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 Enfin ! Moins de 24 heures avant l’échéance pour se déclarer, alors qu’il a les 500 parrainages depuis un mois, ainsi qu’un siège de campagne et une équipe, le président Macron a daigné s’abaisser à faire acte de candidature à sa succession. Bien sûr, le contexte actuel semble faciliter plus encore sa réélection. Pourtant, presque tout dans cette candidature rappelle à quel point il est détestable.

Comme un « vol démocratique »

Arnaud Benedetti a raison d’être sévère dans son papier et de souligner une forme de « vol démocratique ». Bien sûr, Macron n’est pas le premier à utiliser sa fonction à des fins électorales, ce qu’il faisait déjà comme ministre. Et Mitterrand s’était aussi déclaré très tardivement. Et s’il n’a pas choisi le contexte d’une guerre menée par la Russie en Ukraine, il n’est pas le premier à exploiter l’actualité à son profit électoral, une grande spécialité étatsunienne. Mais cette façon de faire pose de multiples problèmes, tous à rebours complet de sa promesse de renouvellement en 2017. L’exploitation de l’actualité politique a été poussée à son paroxysme, avec une intervention télévisée mercredi soir pour toucher, hors campagne, 20 millions de Français. Et Jean Castex a annoncé jeudi la fin du passe vaccinal.

Le plan de communication manquait quand même de subtilité, avec ce déluge d’annonce et discours pré-candidature. Si les macronistes seront satisfaits, il est probable que ceux qui ne goûtent pas au charme de l’actuel président trouve cette concomittance lourde, pas vraiment juste, et que cela renforce leur opposition au président. Bien sûr, les sondages sont plutôt bien orientés pour lui,mais on peut penser que le moment actuel est extraordinairement atypique. La réalité sondagière du 4 mars ne sera pas forcément la réalité des urnes du 24 avril. La campagne pourrait bien abîmer un président impopulaire et au bilan rejeté qui sera sans doute la cible d’une bonne partie des attaques des autres candidats, dont les principaux en font tous leur adversaire numéro 1 pour essayer de passer le premier tour.

Et ici, le pari de Macron est clair et transparent dans sa lettre : il veut enjamber la campagne, la trivialiser, en faire le moins possible, en espérant que cet évitement permette de limiter le rappel de son bilan désastreux. On peut donc s’attendre à une campagne a minima d’ici le premier tour, d’autant plus que sa qualification ne fait pas de doute, et tant que le second tour semble joué. Encore une fois, Macron évite la mécanique démocratique normale qui consiste pour un dirigeant à rendre des comptes aux corps intermédiaires, pour expliquer son action, et se confronter à la critique. Sa seigneurie semble considérer la mécanique normale de la démocratie comme superflue pour lui, sans doute une énième carcatéristique de son immense complexe de supériorité, tellement apparent depuis qu’il a pris la lumière.

Il serait intéressant de faire un bilan des modes d’intervention de Macron sous son mandat. Ill serait probable que la grande majorité sont des interventions sans véritable contradiction. Déjà, le prétendu grand débat organisé en 2019 n’était qu’une comédie aux participants choisis, et où le président pratiquait surtout un log monologue. Il a la plupart du temps privilégié les interventions en place des interviews ou des conférences de presse. Et bien des interviews qu’il a pu donner était réalisée par des personnes ou des journalistes peu au fait d’une interview présidentielle. Mieux, je n’ai pas le souvenir qu’il se soit confronté deux fois de suite à la même personne. Bref, Macron refuse largement de rendre des comptes et je ne suis pas sûr que ce nouvel évitement ne finisse pas par lui revenir comme un boomerang.

Pour couronner le tout, cette lettre très légère sur le fond illustre bien la superficialité de la pensée de Macron. S’il assène « Il nous faudra donc travailler pus et poursuivre la baisse des impôts pesant sur le travail et la production », dans un pur style oligarchiste, le bilan des dix dernières années montre que cette voie est une impasse. Depuis le virage du début du mandat de Hollande, les innombrables baisses d’impôts (CICE, plan compétitivité, puis, sous Macron, baisse de l’IS et des impôts de production) et la déconstruction du droit du travail n’ont rien apporté, comme le montre bien notre déficit commercial. Cette quête de compétitivité dans un espace comme l’UE, où les salaires peuvent être cinq fois plus bas, est totalement illusoire. Elle ne sert qu’à gonfler les profits des multinationales, comme l’illustre le record des profits du CAC40 réalisé en 2021. Bref, Macron nous rabache des idées totalement éculées.

Certes, le contexte actuel lui semble extraordinairement favorable, mais je continue à espérer que, malgré tout, notamment du fait de sa personnalité hautement détestable, opportuniste, superficiel, méprisant, peu démocrate et profondément oligarchiste, le jeu n’est pas fait. Et je veux croire que ce n’est pas son approche de la campagne qui va arranger les choses, une fois que l’effet de stupeur sera passé.

Gaulliste libre