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Emmanuel Macron serait-il dans l’impasse? La colère gronde en France et le président s’est donné 100 jours pour reconstruire le dialogue social.

Antoine Castineira,

Pour sortir de l’impasse, il s‘est donné «cent jours» afin de reconquérir le cœur de ses compatriotes d’ici le 14 juillet. Deux symboles pas forcément bien choisis pour «apaiser» des Français très remontés contre lui: une reconquête napoléonienne du pouvoir brisée net à Waterloo et… la prise de la Bastille.

Grave crise démocratique

«Je pense que nous sommes en train de traverser la crise démocratique la plus grave que la France ait connue depuis le conflit algérien». Ces propos ne sont pas ceux de l’insoumis Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen. Ce sont ceux d’un historien très respecté: Pierre Rosanvallon. Des déclarations qui ont survolé les réactions plus conventionnelles présentant le président comme «déconnecté de la réalité des Français» après son allocution télévisée de lundi.

L’historien a rappelé au passage que le général de Gaulle avait dissous l’Assemblée dans la foulée de Mai 68 et démissionné un an plus tard après avoir perdu un référendum constitutionnel.

L’allocution aux Français d’Emmanuel Macron avait un mérite. Elle n’a duré qu’une douzaine de minutes. Une brièveté exceptionnelle pour un président qui a tendance à s’épancher devant les caméras. Depuis quelques mois, sa parole est devenue rare, histoire de ne pas en rajouter dans un pays sous tension. C’est raté. Très contestée, la réforme des retraites ne passe toujours pas auprès de ses compatriotes.

Sortir de l’impasse

Peut-être sont-ils déboussolés par un président qui est passé sans transition du paternaliste «quoi qu’il en coûte» de la crise sanitaire à un brutal «64 ans coûte que coûte». Et à quel prix! Malgré la perte de majorité au parlement, il a imposé sa loi grâce au 49.3 qui lui a permis d’éviter un vote contraire. Un passage en force que syndicats et opposition dénoncent comme «une crise démocratique».

En Amérique latine, où ces cacerolazos sont nés, les dictatures ont eu toutes les peines du monde à les faire taire. Un tintamarre pas très rassurant sur l’état de santé de la démocratie française.

Si la parole d’Emmanuel Macron est devenue rare ces derniers temps, elle n’en est pas plus écoutée pour autant. Pendant son allocution, des rassemblements avaient lieu dans 300 localités du pays pour faire un maximum de bruit en tapant sur des casseroles. Ces manifestants ont parfois défié les interdictions décrétées à la hâte par les préfets dans des villes comme Marseille et Dijon.

Question symbole, ce n’est pas mieux que l’image de policiers massés devant un Conseil constitutionnel retranché la semaine dernière pour valider la réforme des retraites. En Amérique latine, où ces cacerolazos sont nés, les dictatures ont eu toutes les peines du monde à les faire taire. Un tintamarre pas très rassurant sur l’état de santé de la démocratie française.

Alors, comment Emmanuel Macron peut-il sortir de l’impasse? Lors de son allocution, il n’a guère fait d’annonce concrète. Il s’est surtout évertué à tourner la page de la «nécessaire» réforme des retraites. Et puis, il a esquissé quelques pistes afin «d’apaiser» les Français, pour reprendre le terme qui revient en boucle chez ses partisans.

Gare au 1er mai

Un mot qui dans leur bouche ne signifie pas forcément ce que le commun des mortels entend par «apaisement». Comment expliquer sinon qu’un sujet aussi peu consensuel que l’immigration figure parmi les priorités des cent jours? «Il n’y a pas de liberté sans droit ni sans sanction envers ceux qui transgressent le droit des autres», a martelé le président, donnant un sérieux virage à droite, sans doute pour contrer Marine Le Pen. Emmanuel Macron a certes tempéré ses propos par un «en même temps» dont il a le secret de fabrication. Il promet de bâtir «un nouveau pacte de la vie au travail». Une formule assez vague qui englobe probablement les mesures sociales que le Conseil constitutionnel a censurées la semaine dernière et qu’un nouveau projet de loi pourrait remettre à flot.

De belles intentions, mais pour l’instant le président n’a pas d’interlocuteur. Les syndicats ont boudé son invitation à en parler hier à l’Elysée avec lui. Ils promettent au contraire de «casser la baraque» avec des manifestations massives le 1er mai dans la rue. Cent jours pour reconstruire le dialogue social et sortir de l’impasse, ça risque d’être court.

La Liberté