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Des soldats ukrainiens
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Des soldats ukrainiens

Jean-Louis Bordeleau

Après bientôt sept semaines de guerre, les espoirs d’une solution négociée semblent désormais vains. Tant les Russes, les Ukrainiens que les Occidentaux ont évoqué mardi les conclusions sanglantes vers lesquelles se dirige le conflit.

En visite dans l’Extrême-Orient russe, le président Vladimir Poutine a critiqué mardi le « manque de cohérence » des Ukrainiens dans les pourparlers avec Moscou, les accusant de changer sans cesse de position, ce qui « crée des difficultés » dans l’établissement d’un accord.

Évoquant la rencontre au sommet tenue en Turquie le 29 mars dernier, le chef de l’État russe a indiqué que les deux parties avaient parlé d’une « garantie de sécurité en Ukraine » en échange d’une régularisation des territoires annexés par la Russie, soit « la Crimée, Sébastopol et le Donbass ». Or, les négociateurs ukrainiens « ont hier encore une fois changé d’avis », a-t-il clamé.

Il a du même souffle rappelé ses intentions militaires, en les qualifiant de « nobles ».

« Notre tâche est d’accomplir les objectifs fixés en limitant le plus possible les pertes. Nous allons agir de manière harmonieuse, calmement, en conformité avec le plan proposé dès le départ par l’état-major. »

Les négociations avec Moscou en vue d’un accord de paix russo-ukrainien sont « extrêmement difficiles », a concédé mardi un conseiller de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak, déplorant que « la partie russe s’en tienne à ses tactiques traditionnelles de pression publique sur le processus de négociation, notamment par le biais de certaines déclarations ».

« Il est clair que le côté émotionnel aujourd’hui dans le processus est lourd », a-t-il ajouté.

Les Occidentaux résignés

Plusieurs dirigeants occidentaux se sont montrés tout aussi résignés à la poursuite des combats.

Le chancelier autrichien, Karl Nehammer, premier responsable européen à se rendre à Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine, a rencontré le président russe lundi et s’est dit « pessimiste » face à l’avenir du pays envahi.

« Il ne faut pas se faire d’illusions. Le président Poutine est entré massivement dans une logique de guerre et il agit en conséquence » dans l’espoir d’enregistrer « un succès militaire » rapide, a-t-il soutenu. « Il y a peu d’intérêt du côté russe pour une rencontre directe » avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Oui, j’ai appelé ça un génocide, car il est de plus en plus évident que Poutine essaie simplement d’effacer l’idée même que quelqu’un puisse être Ukrainien.

— Joe Biden

Vladimir Poutine a en fait « décidé qu’il ne s’arrêterait pas », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, dans un entretien publié mardi, disant croire « assez peu à notre capacité collective à le mettre autour d’une table de négociation à court terme ».

« Il a besoin pour lui-même d’une victoire militaire », a avancé M. Macron, l’un des rares dirigeants occidentaux à converser régulièrement avec le président russe.

Plusieurs analystes estiment que Vladimir Poutine mise en effet sur une victoire dans le Donbass d’ici le 9 mai, jour national dit « de la victoire ». Cette date marque le triomphe soviétique sur les nazis en 1945 et se célèbre chaque année par un imposant défilé militaire au centre-ville de Moscou.

Pour la première fois depuis le début du conflit, le président américain, Joe Biden, a accusé mardi l’armée russe de perpétrer un « génocide » en Ukraine. « Le budget de votre famille, votre capacité à faire votre plein d’essence, rien de tout cela ne devrait dépendre du fait qu’un dictateur déclare la guerre et commet un génocide à l’autre bout du monde », a déclaré le président lors d’un déplacement dans l’Iowa consacré à la lutte contre l’inflation.

Quelques minutes plus tard, il a persisté et signé devant les journalistes. « Oui, j’ai appelé ça un génocide, car il est de plus en plus évident que Poutine essaie simplement d’effacer l’idée même que quelqu’un puisse être Ukrainien. »

L’Allemagne sur les lignes de côté

Dans cette pléthore d’accusations sans détour formulées par l’Occident, l’Allemagne a essuyé un revers symbolique illustrant sa mise de côté dans l’actuel ballet diplomatique.

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a avoué mardi avoir envisagé de se rendre en Ukraine avec d’autres chefs d’État, avant d’accuser une fin de non-recevoir de la part des Ukrainiens.

Il est clair que le côté émotionnel aujourd’hui dans le processus est lourd. 

— Mykhaïlo Podoliak  

Ce voyage devait se dérouler avec les présidents de la Pologne et des États baltes : « J’étais prêt à le faire, mais apparemment, et je dois en prendre acte, ce n’était pas souhaité à Kiev », a affirmé M. Steinmeier lors d’un déplacement à Varsovie. Cette visite avait pour but « d’envoyer un signal fort de solidarité européenne commune avec l’Ukraine ».

Le quotidien Bild avait le premier fait état de cet imbroglio, citant notamment un diplomate ukrainien qui a tenu des propos très sévères envers le président : « Nous connaissons tous les relations étroites de Steinmeier avec la Russie ici… Il n’est pas le bienvenu à Kiev pour le moment. Nous verrons si cela change. »

Ces dernières semaines, M. Steinmeier, qui fut par deux fois ministre des Affaires étrangères d’Angela Merkel, a fait l’objet de critiques pour son supposé manque de fermeté à l’égard de la Russie.

Il avait même reconnu début avril avoir commis une « erreur » en soutenant la construction du gazoduc Nord Stream 2, entre la Russie et l’Allemagne. M. Steinmeier misait sur sa perception que « Vladimir Poutine n’accepterait pas la ruine économique, politique et morale de son pays pour sa folie impériale ».

« Comme d’autres, je me suis trompé », a-t-il conclu.

Le Devoir Avec l’Agence France-Presse