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Saint-Cyrien, officier parachutiste, diplômé de relations internationales de l’université Paris IV Sorbonne, spécialiste de la Russie, Xavier Moreau est notamment l’auteur de La Nouvelle Grande Russie (Ellipses, 2012) et Ukraine. Pourquoi la France s’est trompée (Rocher, 2). Il vient de publier aux éditions Stratpol un ouvrage sur la nature profonde de la gauche française sur lequel la rédaction de Géostratégiques a voulu tout particulièrement l’interroger.

Questions à Xavier Moreau sur son livre Le livre noir de la gauche française, Paris/Moscou, Stratpol éditions, 2022, 182 pages, ISBN : 9782958132804

Géostratégiques : Quelle est l’origine de cet ouvrage de sciences politiques ?

Xavier Moreau : l’initiative m’en est venue à la suite du constat de l’inadéquation entre la présentation générale de la gauche par les responsables politiques, dans les médias largement dominés par ce courant, aux niveaux culturel et philosophique, et la réalité de l’action concrète que cette gauche mène contre le peuple comme on a pu le constater contre les gilets jaunes ou lors des manifs pour tous. Il m’a semblé qu’il fallait enfin revenir à l’étude de l’essentiel de la substance originelle de la doctrine de la gauche, des débuts, la gauche révolutionnaire et de la IIIe République, jusqu’à nos jours. Cette orientation d’une élucidation de la réalité de la gauche sur cette longue période n’avait pas été, sauf erreur de ma part, menée à bien jusqu’à maintenant.

Géostratégiques : vous évoquez l’épisode de la terreur comme cœur nucléaire de la gauche et de l’application de sa doctrine. Pouvez-vous nous l’expliquer ?

Xavier Moreau : La Terreur est effectivement le moment privilégié où la gauche française va instrumentaliser le pouvoir qu’elle a conquis par la violence et son coup de force. Sa nature idéologique sera immédiatement perceptible notamment au sein de l’action de ses composantes, les girondins attachés à compulsivement, jusqu’à la guerre, exporter la révolution dont ils veulent imposer l’idée pourtant artificielle de son universalisme, et les jacobins suppôts de ce qu’ils appellent une régénération du peuple au prix des massacres et d’une répression unique en France.

Géostratégiques : Vous soulignez la prétention de cette élite bourgeoise monopolisant le pouvoir

Xavier Moreau : Ses objectifs sont en effet à la fois très clairs et très prétentieux, jugez plutôt : la gauche au pouvoir veut, par la force et la terreur, substituer à la religion catholique fondatrice de l’histoire française, une religion de remplacement appelée la laïcité dont la neutralité est un leurre. En plus de ce fondement religieux séculaire, la gauche désire détruire l’ancienne France, sa culture, son organisation, son ordre social, rien que ça. Certaine de sa légitimité la gauche française ne se donne aucune limite éthique. Ce programme de terre brûlée la pousse à déclarer la guerre à son propre peuple ainsi qu’à toute l’Europe pour venir à bout des « tyrans ». La logique dialectique qu’elle utilise reste jusqu’à aujourd’hui apparemment imparable puisqu’elle se fonde sur le recours au principe d’Égalité, qui lui sert à légitimer les plus grandes injustices. Les écoles primaires enracinées sur des principes simples et concrets, libres et équilibrées, en plein essor en 1789, seront parmi les premières victimes de cet engrenage terrible. Ferry, Mitterrand, Hollande et Macron continueront sur cette voie.

Géostratégiques : Avant ces personnalités que vous citez, quels sont les théoriciens fondateurs de la gauche moderne ?

Xavier Moreau : Voltaire, d’abord et surtout, jugé digne d’être amené au Panthéon dès 1791. Seulement, la gauche contemporaine devenu indigéniste ne peut plus cacher qu’il fut également trafiquant d’esclaves, raciste et antisémite. Robespierre,ensuite, celui qui lie totalitarisme idéologique et gauche française. Danton, aussi,inaugurant le long cortège des responsables d’une gauche corrompue mais qui sont orgueilleusement persuadés de leur impunité parce que ne pouvant pas douter de leur légitimité. Gambetta et Ferry sont ceux des gouvernants de la gauche qui vont
la maintenir au pouvoir par l’adaptation permanente des institutions à ses intérêts électoraux, et financiers de la IIIe République jusqu’en 1958. Ce sont eux qui font que la gauche française est à l’origine de la colonisation car elle veut exporter ses « valeurs » qu’elle croit universelles. Ces responsables de gauche suivent le double objectif de répandre les idées gaucho-révolutionnaires partout dans le monde tout en déchristianisant la France, alors que les grandes guerres du xxe siècle auraient requis une tout autre politique. La gauche cherche également un exutoire car dans les années 1870-1880, les Français, qui sont hostiles à la colonisation, ont les yeux tournés vers la ligne bleue des Vosges. Des nationalistes comme Déroulède veulent récupérer l’Alsace et la Lorraine. Elle mène ensuite à partir de 1946 les guerres de décolonisation alors que la raison aurait voulu que la France abandonna ses ruineuses colonies rapidement et pacifiquement. Par la suite, la gauche soixantehuitarde autour de Jean-Paul Sartre accouche d’une idéologie francophobe qui entend faire porter au peuple français la responsabilité sur des crimes – la plupart fantasmée – mais qui quand ils ont existé réellement, sont l’oeuvre de la gauche qui fut au pouvoir tout au long de cette grandiose mais absurde épopée. La grande figure de la gauche contemporaine reste François Mitterrand. Il reste une idole pour une partie de la gauche française bien qu’il fut, collaborationniste, colonialiste et
que son régime fut celui d’une corruption extrême.

Géostratégiques : Vous avez évoqué une religion de remplacement, pouvez-vous préciser ?

Xavier Moreau : La gauche possède ontologiquement une nature idéologique, dont ses caractéristiques premières sont son dogmatisme et son déterminisme. La gauche veut supprimer la distinction en France entre le temporel et le spirituel en imposant ses dogmes et ses mythes. Elle singe d’ailleurs les ouvrages religieux car elle comprend que pour un peuple pieux comme le peuple français la suppression pure et simple du catholicisme ne suffira pas, « On ne détruit que réellement que ce qu’on remplace ». C’est la mission que se fixe Ferdinand Buisson sous la IIIe République, reprise aujourd’hui par un Vincent Peillon évoquant la laïcité comme la « religion pour la République ». Le déracinement spirituel, la haine de l’Église et de la civilisation chrétienne restent le fond dogmatique principal de la gauche.

Géostratégiques : Beaucoup plus étonnant vous évoquez dans votre ouvrage, une gauche belliciste toujours prête à la guerre et, a contrario, capable de lâcher la défense nationale lorsque le besoin vital s’en fait sentir.

Xavier Moreau : Effectivement la gauche n’est en rien gênée pour déclencher des guerres meurtrières ni pour refuser le combat lorsque celui-ci s’avère en revanche nécessaire pour sauvegarder l’intérêt du pays. Elle est belliciste et pacifiste toujours à contretemps. Elle est belliciste pour exporter son idéologie, en 1792, 1880 ou plus récemment en Libye ou en Syrie, prétendant apporter sa bonne nouvelle à des peuples qui ne lui ont rien demandé. Elle est en revanche pacifiste et inapte face aux dangers réels qui ont menacé la France, en 1914, en 1939 et plus récemment
dans la lutte contre le terrorisme islamiste. La gauche est tellement idéologique qu’éloignée de la réalité, son action ne correspond pas à la géopolitique propre de la France pourtant toute entière tournée vers le si vis pacem para bellum.

Géostratégiques : Pouvez-vous citer des hommes d’État qui ont pu opposer une doctrine
et une action efficace à l’idéologie de gauche ?

Xavier Moreau : S’il faut en sélectionner deux, je dirais que le colonel de La Rocque a montré qu’un grand parti populaire nationaliste et conservateur pouvait exister en France en créant en 1936 le Parti social français inspiré du catholicisme social,rassemblant au moins 1,2 millions d’adhérents dont 300 000 femmes et qui aurait – sans l’invasion allemande – accédé au pouvoir au printemps 1940. Le général De Gaulle a, quant à lui, pu concevoir que la République pouvait être conservatrice
et faire autre chose que de persécuter les catholiques. Il a mis fin aux aventures coloniales de la gauche, a restauré la grandeur de la France à l’international, son industrie et son armée. Ce sont les deux personnages dont on peut s’inspirer même s’il faut – bien entendu – rester critique sur certains aspects de leur action.

Académie de Géopolitique de Paris