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Philippe Bilger

Lui devant…

Rêve pour les uns, cauchemar pour les autres, Emmanuel Macron sera à coup sûr qualifié pour le second tour.

Entre condescendance et roublardise, il est tout proche d’annoncer enfin officiellement sa candidature. Certes sa campagne éclair aura des avantages mais projeté dans la mêlée ordinaire, il n’est pas exclu qu’il perde quelques plumes.

Depuis des mois, il jouit d’un socle d’adhésion relativement stable, plus ou moins autour de 25 %, ce qui n’est pas rien mais cette constance, pour être appréciable, ne devrait pas être trop intimidante parce qu’elle ne progresse pas et tient d’abord à la présence naturellement tutélaire et d’une visibilité extrême et cultivée au-delà de toute mesure d’un président roi en son royaume.

Quand ce dernier sera en lice, sans avoir la facilité de moyens détournés, une nouvelle campagne (vraie enfin ?) commencera.

Tous derrière…

Jean-Luc Mélenchon fait une excellente campagne où sa posture de « tout miel » citoyen et médiatique est gâchée parfois par les accès d’une personnalité totalitaire, violente et furieuse qui ne laisseraient présager rien de bon pour la suite. Il me semble que pour être le seul espoir de la gauche – Ségolène Royal, qui n’a pas peur de la vérité, parle en ce qui le concerne du « vote utile » et invite Anne Hidalgo à se retirer, ce qui est offenser cette dernière qui ne croit pas aux sondages, et pour cause : ils sont si catastrophiques ! – il ne sera tout de même pas dans l’emballage final.

Quand j’évoque ceux qui, tous derrière, sont dans un mouchoir de poche dont la configuration change chaque jour, je songe exclusivement à Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Eric Zemmour. Je suis admiratif des analyses péremptoires qui veulent laisser croire que l’avenir est écrit alors qu’il n’est pas une prévision qui ne soit démentie par la réalité du lendemain.

Pour ma part, sans avoir la moindre certitude, je me contente d’espérer que Valérie Pécresse se qualifiera pour le second tour. Pour cette raison toute simple mais irréfutable qu’elle sera la seule à pouvoir empêcher la réélection d’Emmanuel Macron en ajoutant à son capital naturel les voix de tous ceux – une part de la gauche comprise qui ne veut plus être flouée – qui ont pour ambition prioritaire la défaite du président actuel.

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Il y a d’ailleurs un paradoxe sur ce plan. Alors que la macronie a parfaitement intégré l’évidence qu’un second tour face à Marine Le Pen – longtemps l’affrontement rêvé – puis contre Eric Zemmour – c’est dorénavant le conflit final privilégié – garantirait une victoire nette dans l’un ou l’autre cas, l’aveuglement touche les partisans du RN et de Reconquête. Ils refusent obstinément, par déni ou enthousiasme, d’accepter cette conclusion qu’aucun de leurs deux champions n’aura la chance de gagner au second tour contre Emmanuel Macron.

Quelque chose de nouveau se fait jour dans cette campagne qui ne mérite pas le mépris dont l’accable Anne Hidalgo car elle est vivante, mobile, surprenante et imprévisible. Le sentiment que pour la beauté du débat et une confrontation enfin authentique entre deux visions de la France et de notre civilisation, en dehors de tout choix partisan, il conviendrait que le président sortant soit face à Eric Zemmour. Comme si cette aspiration était plus forte que toutes les données réalistes à considérer, que les probabilités politiques.

C’est ce qu’Élisabeth Lévy a bien exprimé le 18 février dans l’émission de Julien Pasquet sur CNews en compagnie notamment de Patrick Roger, directeur général de Sud Radio.

Rien ne serait pire que le découragement, ce qui n’exclut pas la lucidité critique, qui à la suite du Zénith – alors qu’elle a bien redressé la barre au Cannet – viendrait gangrener le futur, capital, qui reste à vivre pour Valérie Pécresse avant le 10 avril.

Les quelques transfuges qui ont rejoint Emmanuel Macron en toute fin de parcours, après l’avoir vigoureusement blâmé durant son mandat, ne feront pas oublier l’immense majorité de ceux qui sont inspirés par la fidélité et la cohérence.

Pour que Valérie Pécresse fasse gagner cette droite républicaine qui n’est pas entravée mais enrichie par le compagnonnage avec Eric Ciotti (Le Monde), il faut évidemment que la candidate y mette du sien, réduise son armée mexicaine, améliore sa communication et crée au moins une cellule « riposte ». Ce qu’Emmanuel Macron espère d’une campagne éclair, pourquoi sa seule adversaire dangereuse n’en tirerait-elle pas également profit ?

Lui devant certes pour l’instant, tous derrière soit, mais pas si loin : le rêve d’une réélection est encore un rêve et le cauchemar qui en résulterait pas encore fatal.

Justice au Singulier