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L'Assemblée générale de l'ONU durant l'intervention de son secrétaire général, Antonio Guterres.
Photo : Getty Images / Anna Moneymaker

Agence France-Presse

Devant l’urgence, des dirigeants du monde entier ont appelé mardi à redoubler d’efforts pour lutter contre l’insécurité alimentaire croissante dans le monde, exacerbée par une convergence de crises, par l’invasion russe de l’Ukraine et par le manque d’engrais.

Rassemblés en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, les États-Unis, l’Union européenne, l’Union africaine ainsi que l’Espagne et la Colombie ont coprésidé une réunion lors de laquelle ils ont appelé à relever le défi posé par cette insécurité alimentaire, elle-même facteur d’instabilité.

Cette réunion survenait dans le sillage du G7 en juin, au cours duquel les grandes puissances avaient promis de consacrer près de cinq milliards de dollars pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

Il n’y a pas de paix avec la faim et il n’y a pas de lutte contre la faim sans la paix, a résumé le premier ministre espagnol Pedro Sanchez, tandis que son homologue allemand, le chancelier Olaf Scholz, a appelé à agir avec un sentiment d’urgence.

Le président américain Joe Biden, qui s’adressera mercredi à l’ONU, devrait y annoncer une nouvelle aide américaine, a indiqué son secrétaire d’État Antony Blinken, un des hôtes de la réunion.

Dans son discours à l’ONU mardi, le président Emmanuel Macron a annoncé que la France financerait l’évacuation du blé ukrainien à destination de la Somalie, un pays menacé par la famine.

Une multitude de crises

Parmi les facteurs de crise : la pandémie de COVID-19, qui a perturbé les circuits de distribution, le changement climatique et la guerre en Ukraine, les responsables ayant accusé mardi la Russie d’avoir mis la sécurité alimentaire en péril.

La vérité, c’est que [le président russe Vladimir] Poutine fait chanter la communauté internationale en usant de l’arme alimentaire, a dénoncé M. Sanchez.

Les États-Unis ont fait de la sécurité alimentaire une priorité diplomatique, non sans arrière-pensées politiques, en ciblant la responsabilité de la Russie. D’un autre côté, de nombreux pays du Sud insistent également sur ce thème dans le contexte élargi de la crise climatique et des prix de l’énergie.

Les dirigeants ont souligné le caractère vital de l’accord dit de la mer Noire, qui permet d’acheminer par bateau les céréales ukrainiennes dont dépendent nombre de pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Cet accord, signé par la Russie et par l’Ukraine et validé par les Nations unies et par la Turquie en juillet, a permis la reprise de l’exportation des céréales ukrainiennes par un corridor sécurisé.

Contrairement à la désinformation en provenance de Moscou, ces céréales et d’autres produits alimentaires vont là où il le faut, soit aux pays les plus vulnérables, globalement dans le Sud, a assuré M. Blinken. L’accord a aussi permis de faire baisser les prix et doit être reconduit urgemment, a-t-il dit.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a contribué à aggraver les pénuries alimentaires avec lesquelles sont aux prises certains des pays les plus pauvres du monde.

Selon un rapport américain du Conflict Observatory, environ 15 % de la capacité de stockage de céréales de l’Ukraine a été perdue depuis le début de la guerre, en février dernier, avec des effets néfastes pour la sécurité alimentaire mondiale.

Pas assez de nourriture en 2023, selon l’ONU

Ces pertes considérables remettent en cause la capacité de l’Ukraine à garder son rôle de grenier de nombreux pays, qui en dépendent pour leurs approvisionnements en blé, en maïs et en tournesol.

Il apparaît clair que la perturbation actuelle des chaînes d’approvisionnement alimentaire et la guerre en Ukraine vont avoir des répercussions sur les prochaines récoltes. Il y a de une à deux récoltes par année et nous le voyons déjà, avait auparavant mis en garde Alvaro Lario, qui préside le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA), en insistant sur la question des engrais dont la Russie est un important producteur.Cela va être dévastateur l’année prochaine […], peut-être pire que pendant la COVID, a-t-il dit lundi à l’AFP.

Dans un rapport diffusé en juillet, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) assuraient qu’entre 702 et 828 millions de personnes [avaient] été touchées par la faim en 2021, soit 9,8 % de la population mondiale.

La semaine dernière, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait averti : Si nous ne stabilisons pas le marché des engrais en 2022, il n’y aura tout simplement pas assez de nourriture en 2023.