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Par : Paul Messad

La France, plus que ses voisins, peut également compter sur une partie substantielle de son mix énergétique alimenté grâce à l’énergie nucléaire. Et si le prix de l’uranium a augmenté, il reste abordable.
La facture énergétique française devrait atteindre 100 milliards d’euros selon Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire, auditionné au Commission parlementaire des affaires économiques mercredi (21 septembre), mais le reste de l’Europe doit s’attendre à pire.
Selon les chiffres du ministère de la Transition écologique, la facture énergétique française s’élevait à 44,3 milliards d’euros en 2021, soit un quasi-doublement par rapport à la facture de 2020, évaluée à 19,1 milliards d’euros.
Cette hausse s’explique par le déséquilibre entre l’offre et la demande énergétique suite à la reprise post-Covid-19, qui a entraîné dans son élan la hausse des prix des énergies fossiles et des volumes importés.
Plus précisément, les factures liées aux importations de pétrole, de produits raffinés et de biocarburants ont fortement augmenté. Celle du gaz naturel à presque triplée, passant de 5,2 milliards en 2020 à 13,3 milliards d’euros en 2021.
En parallèle, celle des importations de charbon n’a augmenté que faiblement, tandis qu’un solde exportateur d’électricité positif a allégé la facture de 2,6 milliards, contre 1,2 milliard d’euros en 2020.
Dans un courrier que s’est procuré EURACTIV France, la ministre de l’Énergie française, Agnès Pannier-Runacher, tente directement auprès de la Commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, d’intégrer le nucléaire dans les sources d’énergie pour la production de l’hydrogène dit « vert ».
Une facture proportionnellement plus chère dans le reste de l’UE
Mais cette facture pourrait être encore plus élevée chez les voisins européens de la France. En Allemagne par exemple, dans la mesure où son mix énergétique est composé à 78% d’énergie fossile, contre 46% en France.
Selon une approche restrictive se basant sur les données croisées acquises pour le moment, la facture allemande devrait ainsi s’élever au delà de 120 milliards d’euros à la fin de cette année.
En outre, l’hexagone est moins dépendant du gaz russe que ses partenaires européens, comptant pour 20% de ses imports énergétiques, contre 38% dans l’ensemble de l’UE. Ces parts d’énergie russe dans les mix énergétiques sont d’ailleurs en hausse, puisqu’elles étaient respectivement de 13 et 20% en 2019.
La France, plus que ses voisins, peut également compter sur une partie substantielle de son mix énergétique alimenté grâce à l’énergie nucléaire. Et si le prix de l’uranium a augmenté, il reste abordable.
Dès lors, la facture française en uranium française pour 2021 s’est élevée à moins de 1 milliard d’euros selon Valérie Faudon, pour environ 40% de la consommation d’énergie primaire selon les chiffres du ministère de la Transition écologiques pour 2021.
« On voit ici les effets d’un bon mix énergétique par rapport à une dépendance vis-à-vis des énergies fossiles » insiste la déléguée générale de la SFEN.
Faible disponibilité du mix électrique et hausse des prix à l’import
Mais sur l’année 2022, la France est importatrice nette d’électricité. La faible disponibilité du parc nucléaire en raison d’un calendrier de maintenance retardé et des problèmes de sécurité sur certains réacteurs, ainsi que la faible disponibilité du parc hydraulique en raison des niveaux d’eaux contraints par la sécheresse, combinés à la hausse des prix et des volumes d’énergies fossiles importés, vont donc entraîner une hausse substantielle de la facture énergétique.
La direction générale du trésor français révélait ainsi en avril que la facture énergétique française a atteint un nouveau record, passant de 27 milliards d’euros au second semestre 2021 à 48 milliards d’euros au 1er semestre 2022.
Sur la base de ces prix, « nous allons finir l’année avec une facture énergétique supérieure à 100 milliards d’euros », indique Valérie Faudon. Un quasi quadruplement de la facture en deux ans que confirme Nicolas Goldberg, senior manager énergie chez Columbus Consulting, également auditionné.
La facture représenterait donc entre 4 et 4,5% du produit intérieur brut hypothétique de la France évalué à 2 352 milliards d’euros pour 2022 selon l’INSEE.
Cette situation entraîne une forte dégradation du solde commercial française, en chute de 71 milliards au premier semestre 2022, contre une baisse de 51 milliards au second semestre 2021.