Étiquettes
Chine, Emmanuel Macron, Europe de l'est, manque de lair, von der Leyen à Pékin
Cela aurait pu être un grand moment pour une politique européenne en Chine : La visite de Macron et von der Leyen à Pékin. Mais ce fut un coup d’épée dans l’eau. La vanité de Macron et son manque de flair pour l’Europe de l’Est en sont responsables.
Andreas Ernst

Le président Macron est l’un des rares hommes politiques du continent à avoir des idées créatives sur l’Europe. C’est à son initiative qu’a été lancée l’expérience de la Communauté politique européenne et c’est à lui que l’on doit le concept très débattu d' »autonomie stratégique » de l’Europe.
Aucun autre homme politique européen n’a autant exprimé le souhait de faire de l’Union plus qu’une zone de libre-échange, à savoir un acteur géopolitique. Mais c’est justement Macron qui a échoué en tant qu’homme politique européen lors de son voyage en Chine. Courtisé par Xi, il s’est laissé entraîner (par vanité ?) dans des déclarations qui le rendent impossible en tant que précurseur d’une politique européenne vis-à-vis de la Chine.
Von der Leyen comme feuille de vigne
Macron avait pourtant emmené la cheffe de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Pékin pour montrer qu’il prenait l’Europe au sérieux. Mais elle n’était que la feuille de vigne de ses ambitions.
Le scandale de cette visite n’est pas que Macron n’ait cessé de marquer une distance stratégique avec les Américains. L’Europe doit en effet définir sa propre politique vis-à-vis de la superpuissance montante et ne pas simplement nager dans le sillage de Washington.
C’est précisément sur ce point que von der Leyen a tenu des propos utiles et nuancés dans un discours de politique générale fin mars. Elle avait souligné que l’Europe ne pouvait pas se permettre de se détacher de la Chine (« de-coupling »), comme beaucoup le recommandent à Washington. Mais l’UE doit systématiquement réduire sa dépendance (« de-risking ») vis-à-vis de la Chine, qui se montre de plus en plus entreprenante.
Elle avait ainsi donné à Macron le thème qu’il aurait pu varier avec éloquence à Pékin. Mais le président n’accepte aucune directive. Au lieu de cela, il a prononcé des phrases qui le poursuivront encore longtemps : Taïwan (et son indépendance) n’est pas le problème de l’Europe. Et l’UE doit veiller à ne pas devenir un vassal (des Etats-Unis) dans la lutte concurrentielle qui s’annonce entre les superpuissances.
Le problème ici n’est pas que Macron dupe les Etats-Unis. Washington a déjà intelligemment minimisé les piques. Le problème n’est pas non plus que le moment soit mal choisi pour un « american bashing », maintenant que les armes de Washington sauvent l’Ukraine de la ruine et que l’Europe doit se rendre compte qu’elle est totalement dépendante des Etats-Unis sur le plan militaire (ce que Macron ne nie pas).
Le problème, c’est que dans ces conditions, il est impossible de développer une attitude européenne commune vis-à-vis de la Chine. Les Européens de l’Est ne suivent pas le cours de Macron – et ils l’ont clairement exprimé. Pour eux, qui étaient effectivement des vassaux, à savoir de l’empire soviétique, il y a encore 30 ans, Taïwan est plus qu’une île, à cent kilomètres de la Chine continentale.
La vieille maladie française
La poussée de Macron en tant qu’Européen échoue à cause du vieux défaut français : l’ignorance de l’Europe de l’Est. L’UE n’est plus depuis longtemps un tandem animé par Paris et Berlin. C’est justement lorsqu’il s’agit de la question d’une politique de puissance européenne que les Européens de l’Est jouent obligatoirement un rôle important. Il est incompréhensible que Macron l’ignore encore en cette deuxième année de guerre en Ukraine.
Il est également étrange qu’il tente une nouvelle fois de « murmurer à l’oreille des dictateurs ». Et ce, alors que ses conseils à Moscou n’ont manifestement pas dissuadé Poutine d’envahir le pays voisin. Macron pense-t-il que Xi va changer sa politique de puissance grâce à une conversation intime lors de la cérémonie du thé ?
Le voyage de Macron a été un coup d’épée dans l’eau pour l’Europe. Mais il a clairement montré une chose : il n’était déjà pas facile de construire un front européen commun face à une Russie sur le déclin. Face à la Chine émergente, ce sera encore plus difficile.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.