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Par : Alexandra Brzozowski et Alice Taylor | traduit by Anna Martin

« Nous sommes très inquiets en ce qui concerne la situation dans les Balkans occidentaux », a indiqué Josep Borrell à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE consacrée à la situation dans la région. [Union européenne]

La Serbie et le Kosovo sont au bord d’une crise dangereuse, a déclaré le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, lundi (14 novembre), appelant les deux parties à remplir leurs obligations dans le cadre du dialogue Belgrade-Pristina facilité par l’UE.

Ses commentaires font suite aux réunions tenues à Paris la semaine dernière entre l’Union européenne, la France et les dirigeants du Kosovo et de la Serbie, où les espoirs d’une réunion trilatérale réunissant les ennemis de longue date n’ont finalement pas abouti.

« Nous sommes très inquiets en ce qui concerne la situation dans les Balkans occidentaux », a indiqué M. Borrell à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE consacrée à la situation dans la région.

« Les tensions inutiles et contre-productives » entre le Kosovo et la Serbie atteignent un niveau « très, très dangereux » et engendrent une situation qui nous pousse « malheureusement au bord d’une nouvelle crise », a-t-il ajouté.

Faisant référence aux dernières tensions en date, il a évoqué de la crise la plus grave et la plus dangereuse de ces dix dernières années et a déclaré que le retrait serbe des institutions du Kosovo avait créé un vide.

« Dans ce vide, le pire peut arriver, donc les deux parties doivent faire preuve de davantage de flexibilité », a prévenu le chef de la diplomatie de l’UE.

Dans le nord du pays, la situation est devenue encore plus instable ces dernières semaines alors que des membres de la communauté serbe ont démissionné des institutions du Kosovo en signe d’opposition à l’exigence du gouvernement d’imposer des plaques d’immatriculation kosovares pour toutes les voitures appartenant à des citoyens du Kosovo.

La Serbie s’oppose à cette mesure car elle ne reconnaît toujours pas l’indépendance du Kosovo.

M. Borrell a insisté sur le fait que les deux parties doivent « immédiatement se montrer prêtes à trouver un moyen de calmer ces tensions ».

« Il n’est pas acceptable qu’une des parties viole ou ignore ses obligations dans le cadre du dialogue », a-t-il poursuivi.

« Les Serbes du Kosovo doivent réintégrer les institutions. Les autorités du Kosovo doivent faire preuve de souplesse en ce qui concerne les plaques d’immatriculation et travailler à la mise en œuvre de l’accord sur l’Association des municipalités à majorité serbe sans délai. »

Cependant, sous la pression internationale, Pristina a déjà reporté à plusieurs reprises la mise en œuvre de la nouvelle règlementation concernant les plaques et a accepté de la mettre en œuvre progressivement entre novembre et avril. La prochaine étape du processus débutera lorsque les personnes qui ne souhaitent pas se conformer à l’exigence des autorités kosovares se verront imposer une amende.

Les analystes de la sécurité ont mis en garde contre une mobilisation importante de Serbes le 21 novembre prochain. Ces derniers pourraient viser des institutions inoccupées et bloquer des routes. Pendant ce temps, le président serbe Aleksandar Vucic continue de menacer le Kosovo en affirmant que les Serbes résisteront.

Dans ce contexte, le chef de la diplomatie du bloc a annoncé que les négociateurs en chef de Belgrade et de Pristina se rendraient bientôt à Bruxelles dans les prochaines heures afin d’entamer les négociations pour trouver une issue à la crise.

Le représentant du Kosovo devait déjà arriver lundi soir pour des discussions qui marqueront la première étape du processus.

L’idée est de trouver une solution à ce différend avant le 21 novembre, date à laquelle Pristina commencera à appliquer la nouvelle réglementation.

« Le message du Conseil est clair : nous avons besoin de progrès concrets. […] Nous ne pouvons pas atteindre cette date sans un accord », a prévenu M. Borrell.

Ses observations interviennent dans un contexte où certains craignent que l’Union européenne ne possède pas les moyens d’agir en tant que médiateur pour parvenir à un accord, après onze années de dialogue n’ayant donné que peu de résultats concrets.

« Maintenant, nous avons présenté une proposition qui devrait être discutée et qui devrait être une bonne façon de sortir de cette situation », a déclaré M. Borrell, remerciant l’Allemagne et la France pour leur soutien.

Lors du sommet du Processus de Berlin début novembre, M. Borrell a présenté aux parties une proposition soutenue par Berlin et Paris visant à « réaliser des progrès concrets et définitifs sur la voie d’une normalisation complète » des relations entre la Serbie et le Kosovo.

Après la réunion de la semaine dernière, M. Vucic a déclaré qu’il n’était pas optimiste quant à la résolution de la crise. Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, a pour sa part réaffirmé que son pays n’accepterait jamais la création de l’Association de municipalités serbes, comme le demande la Serbie.

Cette association consisterait en une structure exécutive bénéficiant du soutien de Belgrade et serait établie au Kosovo pour les Serbes de souche qui vivent dans le pays. Pristina a maintenu que l’association pouvait exister, mais qu’elle ne pourrait pas avec de pouvoirs exécutifs.

Entre-temps, la présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a fixé au 18 décembre l’organisation d’élections anticipées pour les maires des quatre municipalités du nord où les représentants de la minorité ethnique serbe ont abandonné leurs postes.

Mme Osmani a déclaré qu’elle demanderait la présence d’observateurs électoraux internationaux, ajoutant que les autorités « prendront toutes les mesures nécessaires pour que les citoyens, quelle que soit leur appartenance ethnique, se sentent protégés, en sécurité et exercent leurs droits constitutionnels ».

EURACTIV