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Allemagne, Économie, Énergie, Robert Habeck, secteur de la construction
Par Nikolaus J. Kurmayer

Après avoir manqué l’objectif de réduction des émissions de CO2 dans les bâtiments qu’il s’était fixé pour 2021, le gouvernement allemand entend combler le déficit du secteur en consacrant davantage de fonds aux rénovations et en interdisant les nouvelles chaudières à gaz à partir de 2024.
Dans un arrêt historique rendu en 2021, le Tribunal constitutionnel fédéral d’Allemagne a demandé au gouvernement de renforcer l’action en faveur du climat afin de ne pas faire peser une charge excessive sur les générations futures.
Le gouvernement veut maintenant accélérer le processus de décarbonation du secteur du bâtiment, à la traîne, selon des documents gouvernementaux consultés par EURACTIV.
« Au vu des objectifs non atteints…., il y a un grand besoin d’action de politique climatique dans le secteur du bâtiment », peut-on lire dans le document gouvernemental, qui sera présenté mercredi.
Le plan en 9 étapes vise à mettre l’ensemble du secteur du bâtiment sur la bonne voie pour atteindre les objectifs climatiques de l’Allemagne. D’ici 2030, les bâtiments ne pourront plus émettre que 67 millions de tonnes d’équivalent CO2 (MtCO2e) par an, contre 119 MtCO2e en 2020.
Objectif de réduction des émissions du bâtiment manqué
L’objectif de l’Allemagne pour 2021 – 113 MtCO2e — a été manqué de 2 MtCO2e. Le document gouvernemental indique que si rien ne change, le secteur émettra 152 millions de tonnes de CO2 de trop d’ici à 2030.
La loi sur le climat du pays prévoit un plan d’urgence dans les 90 jours suivant l’annonce qu’un objectif sectoriel n’a pas été atteint.
Ce plan sera présenté mercredi par le ministre de l’Économie et de l’Action climatique Robert Habeck, aux côtés de la ministre du Logement Klara Geywitz.
« Ce paquet est destiné à réagir aux objectifs manqués de l’année dernière dans le secteur du bâtiment », a déclaré Mme Geywitz mercredi (13 juillet) lors de la présentation officielle du paquet.
Il contient un mélange de mesures qui avaient déjà été annoncées précédemment ainsi que de nouvelles mesures, comme la transposition des lois européennes à venir dans la législation nationale.
Plan d’urgence en 9 points
La première initiative, phare, est l’interdiction de toute nouvelle chaudière à gaz. À partir du 1er janvier 2024, tout appareil de chauffage nouvellement installé devra fonctionner avec 65 % d’énergies renouvelables, ce qui exclut de fait les appareils de chauffage à combustibles fossiles purs comme les chaudières à gaz ou à fioul.
Deuxièmement, le gouvernement va réorienter les subventions en faveur de la rénovation plutôt que de la construction de nouveaux logements économes en énergie.
Patrick Graichen, un haut responsable de la fonction publique, a déclaré que chaque euro investi dans les rénovations est dix fois plus efficace que ceux investis dans les subventions aux nouveaux logements.
Troisièmement, le paquet comprendra un programme de rénovation en série à partir de mai.
Ce programme vise essentiellement à produire en masse des pièces destinées à l’isolation des bâtiments, afin de réduire le temps consacré à chaque projet de rénovation, selon le gouvernement.
Quatrièmement, le gouvernement attend le feu vert de la Commission européenne pour ses subventions en faveur de réseaux de chauffage efficaces. Le régime de subventions devrait encourager le passage au chauffage urbain, qui est plus efficace que le chauffage individuel, soutenir le passage aux sources d’énergie renouvelables et améliorer l’utilisation de la chaleur résiduelle industrielle inévitable.
La Commission devrait approuver le régime d’aides d’État avant la fin du mois d’août.
Cinquièmement, le gouvernement demandera aux municipalités de formuler un « plan thermique ».
Les situations variant d’une municipalité à l’autre, le gouvernement souhaite que chacune d’entre elles identifie les solutions de chauffage qui lui conviennent le mieux, qu’il s’agisse du chauffage urbain ou de l’utilisation d’une infrastructure à hydrogène à proximité.
Sixièmement, Berlin veut lancer une « offensive de qualification » pour les pompes à chaleur. L’objectif est de renforcer la formation et la qualification des installateurs afin de tripler au moins le nombre de pompes à chaleur installées en 2024 par rapport à 2021.
Septièmement, le gouvernement souhaite lancer un programme visant à garantir que les systèmes de chauffage actuels des citoyens fonctionnent de manière optimale avant l’hiver prochain. Il est prévu que des conseils et un soutien visant à aider les chauffages à être ventilés, une mesure à laquelle on attribue des gains d’efficacité de 15 %, fassent partie du programme.
D’autres mesures potentielles comprennent des conseils sur la température des chaudières, qui sont statistiquement trop chaudes et donc inefficaces, ce que les experts en chauffage réclament depuis longtemps.
L’Autriche a également appelé sa population à prendre des mesures similaires avant l’hiver.
Huitièmement, le gouvernement allemand entend transposer immédiatement la directive sur l’efficacité énergétique, qui est actuellement en cours d’actualisation.
L’objectif est de faire appliquer la directive révisée à partir de 2023, probablement avec des objectifs beaucoup plus ambitieux que ceux envisagés par la Commission européenne lorsqu’elle a présenté sa proposition en juillet 2021.
D’autres mesures complètent le plan
Enfin, le gouvernement rassemble quelques mesures éparses telles que le plan d’économies d’énergie pour les bâtiments publics et municipaux ainsi que le soutien à l’innovation.
Une fois publié, le conseil allemand des experts en climatologie tiendra une réunion afin d’évaluer le plan. Bien que la version 2021 présentée par l’administration de Mme Merkel n’ait pas été acceptée, un résultat similaire n’est pas attendu cette fois-ci.
Par ailleurs, les partis de la coalition allemande continuent de négocier un programme d’urgence climatique de plus grande envergure afin que le pays atteigne son objectif de réduction des émissions de 65 % d’ici à 2030. Un accord final est actuellement bloqué par le parti libéral FDP, croit savoir EURACTIV.