectoire suffirait à alléger la pression sans remettre en cause fondamentalement les priorités de l’Etat.
S’il est évident qu’un assouplissement des règles budgétaires européennes est nécessaire, il serait illusoire à cette occasion d’attendre de nos partenaires plus vertueux un encouragement à dépenser toujours plus. La cohésion européenne est en jeu. Si celle-ci n’était plus soutenable, la France se retrouverait alors dans un tête-à-tête très inconfortable avec à ses créanciers, ouvrant la voie, cette fois, à une authentique austérité.