
Stéphane Baillargeon
L’écrivain Michel Houellebecq, un des plus célèbres de France, est accusé par la Grande Mosquée de Paris d’avoir tenu « des propos très graves » au sujet des musulmans dans une entrevue accordée récemment à une revue. La Grande Mosquée a donc porté plainte officiellement mercredi devant le procureur de la République de Paris en présumant que ces propos représentent une « provocation à la haine contre les musulmans ».
La liberté d’expression est reconnue constitutionnellement en France, mais le pays prévoit plusieurs exceptions à l’exercice de ce droit fondamental. Il existe notamment, depuis 1972, un « délit de provocation publique à la haine raciale ».
La source de la réaction est un long entretien entre Michel Houellebecq et le philosophe Michel Onfray publié par Front populaire dans son dernier numéro. La revue de commentaire politique fondée en 2020 se veut opposée aux élites, au président Emmanuel Macron, au libéralisme économique et à l’Union européenne, et favorable à une démocratie plus directe, souverainiste.
L’écrivain y dit notamment : « Quand des territoires entiers seront sous contrôle islamique, je pense que des actes de résistance auront lieu. Il y aura des attentats et des fusillades dans des mosquées, dans des cafés fréquentés par les musulmans, bref des Bataclan à l’envers. »
M. Houellebecq ajoute : « Le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de [la] voler et de [l’]agresser. Ou bien, autre solution, qu’ils s’en aillent. »
La plainte cite précisément ces « phrases lapidaires » dans sa démarche contre l’écrivain, d’après un communiqué diffusé sur Twitter. « Dans un État de droit, le recours au juge est le moyen normal de débattre en citoyen des violations de la loi, et c’est ce droit qu’exerce la Grande Mosquée de Paris, en s’appuyant sur les jurisprudences rendues pour toutes les religions », dit le texte.
La déclaration rappelle le jugement du 20 décembre 2022 de la Cour européenne des droits de l’homme dans « l’affaire Zemmour ». L’ancien journaliste et candidat à la présidence française contestait une condamnation à 3000 euros d’amende par le tribunal de Paris pour des propos visant les musulmans tenus sur le plateau de l’émission de télé C à vous en décembre 2016.
Le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de [la] voler et de [l’]agresser. Ou bien, autre solution, qu’ils s’en aillent.– Michel Houellebecq
Le polémiste avait estimé que la France vivait « depuis 30 ans une invasion » visant à « islamiser un territoire » et à enclencher « un djihad ». La peine pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur origine » a été maintenue par le tribunal européen.
Michel Houellebecq, misanthrope assumé, dissèque au scalpel le corps sociopolitique français depuis des décennies, mais aucune de ses autopsies littéraires n’a poussé la provocation catastrophiste et les outrages nihilistes autant que ses derniers romans. Soumission (2015), satire d’anticipation imbibée de décadentisme, décrit un futur proche (… en 2022) où la France élit un président musulman. Anéantir (2022) poursuit dans la même veine en imaginant en 2027 une France où dominent les attentats terroristes.